Corse: les nationalistes triomphent et appellent le gouvernement à négocier
Les nationalistes corses Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni ont remporté dimanche une victoire électorale leur donnant les clés de la future...

Corse: les nationalistes triomphent et appellent le gouvernement à négocier

Les nationalistes corses Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni ont remporté dimanche une victoire électorale leur donnant les clés de la future...
Public Sénat

Par Maureen COFFLARD, Julie Pacorel

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les nationalistes corses Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni ont remporté dimanche une victoire électorale leur donnant les clés de la future collectivité territoriale unique, un triomphe dont ils ont appelé le gouvernement "à prendre la mesure" en ouvrant des négociations sur les dossiers qu'ils défendent.

"Paris a aujourd’hui à prendre la mesure de ce qui se passe en Corse", a réagi la tête de la liste Pè a Corsica (Pour la Corse), l'autonomiste Gilles Simeoni, après le scrutin, marqué par le score historique des nationalistes (56,5% des suffrages) et aussi par un fort taux d'abstention (47,5%).

Le Premier ministre Edouard Philippe lui a répondu quelques heures plus tard, en l'appelant pour lui adresser des "félicitations républicaines" et en se disant prêt à le recevoir à Paris "dès l'installation de la nouvelle collectivité", a-t-on déclaré à l'AFP dans l'entourage du chef du gouvernement.

Elections territoriales en Corse
Résultats du second tour de scrutin pour l'élection des membres de la Collectivité territoriale unique corse
AFP

Lui aussi, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a tenu à assurer "les nouveaux élus de la disponibilité du gouvernement pour, dans un esprit d’écoute, de dialogue et de respect mutuel, accompagner la création de la nouvelle collectivité et répondre aux nombreuses attentes exprimées par les Corses à l’occasion de ce scrutin".

Mais l'échange entre le chef du gouvernement et l'homme fort de l'Île de Beauté est allé plus loin, a ensuite précisé M. Simeoni devant des journalistes: "Je lui ai dit qu'au-delà de la politesse protocolaire, nous attendions et espérions un véritable dialogue avec l'Etat et que jamais les conditions n'avaient été aussi favorables pour que la question corse (...) se règle de façon apaisée et durable par une solution politique".

- 'Pays ami' -

L'autonomiste Gilles Simeoni (D) et l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni (G), le 10 décembre 2017 à Bastia
L'autonomiste Gilles Simeoni (D) et l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni (G), le 10 décembre 2017 à Bastia
AFP

Jean-Guy Talamoni, président indépendantiste en titre de l'assemblée de Corse qui avait fait sensation en qualifiant début 2016 la France de "pays ami", avait lui aussi d'emblée adressé un message au gouvernement après le scrutin: demandant "à Paris d'ouvrir très rapidement des négociations", il a menacé d'organiser des "manifestations populaires" et de faire "le tour des capitales européennes" en cas de "déni de démocratie".

Au coeur des attentes des élus nationalistes, s'il n'est pas question d'indépendance, quatre revendications-clés: une autonomie renforcée, l'amnistie des "prisonniers politiques", la co-officialité de la langue corse et la reconnaissance d'un statut de résident.

"L'indépendantisme est dans l'imaginaire collectif, mais la volonté actuelle des Corses est d'avoir davantage d'autonomie", avait assuré entre les deux tours à l'AFP Thierry Dominici, spécialiste de la Corse à l'Université de Bordeaux.

La victoire de la liste nationaliste a entraîné des manifestations de joies dans les grandes villes corses: avant même la proclamation officielle des résultats, les sympathisants de Pè a Corsica ont porté en triomphe sur leurs épaules Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, venus assister au dépouillement à la mairie de Bastia.

Grâce à son succès, la liste Pè a Corsica va obtenir une large majorité des 63 sièges que comptera la nouvelle assemblée territoriale qui remplacera au 1er janvier les deux conseils départementaux et l'actuelle collectivité territoriale. Les nationalistes occuperont également les 11 sièges du conseil exécutif de l'Île de Beauté, son "mini-gouvernement".

Les trois autres listes en course au second tour sont arrivées loin derrière Pè a Corsica: celle de la droite régionaliste de Jean-Martin Mondoloni a obtenu 18,29% des voix, celle de La République en Marche emmenée par Jean-Charles Orsucci 12,67% et celle soutenue par Les Républicains emmenée par Valérie Bozzi 12,57%.

Ni le PS, ni le PRG --dominant notamment en Haute-Corse pendant des années dans le sillage de l'ex-député Paul Giacobbi, retiré de la vie politique depuis ses ennuis judiciaires-- n'avaient présenté de liste à ces élections.

Les nationalistes enchaînent les succès électoraux depuis l'élection de Gilles Simeoni à la mairie de Bastia en 2014, la même année qui a vu le FLNC déposer les armes, mettant un terme à des décennies de violences. Après leur victoire aux précédentes élections territoriales en décembre 2015, le mouvement avait aussi obtenu l'élection de 3 des 4 députés de l'île lors des législatives en juin 2017.

Partager cet article

Dans la même thématique

EU Summit, Europa-Gebäude, Br%FCssel, Belgium – 15 Oct 2026
7min

Politique

Union européenne : comment est abondé le budget et que finance-t-il ?

Les dirigeants européens ont entamé jeudi à Bruxelles les négociations autour du prochain budget de l’UE sur la période 2028-2034. La Commission aimerait trouver un accord d’ici la fin de l’année, avant la tenue des élections dans plusieurs États membres, dont la France. La favorite des sondages, Marine Le Pen, plaide pour une baisse de la contribution française au budget de l’Union. Comment fonctionne le budget de l’Union européenne ? Explications.

Le

Corse: les nationalistes triomphent et appellent le gouvernement à négocier
5min

Politique

Désindexation des retraites au-delà de 1260 euros : « Il faut que tout le monde contribue », insiste le ministre Jean-Pierre Farandou

Comme ses collègues de Bercy, le ministre du Travail et des Solidarités a défendu la proposition initiale du budget de la Sécurité sociale de n’indexer sur l’inflation que les petites pensions allant jusqu’à 1260 euros. Il s’agit d’une dérogation à la règle habituelle. Il suggère à l’avenir d’aborder cette question de l’évolution annuelle des retraites, sur le modèle des complémentaires de l’Agirc-Arrco.

Le

Illustrations – SUPERMARCHE – CARREFOUR EXPRESS
7min

Politique

Des produits sains vendus sans marge en grande surface : Que contient la proposition de loi de la sénatrice écologiste Antoinette Guhl ?

Face à la hausse du carburant et de l’inflation, les Français font des économies. Mais « la seule variable d’ajustement est aujourd’hui l’alimentation », alerte la directrice de Famille Rurale, Nadia Ziane. Pour lutter contre la précarité alimentaire, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl propose une loi visant à garantir l’accès de denrées alimentaires saines à prix coutant, soit sans marge des distributeurs.

Le

Paris : French far-right Rassemblement National (RN) parliamentary session
3min

Politique

Sondage : Marine Le Pen creuse l'écart et s'installe en grande favorite à quelques mois de la présidentielle

Selon le dernier baromètre Odoxa-Backbone et Public Sénat, la candidate du Rassemblement national recueille 37 % des intentions de vote au premier tour, soit près de deux fois plus que ses deux poursuivants, Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe. Au second tour, elle l’emporterait largement face au leader insoumis (68 %) et plus modestement face à Édouard Philippe (53 %).

Le