Le parti indépendantiste Corsica Libera, présidé par Jean-Guy Talamoni, a dénoncé samedi à Bastia les discours "haineux, provocateurs et méprisants" d'Emmanuel Macron cette semaine en Corse, parlant de "révisionnisme" et de "négationnisme".
Corsica Libera a réuni une cinquantaine de militants à Bastia, devant le centre culturel Alb'Oru où le chef de l'Etat avait pris la parole mercredi. Parmi eux, Jean-Guy Talamoni, le président de l'Assemblée de corse, qui n'a cependant pas pris la parole, ainsi que les autres élus indépendantistes au sein de la majorité nationaliste à la nouvelle Collectivité territoriale unique de Corse issue des élections de décembre.
Ces élections avaient été remportées au second tour par la coalition nationaliste Pè a Corsica, avec 56,5% des suffrages. Cette coalition regroupait Corsica Libera et Femu a Corsica, le parti autonomiste de Gilles Simeoni, le président du Conseil exécutif de corse.
Dans un communiqué après cette manifestation, Corsica Libera a notamment dénoncé "l'amalgame offensant" visant à mettre les assassins du Préfet Erignac "au même plan que des terroristes islamistes". Mardi, à Ajaccio, à l'occasion du 20e anniversaire de la mort du préfet, Emmanuel Macron avait souligné "la lâcheté" de ses assassins, coupables "d'un de ces actes de terrorisme" dont la France a eu "récemment à subir la barbarie".
Face à "l'attitude négationniste de la question corse" manifestée selon Corsica Libera par le chef de l'Etat, "la seule voie permettant de tourner définitivement la page d'un conflit politique vieux de plus de 40 ans est de reconnaître sa dimension éminemment politique".
"Et ceci passe en premier lieu par la mise en oeuvre du rapprochement sans exclusive pour les prisonniers", y compris les trois membres du commando Erignac, "puis par leur amnistie", insiste le parti indépendantiste. Si l'amnistie a été écartée par le président de la République, il a laissé la porte ouverte à un rapprochement des détenus corses dans l'hexagone, sans préciser l'étendue de cette mesure.
Concernant le statut de résident, défendu par les nationalistes pour réserver le foncier corse aux habitants de l'île depuis au moins cinq ans, Corsica Libera a nié que celui-ci soit "une impasse juridique", comme l'a affirmé M. Macron mercredi. "Ce statut existe en Europe, à Bruxelles, aux Iles Aland (NDLR: Finlande), au Danemark, à Jersey (NDLR: Royaume-Uni) et à Malte", affirme Corsica Libera.
Jean-Guy Talamoni le 6 février 2018 à Ajaccio en Corse
POOL/AFP/Archives
Refusant le "discours néo-colonial" du chef de l'Etat, ainsi que "sa mauvaise fois, son mépris et sa condescendance", Corsica Libera a appelé "l'ensemble du peuple corse à rester mobilisé" et à soutenir ses élus, notamment pour obtenir l'inscription de la Corse à l'article 74 de la Constitution.
Selon le parti indépendantiste, c'est le seul moyen pour que l'île "obtienne un statut lui permettant de disposer du pouvoir législatif", comme en Polynésie Française, mentionnée à cet article.
Dénonçant également le "discours néo-colonial" d'Emmanuel Macron, le petit mouvement indépendantiste Core in Fronte (Le coeur en avant), successeur de U Rinnovu, qui avait récolté 6,69% des suffrages au premier tour des élections de décembre, l'a accusé d'"attiser les braises" du conflit corse.
"la société corse devra se mobiliser, au quotidien, pour refuser l'assimilation politique et culturelle à laquelle est est promise", a plaidé Core in Fronte dans un communiqué après une conférence de presse samedi matin à Ajaccio.
Le parti a également estimé qu'"une mobilisation internationale sera nécessaire pour dénoncer la faillite de la démocratie française", qui selon lui "ressemble de plus en plus à l'Espagne de Rajoy ou la Turquie de Erdogan".
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