Corse: un petit groupe clandestin annonce la « reconstitution » d’un FLNC
Interdiction d'achat immobilier aux "Non-Corses", "corsisation" des emplois, limitation du tourisme... : un petit groupe a annoncé la...

Corse: un petit groupe clandestin annonce la « reconstitution » d’un FLNC

Interdiction d'achat immobilier aux "Non-Corses", "corsisation" des emplois, limitation du tourisme... : un petit groupe a annoncé la...
Public Sénat

Par Maureen COFFLARD

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Interdiction d'achat immobilier aux "Non-Corses", "corsisation" des emplois, limitation du tourisme... : un petit groupe a annoncé la reconstitution d'un FLNC lors d'une conférence de presse clandestine, une déclaration qui a entraîné mardi l'ouverture d'une enquête par le parquet national antiterroriste.

"Nous, patriotes corses, avons décidé de nous unir pour reconstituer le FLNC", écrit le groupe dans un communiqué consulté par l'AFP et remis à Corse-Matin lors de ce point presse, sans question, organisé dans la région de Castagniccia (Haute-Corse).

Une vidéo de 34 secondes diffusée sur le site du quotidien montre, dans un sous-bois et de nuit, cinq individus cagoulés, silencieux et vêtus de noir, derrière une banderole sur laquelle est écrit FLNC. Plusieurs serrent le poing et au moins un brandit un fusil. Le Front de libération nationale de la Corse (FLNC) avait annoncé en 2014 qu'il déposait les armes, après quatre décennies marquées par plus de 4.500 attentats revendiqués.

Cette "reconstitution", annoncée dans un contexte marqué depuis plusieurs mois par de nombreux actes de violence en Corse, où élus et personnalités de la société civile ont dénoncé au cours des derniers jours une "emprise mafieuse" sur l'île, a entraîné dès mardi matin la saisine du parquet national antiterroriste (PNAT). Une enquête a été ouverte pour "association de malfaiteurs terroristes et infraction à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste", a précisé ce dernier.

"Cette action a été prise au sérieux, même s'il est possible qu'on ait affaire à des +petits+, même si on n'a pas d'armes de guerre apparentes sur les images. On a une revendication claire et qui fait référence à un mouvement de mai 1976, dont on a connu les conséquences", a précisé une source proche de l'enquête à l'AFP.

"Et puis ce qui est important ce sont les tensions que l'on a en ce moment, y compris chez les nationalistes. Tout cela rend les choses un peu sérieuses", a-t-on ajouté de même source.

- "Mystique de la cagoule" -

Conférence de presse clandestine de militants du
Conférence de presse clandestine de militants du "FLNC du 22 octobre", en mai 2016 en Corse
AFP/Archives

Parmi les "interdictions" et "préconisations" émises par le groupe figurent les interdictions "pour les Non-Corses d'acheter des biens fonciers ou immobiliers" et de créer toute nouvelle enseigne de grande distribution, ou des appels à remplacer les "étrangers" par des Corses dans tous les emplois, à la mise en oeuvre de quotas pour limiter le tourisme, ou à la mise en place d'un enseignement du corse d'une heure par jour de la maternelle au CM2.

Le groupe appelle aussi à "combattre idéologiquement" les forces politiques de droite et de gauche et assure ne pas douter "de la sincérité et de l'engagement patriotique des élus de la majorité territoriale" au pouvoir dans l'île tout en jugeant qu'ils "continuent de s'égarer sur un chemin qui conduit à l'intégration définitive du peuple corse dans la société française".

Et s'il assure que ses membres "ne porteront jamais atteinte aux personnes, mais seulement aux biens", il prévient: "Nous veillerons, par la force si nécessaire, à ce que les interdictions et les préconisations indiquées ci-dessus soient appliquées car elles sont seules en mesure de sauver le peuple corse d'une disparition programmée".

Pour Xavier Crettiez, professeur à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, la résurgence de cette "mystique de la cagoule" n'est pas une surprise après la série d'attentats contre des résidences secondaires et des trésoreries qui avait touché l'île au printemps: "L'Etat n'étant pas extrêmement réactif par rapport à l'exécutif corse, on se dit qu'en montrant les poings, on pourrait obtenir plus", explique-t-il à l'AFP.

Les "logiques internes au nationalisme" jouent également et cette action vise "à faire pression sur cet exécutif", alors qu'il y a chez certains "une sorte de nostalgie de cette violence politique", alternative au "nationalisme gestionnaire".

En jeu également, le "climat ambiant en Corse et en particulier les menaces de la criminalité organisée" pointées du doigt ces dernières semaines par des membres de la société civile corse et des élus. "Renouer avec la lutte armée permet de passer un message aux bandes criminelles" et en quelque sorte de "menacer les menaçants", estime aussi l'expert.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris Caf Nationale inauguration
8min

Politique

Politique familiale, allocations, crèches : que proposent les candidats à la présidentielle ?

Alors qu’Edouard Philippe met sur la table la création d’une allocation familiale unique de 350 euros, Gabriel Attal se penche sur les familles monoparentales, quand Bruno Retailleau propose un revenu familial de 240 euros par mois dès le premier enfant, et Marine Le Pen la préférence nationale pour les familles françaises candidate à un HLM. L’écologiste Marine Tondelier propose elle un congé d’allaitement choisi et indemnisé. Revue de détails.

Le

Paris : Socialist Party Primary Debate Ahead of France’s 2027 Presidential Election
6min

Politique

Le vote du premier tour de la primaire du PS perturbé par une cyberattaque

Alors que quelque 140 000 électeurs sont invités à exprimer leur préférence pour le premier tour de la primaire organisée à gauche, les opérations de vote sont perturbées depuis l’ouverture du scrutin ce vendredi matin. Les organisateurs font état d’une cyberattaque visant à saturer la plateforme de connexion. Les trois partis à l’origine de cette primaire, dont le Parti socialiste et Place publique, ont saisi la justice.

Le

Paris: Marine Le Pen presentation contre budget
5min

Politique

Préférence nationale : la proposition du RN de taxer l’embauche de travailleurs étrangers inquiète les entrepreneurs

Dans le contre-budget du RN présenté cette semaine par Marine Le Pen et Jordan Bardella, figure une mesure passée relativement inaperçue. Elle vise à taxer l’embauche d’un étranger extra-communautaire de 1 000 euros par an. La mesure a suscité un fort rejet de la part des syndicats patronaux qui rappellent au RN le principe de réalité du marché du travail.

Le