Face aux inquiétudes sur la situation sanitaire dans les écoles primaires, les épidémiologistes comme certains sénateurs remettent en cause le choix de mettre fin aux fermetures automatiques de classes et débattent de l’opportunité de l’ouverture de la vaccination aux 5-11 ans.
Omicron : faut-il revoir le nouveau protocole sanitaire dans les écoles ?
Face aux inquiétudes sur la situation sanitaire dans les écoles primaires, les épidémiologistes comme certains sénateurs remettent en cause le choix de mettre fin aux fermetures automatiques de classes et débattent de l’opportunité de l’ouverture de la vaccination aux 5-11 ans.
Par Mathilde Boireau
Temps de lecture :
5 min
Publié le
Annoncé jeudi 25 novembre par le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer, le nouveau protocole à suivre en cas d’élève positif au covid-19 à l’école primaire pourrait bien devenir caduc avant sa généralisation, fixée au 6 décembre.
Alors que la règle de la fermeture de la classe au premier cas détecté prévalait jusqu’à présent, le gouvernement souhaite désormais privilégier le recours aux tests. Les élèves présentant un test négatif sont autorisés à suivre la classe en présentiel, tandis que les cas confirmés sont soumis à un isolement de dix jours. La fermeture de la classe est maintenue en cas de survenue de trois cas en l’espace de sept jours.
La pertinence de cette décision fait débat, alors que la cinquième vague de l’épidémie de covid-19 en France semble ne pas épargner les plus jeunes. « On nie des choses claires. Ce n’est pas une mesure sanitaire très utile. […] Vu l’importance de la vague, je pense que le ministère de l’Education devrait revenir sur ce protocole », juge notamment le sénateur LR des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi, interrogé ce jeudi 2 décembre.
Tests covid à l'école : « Le ministère devrait revenir sur ce protocole », estime Roger Karoutchi
01:51
« Je ne vois pas pourquoi on doit accepter que des enfants meurent »
Il est vrai que la situation sanitaire observée dans les écoles primaires a de quoi inquiéter. Quelque 8 890 classes étaient encore fermées au 26 novembre, contre 1 246 le 22 octobre, à la veille des vacances de la Toussaint.
Chez les 6-10 ans, le taux d’incidence a presque doublé en une semaine, passant de 346 pour 100 000 entre les 15 et 21 novembre à 663 entre les 22 et 28 novembre. Dans la population âgée de 18 ans et plus, ce même taux s’établissait à 290 pour 100 000 la semaine passée.
Le nouveau protocole dans les écoles primaires donne « une excellente opportunité au variant Omicron, s’il est plus transmissible, de se répandre rapidement dans l’ensemble de la population. Ça me paraît être une très très mauvaise idée », alertait le 30 novembre l’épidémiologiste Dominique Costagliola, auditionnée par la mission de contrôle du Sénat sur les mesures liées à l’épidémie de covid-19.
« Je ne vois pas pourquoi on doit accepter que des enfants meurent, même si ce n’est pas beaucoup », poursuivait-elle, notant que 69 enfants de moins de 10 ans étaient hospitalisés au 29 novembre et que 13 décès avaient eu lieu parmi les 0-19 ans depuis le début de l’épidémie.
A l’occasion d’une question au gouvernement le 1er décembre, la sénatrice socialiste des Landes Monique Lubin s’est elle aussi émue du sort des enfants, lesquels « sont également accessibles aux séquelles du covid long et au traumatisme lié à la crainte d’être à l’origine de la contamination de proches vulnérables ».
Covid-19 : « Les informations sur la santé des enfants sont préoccupantes » interpelle Monique Lubin
04:41
« Peut-être que la vaccination est aussi une solution »
Le remède pourrait-il reposer sur l’ouverture de la vaccination aux 5-11 ans, déjà autorisée aux Etats-Unis et en Israël ? Invité de l’émission Questions au gouvernement mercredi 1er décembre, le sénateur LREM-RDPI des Hauts-de-Seine Xavier Iacovelli ne ferme pas la porte à cette option : « Si même les enfants ont aujourd’hui des symptômes importants, et donc potentiellement des séquelles, peut-être que leur vaccination est aussi une solution. »
Xavier Iacovelli : « La vaccination des enfants est peut-être aussi une solution. »
05:38
La Haute Autorité de Santé, qui a rendu le 30 novembre un premier avis sur le sujet, recommande pour le moment de vacciner en priorité les 360 000 enfants de 5 à 11 ans présentant un risque de développer une forme grave de la maladie ou vivant dans l’entourage d’une personne vulnérable non protégée par la vaccination.
« La HAS est prudente et attend d’avoir plus d’avis d’experts. A mon avis, elle attend de savoir si le variant Omicron sera ou non sensible au vaccin », analyse Bruno Mégarbane, chef de service en réanimation médicale et toxicologique à l’hôpital Lariboisière, sur le plateau de Public Sénat. A ses yeux, il existe néanmoins « un vrai bénéfice individuel pour l’enfant de se faire vacciner ».
Reste à savoir si un éventuel élargissement de la vaccination aux 5-11 ans serait accepté par les parents d’élèves. « Un adulte qui s’est posé la question de ce vaccin et de ses risques se la posera encore plus pour ses enfants », relève à ce titre Monique Lubin, qui se dit « favorable à ce que les parents aient le choix et la possibilité ».
En l’état, Roger Karoutchi maintient pour sa part qu' « il vaut mieux des protocoles plus sévères dans les écoles pour éviter la transmission qu’une vaccination obligatoire des enfants ».
Dans la nuit, le Sénat a adopté la proposition de loi relative à l’aide à mourir mais en supprimant les deux articles phares, le principe de l’assistance à mourir et ses modalités, rendant le texte inopérant. La majorité sénatoriale s’est divisée sur la version rédigée par la commission des affaires sociales qui préconisait une version de compromis. Le patron de LR, Bruno Retailleau avait indiqué qu’il rejetterait le texte quelle que soit sa rédaction.
Le Sénat a voté en faveur « d’un droit opposable au soulagement » lors de l’examen de la proposition de loi relative à l’aide à mourir. Après avoir rejeté l’article qui fixait les conditions, le Sénat est donc également revenu sur le principe de « l’assistance médicale à mourir », défendue par la commission des affaires sociales ».
Coup de théâtre, mercredi les sénateurs ont rejeté l’article 4, le cœur de la proposition de loi relative à l’aide à mourir. La commission des affaires sociales avait considérablement réduit la portée du texte en remplaçant un « droit à l’aide à mourir » par « une assistance médicale à mourir », pour les malades dont le pronostic vital » est engagé à très court terme. La majorité sénatoriale divisée n’est pas parvenue à s’entendre sur cette version.
Suite aux recours au 49.3 par le premier ministre pour faire adopter le budget, Sébastien Lecornu a écrit aux parlementaires pour expliquer les principales mesures de ce budget de compromis. Une lettre envoyée aux seuls députés en réalité. Les sénateurs, eux, ne l’ont pas reçue. Ils devront attendre le retour du texte à la Haute assemblée pour que le premier ministre leur écrive.