Covid-19 : février 2020, Jérôme Salomon dément toute pénurie de masques chirurgicaux

Covid-19 : février 2020, Jérôme Salomon dément toute pénurie de masques chirurgicaux

Le 26 février 2020, le Sénat organise une table ronde sur l’épidémie de covid-19, réunissant le professeur Arnaud Fontanet et le directeur général de la Santé Jérôme Salomon. Une confiance aveugle domine, notamment sur les stocks de masques. Nous sommes pourtant à 3 semaines d’un confinement général. Quatrième épisode de notre série sur les débuts de la crise sanitaire.
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26 février 2020 : voici près d’un mois que le coronavirus, dont l’épidémie a démarré en Chine fin 2019, est devenu une urgence de santé publique de portée internationale, selon le vocable de l’Organisation mondiale de la santé. Au Sénat, ce mercredi est une journée clé dans la chronologie parlementaire de l’épidémie. La commission des affaires sociales organise une audition pour y voir plus clair sur les caractéristiques du covid-19, mais également pour mesurer l’état de préparation du pays. Un parfum d’optimisme voire d’insouciance enveloppe le discours officiel. Quatrième épisode de notre série sur l’émergence du coronavirus en France, vue depuis le Sénat.

La table ronde réunit des personnalités et des spécialistes, dont les noms ou les fonctions ont gagné en notoriété au cours de ces derniers mois de crise. On y trouve le professeur Jérôme Salomon, directeur général de la santé, le professeur Geneviève Chêne, directrice générale de Santé publique France, l’épidémiologiste Arnaud Fontanet (Institut Pasteur), mais aussi l’infectiologue Catherine Leport (mission Coordination opérationnelle risque épidémique et biologique).

La situation générale en France est loin d’être alarmiste. Elle est moins grave qu’en Italie, qui a confiné une douzaine de communes trois jours auparavant. Mais déjà, le tableau s’assombrit en apparence. Un deuxième décès sur le sol français est annoncé dans la matinée. Le soir même doit se tenir le match entre Lyon et Turin, en huitième de finale de la Ligue des Champions : 3 000 Italiens font le déplacement en France.

« Il n’y a plus de malade hospitalisé »

La veille, le ministre Olivier Véran laissait entendre que la situation était sous contrôle : « il n’y a plus de malade hospitalisé », déclarait-il le matin sur RTL. Si « l’épidémie est à nos portes », comme il le reconnaît, « aucun argument scientifique et médical » ne s’oppose à la tenue d’un match de football de cette ampleur.

Lorsqu’il introduit la séance en commission des affaires sociales, ce 26 février 2020, le président Alain Milon (LR) prend du recul, en indiquant que le coronavirus n’est pas la première épidémie que connaît la France, et qu’il ne sera pas la dernière. Sa principale préoccupation : ne pas créer d’affolement et éviter tout contournement des mesures d’endiguement de l’épidémie. « Les épidémies suscitent des peurs qui peuvent paraître légitimes, notamment après la progression de l’épidémie chez notre voisin italien, mais il appartient aux pouvoirs publics de les convertir en vigilance, en prudence et en bonnes pratiques », met-il au point.

« Qu’avez-vous prévu pour gérer un afflux massif ? Nous ne sommes pas la Chine »

Du point de vue scientifique, celui du professeur Fontanet, l’épidémie est à prendre au sérieux, étant plus létale que la grippe saisonnière. Se basant sur l’épisode du MERS, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient causé par un autre coronavirus, l’épidémiologiste convient qu’il est hasardeux de penser que l’épidémie peut décliner au printemps.

Les capacités hospitalières figurent parmi les principales questions qui émergent au cours de l’audition. « Qu’avez-vous prévu pour gérer un afflux massif ? Nous ne sommes pas la Chine, on ne construira pas des hôpitaux en dix jours », expose la socialiste Laurence Rossignol, en allusion à la prouesse de Wuhan. Le DGS Jérôme Salomon explique que la stratégie, en cas d’épidémie, consistera à « orienter » uniquement les cas graves à l’hôpital. En cas d’afflux massif de malades, il indique que « les hôpitaux ont la possibilité d’activer leurs plans blancs et de déprogrammer des actes de chirurgie ». « S’agissant des moyens humains et financiers, il y aura des apports techniques, logistiques et humains », complète-t-il. Concernant la déclaration des cas de covid-19, Geneviève Chêne de Santé publique France ajoute pour sa part que le « système d’information [est] extrêmement rapide ».

« Il y a des stocks stratégiques importants […] on n’a pas d’inquiétude »

Avec le recul, et à la lumière de l’année 2020 qui s’est écoulée, c’est une autre déclaration sur le matériel de protection qui est passée à la postérité. Interrogé par le président de la commission des affaires sociales, sidéré par le manque de masques pour le grand public et l’inflation des prix, Jérôme Salomon rassure son auditoire de façon nette. « Il y a des stocks stratégiques importants détenus par Santé publique France sur les masques chirurgicaux, donc on n’a pas d’inquiétude », affirme avec assurance le directeur général de la santé. Allant même jusqu’à affirmer : « Il n’y a pas de sujet de pénurie. » L’ampleur de la demande dans les hôpitaux au printemps, tout comme les chiffres montrant l’ampleur de la dégradation du stock au fil des années, lui donnera vite tort (relire notre article sur les conclusions de la commission d’enquête).

Deux semaines avant la première allocution historique d’Emmanuel Macron avec l’annonce de la fermeture des établissements scolaires, l’audition au Sénat se termine donc sur un sentiment de confiance et de préparation, face à l’emballement potentiel d’une épidémie. Dans l’après-midi qui suit la table ronde de la commission des affaires sociales, le ministre de la Santé reste tout aussi rassurant. Lors des questions au gouvernement, il annonce que le nombre d’établissements de santé capables d’accueillir des nouveaux malades a triplé, et que l’équipement nécessaire aux soignants sera bien fourni. « Tout le matériel nécessaire va leur être donné dans les meilleures conditions à travers le réseau d’officines de villes. »

En fin de journée, le président du groupe Les Républicains, Bruno Retailleau, demande au président du Sénat l’organisation prochaine d’un débat en séance sur l’épidémie, en particulier sur « les conséquences de sa propagation mondiale et les mesures envisagées pour protéger la population française ».

 

Les débuts de la crise du covid-19, vus depuis le Sénat - tous les épisodes :

  1. « Une crise sanitaire à l’autre bout du monde, nous concerne tous » : il y a un an, l’irruption du covid-19 dans les travaux du Sénat
  2. « Vous allez voir, tout va bien se passer » : février 2020, Olivier Véran remplace Agnès Buzyn au ministère de la Santé
  3. Covid-19 : quand, en février 2020, le confinement de Wuhan faisait craindre le pire sur l’approvisionnement en médicaments
  4. Covid-19 : février 2020, Jérôme Salomon dément toute pénurie de masques chirurgicaux
  5. Covid-19 : fin février 2020, l’heure est encore à l’union sacrée entre l’opposition et le gouvernement

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