Covid-19 : Olivier Véran sous le feu des critiques au Sénat
« Il n’est pas digne de renvoyer aux Français la responsabilité de cette seconde vague » soutient le sénateur PS Bernard Jomier, interpellant le ministre de la Santé. « La seconde vague est celle de l’impréparation » ajoute le sénateur LR Alain Milon. Olivier Véran renvoie lui les sénateurs à leur vote qui revenait à autoriser la réouverture des discothèques.

Covid-19 : Olivier Véran sous le feu des critiques au Sénat

« Il n’est pas digne de renvoyer aux Français la responsabilité de cette seconde vague » soutient le sénateur PS Bernard Jomier, interpellant le ministre de la Santé. « La seconde vague est celle de l’impréparation » ajoute le sénateur LR Alain Milon. Olivier Véran renvoie lui les sénateurs à leur vote qui revenait à autoriser la réouverture des discothèques.
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A quelques heures de l’intervention d’Emmanuel Macron sur la crise sanitaire, les sénateurs ont mis le ministre de la Santé, Olivier Véran, et plus largement l’exécutif, devant ses responsabilités, lors des questions d'actualité au gouvernement. C’est d’abord le sénateur PS Bernard Jomier, membre de la commission d’enquête du Sénat sur le Covid-19, qui lance la première salve.

« La seconde vague frappe l’Europe » souligne Olivier Véran

« Quelles sont les décisions que vous avez prises, les actes que vous avez posés, pour mieux nous préparer face à cette deuxième vague ? » demande le sénateur de Paris, médecin de profession. « Vous avez raison, la seconde vague frappe l’Europe, d’ailleurs indistinctement l’ensemble des pays qui nous entourent » répond le ministre, comme l’a souligné mardi soir le porte-parole du gouvernement. Manière de dire que la situation n’est pas de la responsabilité du gouvernement français. « L’Italie a multiplié le nombre de nouveaux diagnostics par dix en moins de trois semaines » souligne Olivier Véran, qui cite aussi la situation en Allemagne ou « le contact tracing débordé en Suisse ». « Face à cela, on pourrait penser qu’il faudrait chercher là un dysfonctionnement dans un appareil d’Etat. Ou on peut se demander utilement comment freiner collectivement, par l’action de tous et en solidarité, la diffusion du virus, avant qu’il soit trop tard » conclut le ministre.

Réplique de Bernard Jomier : « Je suis un peu inquiet de vous entendre dire qu’il n’y a pas de dysfonctionnement de l’Etat. Tous les rapports et travaux montrent qu’il y a un problème d’organisation et dans les processus de décisions, cette myriade d’agences sanitaires mal coordonnées entre elles » (voir la première vidéo). Il ajoute :

Tout le monde est responsable certes mais certains ont plus de responsabilités que d’autres. Et il n’est pas digne de renvoyer aux Français la responsabilité de cette seconde vague. Elle est en premier la responsabilité de ceux qui n’ont pas su analyser et agir à temps. La stratégie tester-tracer-isoler est en échec et les Français n’y sont pour rien.

« Nous attentons ce soir l’annonce de nouvelles mesures restrictives. Elles seront le marqueur de l’échec de notre politique de santé publique. Ayez le courage de le reconnaître » lance Bernard Jomier.

Seconde salve

Seconde salve, avec Alain Milon, sénateur LR du Vaucluse, président de la commission d’enquête du Sénat sur le Covid. « La première vague a été celle de l’improvisation », « la seconde vague est celle de l’impréparation. Elle avait pourtant été annoncée dès le mois de juillet par le Conseil scientifique » souligne Alain Milon. Dès le 30 avril en réalité, Jean-François Delfraissy, à la tête du Conseil, alertait devant le Sénat sur le risque d’une seconde vague « en septembre/octobre » (voir notre article).

Le sénateur LR pointe aussi la politique des tests « pour faire du chiffre sans stratégie », la question des brigades sanitaires, « mais peu les ont vues », le manque de lits, avec seulement 5.000 places, et le manque de formation de soignants. « On ne teste pas à vide », répond Olivier Véran, qui assure que le nombre de lit est de 6.400 et sera bientôt de 7.500. Il cite aussi les « 100.000 appels » pour les cas contacts.

Olivier Véran rappelle aux sénateurs leur vote sur la réouverture des discothèques

Olivier Véran renvoie ensuite les sénateurs dans leur vingt-deux, en rappelant leur vote qui revenait à autoriser la réouverture des bars et discothèques, comme publicsenat.fr l’avait relevé. Un vote qui avait été pour le moins remarqué. « Quant à savoir qui avait raison ou tort sur la deuxième vague, je laisse les Français qui regardent Public Sénat chercher la dernière fois que je répondais à ce micro dans l’hémicycle. (…) C’était pour demander aux sénateurs de droite et de gauche (…) de ne pas voter un amendement visant à empêcher le gouvernement à fermer les établissements recevant du public, et autorisant de fait la réouverture des discothèques à Marseille, des restaurants à Lyon, des bars à Saint-Etienne. Si bien qu’une deuxième délibération a été demandée dans l’urgence aux sénateurs, voyant l’erreur qui avait été commise. Donc s’il vous plaît, pas de leçon » tance le ministre.

Précision et rappel : en réalité, lors du vote de cet amendement, Olivier Véran n’avait pas pris la parole, exprimant simplement son avis défavorable. C’est seulement après l’adoption de l’amendement qu’il avait vertement dénoncé le vote des sénateurs.

« Quand allez-vous sortir de la posture politique ? »

Troisième salve avec la sénatrice socialiste, Laurence Rossignol. « Les Français sont inquiets sur l’épidémie et sur la manière dont le gouvernement leur parle » lance l’ancienne ministre. « Vous êtes habiles M. le ministre, mais cette habileté est aussi synonyme de semi-vérité sur les tests, la stratégie d’isolement, les lits de réanimation, les vaccins anti grippe » souligne la sénatrice de l’Oise, qui demande : « Les Français sont un peuple éclairé responsable et mature. Quand allez-vous sortir de la posture politique pour leur parler à la hauteur de ce qu’ils sont ? »

Piqué au vif, Olivier Véran lui répond : « Mme la sénatrice, c’est vous qui avez parlé de politique politicienne, je vais donc vous répondre en politique politicienne. J’aurais aimé que de votre question surgisse une idée, une proposition, une orientation générale à laquelle ni la France, ni l’Europe, ni les Etats-Unis n’auraient songé pour lutter contre la pandémie la plus meurtrière de notre histoire contemporaine. J’aurais aimé un mot pour les Français, solidaires, forts, et qui attendent de la classe politique qu’ils fassent de cette épidémie non pas je ne sais quel marchepied vers je ne sais quelle élection à venir, mais bien un moment pour faire preuve d’un minimum d’unité nationale. J’aurais aimé que vous ayez l’honnêteté de rappeler que semaine après semaine, j’étais dans cet hémicycle pour rappeler à la représentation nationale que l’épidémie n’était pas finie et que nous devions rester armés tout au long de l’année ».

« On ne sauve pas des vies avec des attaques politiques »

« Mais non, vous vous livrez avec votre question à une nouvelle attaque en piqué. On ne sauve pas des vies avec des attaques politiques, on ne soutient pas les soignants avec des attaques politiques, on n’encourage pas les Français à tenir bon dans cette période difficile avec des attaques politiques » rétorque encore le ministre de la Santé, « avec des attaques politiques comme celles que vous faites, avec la polémique permanente que certains essayent d’instaurer à un moment où nous avons besoin de politique nationale, je ne crois pas que vous ayez participé à aider votre pays dans la lutte contre l’épidémie en soutien des Français ».

Laurence Rossignol n’en démord pas et réplique au ministre : « Le Sénat, mon groupe, fera des propositions. Mais la manière dont vous traitez nos propositions est à nous en dégoûter. Vous voyagez seuls, vous pilotez seuls et n’écoutez ni le Parlement, ni la société civile ».

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