Covid-19 : « On doit rester prudents car dans quelques semaines, on peut faire face à une nouvelle vague », met en garde Bernard Jomier

Covid-19 : « On doit rester prudents car dans quelques semaines, on peut faire face à une nouvelle vague », met en garde Bernard Jomier

Alors que le gouvernement relâche presque toutes les mesures sanitaires, avec la fin du port du masque en entreprise lundi, le sénateur du groupe PS, Bernard Jomier, juge « un peu risquée » cette décision, au moment où le nombre de contaminations « reste à un niveau élevé ».
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Les beaux jours arrivent et les masques tombent. Grâce au recul de l’épidémie de covid-19, le gouvernement allège toutes les mesures sanitaires. Trop vite ? C’est la question qui se pose, quand on voit la fin du recul des contaminations. Une situation qui inquiète le sénateur de Paris (apparenté PS) Bernard Jomier, d’autant qu’« il n’y a plus de communication sur les rappels vaccinaux ».

Le conseiller santé de la candidate socialiste, Anne Hidalgo, se dit « très surpris » par les propos de la ministre Elisabeth Borne, qui autorise la fin du masque en entreprise tout en appelant à continuer « à appliquer le lavage des mains, le nettoyage des surfaces ». C’est « un discours qui a été largement invalidé. Le mode de transmission du virus est avant tout aéroporté. Le virus ne se transmet pas par contact, avec une poignée de porte ou une surface qui contiendrait des particules virales », rappelle Bernard Jomier.

« La levée de toutes les mesures au mois de mars est purement une levée préélectorale », dénonce Bernard Jomier. « L’hypothèse d’une reprise cet été est regardée par les épidémiologistes », met en garde le président de la mission d’information du Sénat sur les restrictions sanitaires. Il dénonce « le bilan très moyen du chef de l’Etat » dans sa gestion du covid, affirmant que le choix, en janvier 2021, de ne pas reconfiner, a entraîné « 12.000 à 14.000 décès supplémentaires ». Plus globalement, le sénateur regrette qu’on ait « une difficulté à penser la santé publique » avec une politique de « prévention ». Entretien.

A partir de lundi, le port du masque n’est plus obligatoire à l’école. Et la ministre du Travail, Elisabeth Borne, annonce ce matin la fin du protocole sanitaire en entreprise, et donc du port du masque obligatoire, à partir de lundi prochain. Alors que la baisse du nombre de contaminations s’est arrêtée et qu’on observe un plateau élevé autour de 52.000 cas par jour, que pensez-vous de ces décisions ?

Il faut se remettre un peu en perspective. La guerre en Ukraine emporte l’actualité, mais ne change rien à l’épidémie. Il est vraiment indispensable qu’on ait une vision et que le gouvernement explique, au-delà de l’élection présidentielle, quelle est sa stratégie. Et qu’est-ce qui attend potentiellement notre pays pour les mois à venir, en ce qui concerne l’épidémie. On est clairement dans une phase où la vague Omicron a régressé mais elle reste à un niveau élevé. Je partage la décision d’arrêter le passe vaccinal. En janvier, je n’avais pas voté ce dispositif, que j’estime inefficace sur la circulation du virus et sur l’incitation vaccinale. Je soutiens la levée de ce dispositif qui n’avait pas lieu d’être. Maintenant, le virus continue tout de même à circuler. Et la première question, c’est qu’on doit à moyen terme maintenir un niveau vaccinal de notre population. Ce serait déraisonnable et imprudent d’abandonner la politique de protection par le vaccin. Or il n’y a plus de communication sur les rappels vaccinaux.

Actuellement, tous les centres de vaccination ferment. Ce qui n’est pas forcément un problème, on peut faire revenir la vaccination dans le système de soins usuel. Mais la vérité, c’est que les Français ne se font plus vacciner. On fait des rappels avant tout pour se protéger et protéger collectivement contre le virus. On voit tous les dommages collatéraux du fait d’avoir instrumentalisé le passe vaccinal comme l’alpha et oméga de la lutte contre le virus. On arrête le passe et les gens comprennent on ne se fait plus vacciner. Et c’est problématique car personne ne sait s’il ne va pas y avoir une reprise épidémique, y compris cet été. L’hypothèse d’une reprise, d’une poussée cet été, est regardée par les épidémiologistes.

On parle de plateau, mais on voit depuis quelques jours que le nombre de cas est très légèrement à la hausse d’une semaine sur l’autre. Selon vous, il ne faut pas exclure une réelle augmentation des cas voire une sixième vague ?

Oui, il y a le sous variant Omicron comme facteur. Il est aussi évoqué la possibilité que ce soit la rentrée scolaire, qui a déjà eu lieu dans certaines zones, comme autre facteur. Il est exact que la reprise est a priori plus nette chez les enfants. L’épidémie ne s’arrête pas à l’élection présidentielle, il faut une vision qui va plus loin.

Certains voient dans ces annonces d’allègement une décision précipitée par l’approche de la présidentielle. C’est votre cas ?

La levée de toutes les mesures au mois de mars est purement une levée préélectorale. On l’avait déjà dit au mois de janvier, quand l’annonce a été faite que le passe serait levé en mars, car il y a une élection présidentielle en avril. L’absence de discours sur le vaccin et de stratégie visible est un vrai risque pour la suite.

Pour ce qui est de la levée du port de masque, est-elle justifiée ?

Dans les mesures contre le virus, ce qui a prouvé leur effet, ce n’est pas le passe vaccinal mais le port du masque et les mesures de distanciation physique. Faut-il abandonner tout port du masque partout ? Là aussi je pense que c’est un peu risqué. Je comprends que face à une forte réduction de la circulation du virus et un système de soin beaucoup moins saturé, qu’il faille s’adapter. L’allègement de ces mesures est tout à fait envisageable et peut être défendu. Mais doit-on aller vers l’abandon du masque, y compris dans les fortes concentrations en milieux clos ? C’est beaucoup plus discutable, car le masque sert de protection aux plus vulnérables. Abandonner complètement le masque, ça mériterait quand même plus de prudence. Il y a un manque de prudence générale.

Elisabeth Borne dit qu’on peut continuer en entreprise « le lavage des mains, le nettoyage des surfaces et l’aération des locaux ». Le lavage des mains et le nettoyage des surfaces étaient deux mesures défendues au tout début de l’épidémie, début 2020. Est-ce que ça sert à quelque chose ?

Je suis très surpris par ce discours d’Elisabeth Borne qui est un discours qui a été largement invalidé. Le mode de transmission du virus est avant tout aéroporté. Le virus ne se transmet pas par contact, avec une poignée de porte ou une surface qui contiendrait des particules virales. Il y a une communication qui vise à dire on est quand même prudents, on conserve certaines mesures, mais en choisissant des mesures absolument pas contraignantes. Il y a le choix de maintenir des mesures qui n’ont pas de réalité, pas d’efficacité par rapport au virus et ça n’alimente qu’une communication. C’est regrettable. Cela détourne les Français du fait que l’épidémie n’est pas terminée, même si on a changé de phase. On doit rester prudents car dans quelques semaines ou quelques mois, on peut faire face à une nouvelle vague.

Lors de son échange avec des Français à Poissy, Emmanuel Macron a dit qu’il avait hésité à se représenter au moment du cœur de la crise du covid-19. Cela renvoie à sa gestion de l’épidémie. Comment expliquez-vous que les candidats n’attaquent pas plus Emmanuel Macron sur son bilan du covid ? Vous-même, en janvier 2021, vous affirmiez que ne pas avoir reconfiné à ce moment-là avait entraîné « 8.000 à 10.000 vies de perdues »

J’ai dit 8.000 à 10.000 car je suis très prudent. Mais des études ont évalué ce chiffre à 12.000 à 14.000 décès supplémentaires. On est là dans une campagne qui est tout de même écrasée par d’autres sujets que celui de la politique de santé du pays. On a vu que la façon dont un pays concevait sa politique de santé, sa lutte contre l’épidémie, avait des répercussions directes. Le bilan du chef de l’Etat est très moyen. Ce n’est pas un des pires au monde, mais c’est loin d’être un des meilleurs. La gestion a été très centralisée, très verticale et la logique de santé publique s’est effacée derrière les choix de communication et les choix d’opportunité.

Il y a eu cet épisode de janvier 2021, qui était une erreur grave. Et beaucoup plus récemment, en janvier 2022, le choix d’adopter le passe vaccinal, qui n’a pas eu de conséquence négative sur la mortalité, mais qui a été inefficace et attentatoire aux libertés publiques. On peut restreindre les libertés publiques si et seulement si, cela permet une protection en matière de santé.

Le problème, c’est que dans cette élection présidentielle, on ne discute pas de ce qu’on tire comme leçon de la pandémie. Ce qui est fondamental, c’est d’en tirer les enseignements pour l’avenir, comme l’ont fait les pays asiatiques après l’épidémie de 2009. Or là, on sort de la phase aiguë de la pandémie, on rentre dans une nouvelle phase et on ne voit aucune décision prise par le gouvernement, qui montre que les leçons ont été tirées. Regardez ce qu’il se passe, alors que le virus n’a pas disparu, rien n’est dit, rien n’a été fait. C’est un discours du tout va mieux. Il ne faut pas abandonner la prévention sanitaire, qui est en déshérence.

Depuis le 1er janvier, on compte presque 14.700 décès à l’hôpital liés au covid-19. Mais on ne l’évoque pas. Comment expliquer qu’on ne parle plus de ces morts ?

On voudrait oublier nos échecs et ce qui n’a pas été très bien fait. La France a largement dépassé les 140.000 morts depuis le début. C’est un résultat très moyen. Pour les résultats sur la mortalité due au virus, on est plutôt en deuxième division. Et on a l’impression que ces morts-là ne provoquent pas les changements qu’ils devraient provoquer. Après la canicule de 2003, on n’a pas changé ce qui devait l’être dans les Ehpad. On a une difficulté à penser la santé publique et la transformation de nos pratiques et de la politique publique. On parle beaucoup de l’accès individuel à être soigné, mais on oublie que c’est tout aussi fondamental de penser à construire un système de santé publique où on va pouvoir collectivement se défendre et penser en amont. Il y a une forme de déni certainement. Mais dans une démocratie, j’ai la faiblesse de penser que les responsables politiques doivent tout mettre sur la table, y compris ce qu’on n’a pas envie de voir. Mais à ne pas investir dans la prévention, une épidémie fait plus de dégâts chez nous que dans les pays qui ont une culture de santé publique.

A l’occasion des élections présidentielles, la santé n’a jamais été un objet de débat. Il aura fallu cette crise pour que les élus commencent à s’emparer du sujet. C’est nouveau en France. Mais après, la reconnaissance des acteurs de santé, des soignants mais aussi des élus locaux ou des associations, nécessite de changer la façon dont la santé se pratique. Mais quand on voit la loi 3DS sur la décentralisation, elle a plus de 300 articles mais elle ne traite pas de la question…

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