Covid-19 : « On peut espérer un vaccin pour janvier 2021 », estime Patrick Berche
Membre de l’Académie nationale de médecine, le biologiste était auditionné ce jeudi avec ses collègues Alain Fischer et Christine Rouzioux par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) à propos des futurs vaccins contre le coronavirus.

Covid-19 : « On peut espérer un vaccin pour janvier 2021 », estime Patrick Berche

Membre de l’Académie nationale de médecine, le biologiste était auditionné ce jeudi avec ses collègues Alain Fischer et Christine Rouzioux par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) à propos des futurs vaccins contre le coronavirus.
Public Sénat

Par Pierre Maurer

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Une phase de développement « inédite ». Tel est le constat dressé par Patrick Berche et ses collègues de l’Académie nationale de médecine, Christine Rouzioux et Alain Fischer, à propos des vaccins développés à travers le monde, en particulier ceux de Pfizer et Moderna, qui revendiquent une efficacité supérieure à 90 %. Les trois médecins épidémiologistes étaient auditionnés ce jeudi 19 novembre par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst). Pour rappel, la France a préréservé autour de 90 millions de doses de vaccins, a confirmé mercredi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal.

En préambule, Patrick Berche, chef du service de microbiologie à l’hôpital Necker, a présenté un diaporama aux parlementaires réunis en visioconférence pour faire un bilan des avancées scientifiques mondiales sur les différents vaccins, et des connaissances acquises sur le virus. « 85 % des cas sont bénins, 15 % sont hospitalisés, et 3 % entrent en réanimation », a-t-il rappelé. Le futur vaccin « va empêcher les virus d’entrer dans les cellules qui se multiplient dans les voies respiratoires ». Pour le moment, les « gens qui survivent à l’infection semblent être protégés quelques mois ».

La rapidité de développement du vaccin est sans précédent. Un processus normal de mise sur le marché prend habituellement 15 ans. « D’abord, il y a une phase de test sur animal qui prend deux à quatre ans, puis une phase d’un à deux ans sur une dizaine de personnes. La phase 2 s’effectue ensuite sur une centaine de volontaires en deux ans, et enfin la phase 3 prend deux à trois ans avec des milliers de personnes exposées au virus », a détaillé Patrick Berche. Dans le cas des vaccins développés contre le Covid, le calendrier a été « accéléré » en faisant « se chevaucher » toutes ces phases de test. Ce qui doit permettre d’obtenir un vaccin « probablement » en janvier 2021, estime le professeur.

Concernant les différents vaccins en développement, les deux vaccins développés par la Chine ont déjà été administrés à « toute l’armée chinoise » et à des « centaines de milliers de personnes », mais « nous ne disposons d’aucunes informations », a-t-il regretté. Un vaccin indien est également en développement.

Les motifs d’espoir ? Les deux vaccins développés par Pfizer et Moderna. « Ils utilisent des technologies innovantes. Ces deux vaccins sont en phase 3 et les laboratoires proposeront probablement leur utilisation rapidement. C’est une nouvelle génération qui n’a jamais été testée chez l’homme mais qui fonctionne bien chez l’animal », s’est-il réjoui. Avant de tempérer : « Mais il faut avoir des garde-fous ».

Et pour cause, selon Patrick Berche, de multiples questions sont encore irrésolues : quelle est l’efficacité de ces vaccins chez les personnes de plus de 65 ans et les patients avec comorbidités ? Quels seront les effets secondaires - évalués aujourd’hui entre 25 et 50 % pour le vaccin Pfizer - ? Faudra-t-il une ou deux injections ? Quelle sera la durée de la protection ? Quid des anciens porteurs sains ?

Contre la vaccination obligatoire

Alors que le débat sur la future stratégie vaccinale commence à agiter la classe politique, les trois médecins se sont fermement prononcés contre la vaccination obligatoire. Selon Patrick Berche, la stratégie vaccinale doit procéder par étapes, à l’image de l’Allemagne, qui entend vacciner les personnes fragiles en premier, soit les plus de 65 ans et les patients avec comorbidités, puis les personnels de soins, et enfin, la population générale. « On doit prôner une forte incitation sans obligation vaccinale », ont-ils répété. « Si on laisse les Français se vacciner librement, je pense qu’on atteindra 75 % de la population », a estimé Patrick Berche.

« La question qui se pose, a repris Christine Rouzioux, c’est : « Est-ce qu’on va plus loin sur l’obligation vaccinale pour les personnes âgées ? Est-ce qu’il faut vacciner ces personnes qui ont parfois de moins bonnes réponses face au vaccin ? » Selon Alain Fischer, il faut vacciner les personnes à risques « si on a des évidences raisonnables d’efficacité du vaccin ».

Autre volet prépondérant de la future stratégie vaccinale : l’importance de la logistique, ont-ils souligné. Patrick Berche préconise d’impliquer les médecins généralistes, pharmaciens, infirmiers libéraux ; d’organiser la gestion administrative ; et de lutter activement contre la désinformation et les fake news. « La logistique pour vacciner va dépendre du vaccin lui-même, en fonction de sa température de conservation », a prévenu Christine Rouzioux. Encore une fois, les trois scientifiques ont jeté un œil outre-Rhin : « l’Allemagne est déjà en train de s’organiser avec des grands barnums de vaccination dans les grandes villes ». Interrogé sur la logistique mercredi 18 novembre lors des questions d’actualité au gouvernement, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a assuré que le « travail sur la logistique est en cours ». « Il s’agit d’identifier des centres, des transporteurs, des conditions de transport, sachant que les différents vaccins ne nécessitent pas les mêmes conditions de stockage et de transport. Mais nous travaillons sur plusieurs scénarios », a-t-il affirmé.

La communication, le nerf de la guerre

Selon une étude de la fondation Jean Jaurès publiée ce mardi, seuls 54 % des Français déclarent qu’ils se feront vacciner contre la Covid-19. Face à la vague de défiance, les trois médecins ont donc alerté les parlementaires sur la nécessité d’une communication claire et transparente à propos du futur vaccin. La « communication doit être régulière sur les effets indésirables », a insisté Patrick Berche, afin de tordre le cou aux théories conspirationnistes. Les politiques ont un rôle « majeur » dans la confiance, a ajouté Alain Fischer : « Il y a un énorme effort d’informations à faire ». Il propose, par exemple de « faire participer la société civile, comme les associations ». En sus, Patrick Berche pense que la confiance dans le vaccin « viendra des publications scientifiques soumises à la critique », car pour le moment, les médecins français ne travaillent que « sur des communiqués de presse de Pfizer ou Moderna ».

« Qu’est-ce qu’on répond à quelqu’un qui nous dit : ‘peut-on faire confiance dans un vaccin créé en un an plutôt qu’en quinze ans’ ? », a alors interrogé le député Cédric Villani. « Ces vaccins vont être l’objet d’analyses rigoureuses des agences réglementaires », lui a rétorqué Alain Fischer, pour qui « il n’y aura pas d’autorisation de mise sur le marché si les réponses des vaccins ne sont pas bonnes ».

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