Covid-19 : quand, en février 2020, le confinement de Wuhan faisait craindre le pire sur l’approvisionnement en médicaments

Covid-19 : quand, en février 2020, le confinement de Wuhan faisait craindre le pire sur l’approvisionnement en médicaments

Troisième épisode de notre série sur les débuts de la crise du covid-19, telle qu’elle a été perçue au Sénat. Il y a un an, la quarantaine imposée à la province chinoise du Hubei donnait des sueurs froides aux parlementaires, qui redoutaient une déstabilisation de la chaîne du médicament.
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En plein cœur du mois de février 2020, une inquiétude monte au sein de la représentation nationale, alors que le ministère de la Santé change de pilote (relire notre article). La crainte d’une rupture dans la chaîne d’approvisionnement de médicaments, perturbée par l’épidémie du coronavirus. C’est le troisième épisode de notre série rétrospective sur les premiers retentissements de cette crise planétaire au Sénat.

La mise sous cloche du centre névralgique industriel chinois fait craindre de sérieuses difficultés dans la chaîne du médicament en Europe. En effet, c’est en Asie, et plus singulièrement en Chine, que la grande majorité des principes actifs nécessaires aux médicaments sont fabriqués. Le 12 février, l’Académie nationale de médecine, qui n’en était pas à sa première alerte, met en garde sur de potentielles conséquences sur la santé publique. Elle appelle à relocaliser ces productions stratégiques. Au Sénat, la sénatrice Patricia Schillinger (LREM) saisit le gouvernement dans une question écrite, pour savoir quelles sont les mesures mises en œuvre afin « d’éviter que la dépendance de l’industrie pharmaceutique aux matières premières chinoises ne dégénère dans ce contexte de crise sanitaire ». Signe du tsunami qui s’est abattu sur les services du ministère de la Santé, la sénatrice n’a jamais obtenu de réponse par ce canal.

Le sujet est abordé lors des questions au gouvernement (QAG) à l’Assemblée nationale, puis au Sénat. Préoccupé par ces « risques possibles de ruptures d’approvisionnement, liées au coronavirus », le sénateur socialiste Yves Daudigny demande lui aussi au gouvernement, le 19 février, quelles sont les actions engagées, et surtout qu’elles sont les éventuelles pénuries identifiées par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Olivier Véran convaincu qu’il faudra réimplanter des usines de fabrication de médicaments en France

Le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran, nommé trois jours plus tôt par l’Elysée, se charge de répondre. C’est sa première adresse au Sénat. Le ton se veut rassurant. « Pour l’instant, aucun signal d’alerte n’est passé au rouge », précise celui qui était encore 72 heures avant député et rapporteur général de la commission des affaires sociales. « Je scrute le moindre signal d’alerte de rupture potentielle de stocks. »

Une semaine plus tard, lors de la séance suivante de QAG, le sénateur Loïc Hervé (Union centriste) revient à la charge. Olivier Véran reste sur les mêmes retours positifs de l’ANSM. « À ce stade, l’agence nous assure qu’il n’y a aucun problème de pénurie ou d’accès à des médicaments essentiels, que ce soit dans la lutte contre le coronavirus ou pour la prise en charge de maladies aiguës ou chroniques », assure-t-il. Il rappelle également que grâce au Parlement il est obligatoire de constituer un stock de quatre mois pour tous les médicaments d’intérêts thérapeutiques majeurs en Europe.

Conjoncture pandémique ou non, le problème reste structurel. « Il faut toutefois aller au-delà, vous l’avez dit, Monsieur le sénateur, en réimplantant des usines de fabrication de médicaments en France et en Europe. Nous devons mener cette réflexion à l’échelon européen », complète le ministre. L’indépendance pharmaceutique fait déjà partie des leçons à tirer d’une pandémie qui n’en est alors qu’à ses débuts.

 

Les débuts de la crise du covid-19, vus depuis le Sénat - tous les épisodes :

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