Covid-19 : sans « l’armée des ombres » des élus locaux, « on n’arriverait pas à gérer »
Confinement, couvre-feu, protocole sanitaire… les mesures pour lutter contre l’épidémie de covid-19 n’ont cessé d’évoluer, et si la santé est une compétence de l’État, les maires se retrouvent en première ligne pour appliquer et expliquer. Confrontés à des réalités diverses sur le terrain, les élus ont dû faire preuve d’agilité et d’inventivité, mais avaient-ils assez d’autonomie ? Étaient-ils assez informés et consultés ? Dans Un monde en docs, Jérôme Chapuis et ses invités ont décrypté le rôle de l’Etat et des collectivités dans la gestion de la crise sanitaire. 

Covid-19 : sans « l’armée des ombres » des élus locaux, « on n’arriverait pas à gérer »

Confinement, couvre-feu, protocole sanitaire… les mesures pour lutter contre l’épidémie de covid-19 n’ont cessé d’évoluer, et si la santé est une compétence de l’État, les maires se retrouvent en première ligne pour appliquer et expliquer. Confrontés à des réalités diverses sur le terrain, les élus ont dû faire preuve d’agilité et d’inventivité, mais avaient-ils assez d’autonomie ? Étaient-ils assez informés et consultés ? Dans Un monde en docs, Jérôme Chapuis et ses invités ont décrypté le rôle de l’Etat et des collectivités dans la gestion de la crise sanitaire. 
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Depuis mars 2020, le scenario se répète. Début de soirée, l’exécutif est à la manœuvre, les Français suivent la conférence de presse du Premier ministre, ou du ministre de la Santé, annonçant les dernières mesures sanitaires, des mesures qui doivent parfois s’appliquer dès le lendemain. Or sur le terrain, pas toujours facile pour les maires de s’organiser témoigne Christophe Bouillon, président de l’Association des Petites Villes de France (APVF) : « A peine la conférence de presse terminée, vous avez déjà des appels des parents d’élèves, du personnel municipal etc. ».

Car si l’État décide, c’est ensuite aux élus locaux d’appliquer les décisions venues d’en haut. Cette situation provoque parfois de la « colère » estime Christophe Bouillon, qui pointe une « incompréhension de la part du sommet de l’État sur la façon fonctionne une municipalité ». Sur le terrain, les maires sont obligés de s’adapter constamment, alors qu’ils découvrent les mesures en même temps que l’ensemble de la population.

Des décisions venues d’en haut

Les préfets peuvent décider, mais s’ils n’ont pas l’armée des ombres, l’armée des efficaces, que sont les maires, on n’arrive pas à gérer les choses et à maintenir le pays en marche.

Représentant de l’État dans les départements, le préfet joue alors un rôle majeur. Il constitue l’interlocuteur privilégié des élus. Françoise Gatel, sénatrice (union centriste) d’Ille-et-Vilaine, insiste sur l’importance du couple « maire/préfet » en cette période de crise sanitaire. « Le préfet répond plus facilement aux maires qu’aux services municipaux, donc les maires ont dû monter en puissance ». Si le préfet représente l’autorité de l’État, la sénatrice tient à rappeler que la gestion de la crise n’aurait pas été possible sans le travail des élus municipaux : « Les préfets peuvent décider, mais s’ils n’ont pas l’armée des ombres, l’armée des efficaces, que sont les maires, on n’arrive pas à gérer les choses et à maintenir le pays en marche ».

Mais le préfet est-il toujours le bon interlocuteur ? La discussion est souvent à sens unique selon certains élus, comme Jean Leonetti. Le maire Les Républicains d’Antibes juge sévèrement le rôle du représentant de l’État : « Le préfet informe plus qu’il ne concerte, et il ne décide pas ». Alors que les maires sont en première ligne sur le terrain, face aux citoyens, leur avis pèse, semble-t-il bien peu dans la prise de décision. S’il y a bien des discussions en région, Jean Leonetti les qualifie de « supercherie ». La décision tombe d’en haut selon lui, faisant peu de cas des avis locaux.

Le rôle des ARS

L’ARS peut décider toute seule, et c’est ce qui s’est passé en début de crise

La sénatrice Françoise Gatel pointe quant à elle une autre caractéristique organisationnelle qui explique pourquoi les discussions avec le préfet ne sont pas toujours efficaces. Elle rappelle qu’en France ce sont les ARS (Agences Régionales de Santé) qui sont responsables de la politique de santé sur le territoire. Or ces ARS ne sont pas sous l’autorité du préfet rappelle la sénatrice : « L’ARS peut décider toute seule, et c’est ce qui s’est passé en début de crise. Et alors le préfet n’a aucune consigne à donner à l’ARS ». Elles dépendent en effet directement du ministère de la Santé, quand les préfets répondent au ministère de l’Intérieur.

Pour une clarification des compétences

Face à ces interlocuteurs multiples, les maires se sentent isolés et peu écoutés, alors qu’ils ont été « des essentiels » dans cette crise estime Françoise Gatel. Il faudra selon elle en tirer les leçons pour éviter les difficultés auxquelles se sont heurtés les élus locaux.

Pour Jean Leonetti, les maires ne s’opposent pas à la répartition des compétences, il rappelle ainsi que « la santé est une fonction régalienne », et qu’il faut qu’elle le reste pour éviter des disparités d’accès aux soins sur le territoire national. « Les maires ne veulent pas avoir plus de compétences » conclut-il, « ils veulent une clarification des compétences ».

 

Retrouvez le documentaire Vie de maire, mon maire recofniné et le débat d'Un monde en docs, en replay.

Partager cet article

Dans la même thématique

Covid-19 : sans « l’armée des ombres » des élus locaux, « on n’arriverait pas à gérer »
3min

Politique

Crise pétrolière : « Avec le transport maritime à la voile on est à 1g de CO2 par tonne de matériel transporté au km » se réjouit cet entrepreneur

Alors que le détroit d’Ormuz est toujours bloqué, et que les prix des hydrocarbures sont toujours au plus haut, certaines solutions de transports maritimes, hier décriées, montrent tout leur intérêt. Avec un taux d’émission de gaz à effet de serre faible et une ressource inépuisable, le transport maritime à la voile développé par une jeune entreprise bretonne a tous les avantages, comme l’explique ce chef d’entreprise dans l’émission « dialogue citoyen » présentée par Quentin Calmet.

Le

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le