Covid19 : les sapeurs-pompiers font part de leur malaise au Sénat
Début juillet, un rapport de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers fustigeant la gestion de la crise du coronavirus avait suscité la polémique. Auditionné au Sénat, le président de la fédération a relayé le malaise des sapeurs-pompiers.

Covid19 : les sapeurs-pompiers font part de leur malaise au Sénat

Début juillet, un rapport de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers fustigeant la gestion de la crise du coronavirus avait suscité la polémique. Auditionné au Sénat, le président de la fédération a relayé le malaise des sapeurs-pompiers.
Public Sénat

Par Fabien Recker

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« Nous plaidons non coupables, mais responsables ». Devant la commission d’enquête du Sénat sur la gestion de la crise du Covid-19, le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) s’est livré à un exercice de rétropédalage. En cause, le rapport au vitriol de la FNSPF sur la gestion de la crise par les Agences régionales de santé (ARS), qui avait fuité dans la presse le 4 juillet dernier. « Le document exploité par la presse est un document de travail dont certaines affirmations sont erronées, que nous avons souhaité corriger » a reconnu le colonel Grégory Allione.

Parmi ces affirmations, certaines avaient en effet fait couler beaucoup d’encre. Le rapport mentionne notamment des « pressions dans les territoires en tension pour abaisser le niveau de protection » des sapeurs-pompiers. Il qualifie de « véritables esbrouffes » les évacuations sanitaires en TGV, qui se résumeraient à de « pures opérations de communication ». Quant au 15, numéro d’appel du Samu, privilégié par les autorités de santé au détriment du 18 pour gérer les signalements Covid, il aurait laissé des « requérants non-Covid en situation d’urgence vitale » mourir « dans l’indifférence générale » pour cause de saturation.

« On ne peut pas gérer une crise comme on administre un établissement public »

Une accusation que Grégory Allione n’a pas réitéré lors de son audition. Mais le colonel a repris à son compte plusieurs constats contenus dans le fameux rapport. « La crise a été administrée plutôt que gérée » par les autorités de santé a-t-il expliqué. En cause, une approche strictement sanitaire, pilotée par le ministère de la santé, face à une crise pourtant « multisectorielle ». Mal préparée, l’administration aurait ainsi manqué à plusieurs fondamentaux de la gestion de crise, à commencer par le principe du commandement unique.

 

« On ne peut pas gérer une crise comme on administre un établissement public » affirme le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.
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« On a relevé plusieurs directeurs de crise au cours des évènements, avec plusieurs cellules de crise de plusieurs ministères. Cela peut interpeller en termes de doctrine » a reconnu le colonel. « On ne peut pas gérer une crise comme on a l’habitude d’administrer un établissement public » a-t-il poursuivi. « La gestion de crise exige d’avoir des fondamentaux et de savoir prendre des décisions en urgence, ce que font les militaires, les gendarmes et les policiers, les sapeurs-pompiers (…) C’est beaucoup plus difficile pour les gens en administration centrale, parce que leurs paradigmes habituels ne sont pas ceux de la gestion de crise ».

« Tout sauf les pompiers » ?

Grégory Allione s’est surtout fait le porte-voix du malaise des sapeurs-pompiers, qui se sont sentis mis de côté dans la réponse à la crise. « Il y a eu un sentiment de ‘tout sauf les pompiers’ » a regretté M. Allione. Alors même que les ces derniers « sont les acteurs de la santé des territoires. Aujourd’hui les soldats du feu sont devenus les soldats de la santé (…) Pourquoi les avoir mis de côté en temps de guerre, alors qu’il y avait la disponibilité, la compétence ? »

Le colonel a avancé plusieurs exemples devant sénateurs. « Lorsque sur la plaque parisienne sont arrivés des hélicoptères de l’armée, de la sécurité civile, on a refusé l’accès aux ambulances des sapeurs-pompiers de Paris. Ça s’est corrigé par la suite, mais il y a eu des moments où les ambulances rouges n’étaient pas autorisées sur le tarmac. A Besançon, un hélicoptère de la sécurité civile a dû débarquer un médecin des sapeurs-pompiers pour permettre à un collègue du Samu de monter. L’ordre est arrivé de Paris. » Et le colonel de s’interroger sur d’éventuels « mots d’ordre » visant à tenir les pompiers à l’écart, même si les bonnes volontés au niveau local font qu’il n’y a pas eu de « guerre entre les blancs et les rouges » (comprendre entre le SAMU et les pompiers).

 

Colonel Grégory Allione : « Un sentiment de tout sauf les pompiers »
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« Vos réponses ne me satisfont pas »

Des éléments qui n’ont pas permis pour autant, aux yeux des sénateurs, de corroborer les thèses très tranchées parues dans le rapport initial qui avait fuité dans la presse. A savoir l’inutilité supposée des transferts de malades par TGV ou les manquements du 15. « Oui ou non, est-ce que (ces) constats (…) ont été faits par des membres de votre profession ? » s’est interrogé Bernard Jomier, le rapporteur socialiste de la commission d’enquête. « Vos réponses ne me satisfont pas » a ajouté le président (LR) Alain Milon.

« Je ne peux pas assumer un document de travail qui était perfectible » s’est défendu Grégory Allione. « En revanche, le fait qu’il y ait eu pression dans les territoires, oui ça s’est passé. (…) Et sur les TGV, oui, je pense qu’il y a eu une volonté de communiquer sur ces opérations de transferts de malades alors qu’il y avait d’autres possibilités plus habituelles » de prise en charge des malades, notamment de réarmer des locaux hospitaliers existants.

 

 

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