Crise du logement en outre-mer : face à la « gravité de la situation », le Sénat formule 77 propositions
La Délégation sénatoriale aux outre-mer présentait jeudi 1er juillet les conclusions de son rapport d’information pour « Reconstruire la politique du logement en outre-mer ». Il pointe notamment du doigt les insuffisances dans le parc des logements sociaux.

Crise du logement en outre-mer : face à la « gravité de la situation », le Sénat formule 77 propositions

La Délégation sénatoriale aux outre-mer présentait jeudi 1er juillet les conclusions de son rapport d’information pour « Reconstruire la politique du logement en outre-mer ». Il pointe notamment du doigt les insuffisances dans le parc des logements sociaux.
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La Cour des comptes avait acté l’échec du premier Plan logement outre-mer, s’étalant de 2015 à 2019, qui devait venir répondre aux besoins en logements sociaux des territoires ultramarins. Sa seconde mouture, qui doit prendre fin en 2022, s’apprête-t-elle à connaître le même constat d’échec ? C’est du moins ce que craint Stéphane Artano, sénateur de Saint-Pierre-et-Miquelon, président de la délégation sénatoriale aux outre-mer. « Le nouveau plan pour 2019-2022 a pris du retard, et lors du bilan, nous risquons de nous retrouver avec un constat pire que le précédent » a-t-il évoqué jeudi 1er juillet, lors d’une conférence de presse au Sénat.

Une crainte qui a en partie motivé la rédaction d’un rapport d’information, intitulé « Reconstruire la politique du logement outre-mer » et dont les conclusions, assorties de 77 propositions visant à améliorer la situation du logement dans les territoires ultramarins, ont été dévoilées ce jeudi.

La faiblesse du parc social

Pour comprendre les difficultés auxquelles font face les Français d’outre-mer dans leur accès au logement, il est nécessaire de s’attarder sur la situation du parc social ultramarin. « Alors que 80 % des habitants des outre-mer sont éligibles au logement social, seul 15 % y vivent » a déploré au micro de Public Sénat Stéphane Artano. Un décalage qui s’explique par une offre trop peu nombreuse. Seulement 20 % des logements ultramarins sont des logements sociaux.

« Nous avons fait ce rapport, car l’objectif de construction de 10 000 logements par an n’a pas été atteint. Nos concitoyens cherchent à se loger. La dignité des personnes est mise en cause » a dénoncé Victorin Lurel, sénateur socialiste de la Guadeloupe, rapporteur du document aux côtés du sénateur écologiste de l’Isère Guillaume Gontard et de la sénatrice de Saint-Barthélemy Micheline Jacques.

D’autant que « l’habitat social se dégrade » a fait savoir Victorin Lurel. Selon le rapport, 110 000 logements seraient indignes dans les DROM, même si ce phénomène tend à être « plus diffus » a fait savoir Micheline Jacques.

La sénatrice a d’ailleurs tenu à mettre en lumière la situation à La Réunion, où « 33 000 familles sont en attente de logement social », et ceci alors que les territoires ultramarins comptent 120 000 logements vacants. « La taxe sur les logements vacants n’a toujours pas été mise en œuvre dans les DROM » a-t-elle regretté.

77 propositions formulées

Un cruel état des lieux fait par la délégation, qui a auditionné plus d’une centaine de personnes pour appuyer ses conclusions. Et pousse les sénateurs à émettre une liste de recommandations afin de remédier aux problèmes constatés.

Sur le logement indigne d’abord. Car bien que le rapport fait état que « les démolitions se sont multipliées à Mayotte et en Guyane depuis la loi Elan de 2018 », les sénateurs appellent à « associer en amont et en aval les populations pour identifier des solutions pérennes de relogement », afin d’« éviter de ne faire que déplacer des bidonvilles ». Concernant les logements sociaux, le rapport invite naturellement à « accélérer la construction de logements sociaux et très sociaux, et à assurer la mixité sociale ».

Et pour ce qui est « d’assurer une véritable territorialisation de la politique du logement », le rapport estime qu’« il convient de mieux prendre en compte les particularités de chaque territoire ». En améliorant dans les territoires ultramarins les structures de concertation et de coordination des acteurs du logement, et en les rendant « véritablement décisionnels ».

D’autant que comme l’a détaillé Guillaume Gontard, architecte de formation, les territoires d’outre-mer peuvent être « un modèle d’innovation, un terrain d’expérimentation ». Le rapport juge que « les grandes tendances de l’habitat de demain y sont déjà perceptibles et identifiées : densification des villes, décarbonation des procédés constructifs… ». Le sénateur écologiste réclame également « des assises du logement et de l’habitant en outre-mer. Je pense que c’est utile. Dans tous les échanges qu’on a pu avoir, il y a cette nécessité-là, celle de mettre tout le monde sur la table ».

Guillaume Gontard demande « la mise en place d'assises du logement et de l'habitat en outre-mer »
00:37

Un rapport qui entend donc proposer un panel complet de solutions. Mais pour Victorin Lurel, la priorité est simple. « Il faut construire partout, et pas simplement en Guyane et Mayotte où la croissance démographique est importante ».

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