Crise sanitaire : les disparités entre les étudiants se sont clairement accentuées
La situation des étudiants s’est détériorée avec la crise sanitaire. Des membres de l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE) se sont exprimés à ce sujet ce jeudi au Sénat. Selon eux, il est important de mettre en lumière les fortes disparités qui existent actuellement parmi les étudiants.

Crise sanitaire : les disparités entre les étudiants se sont clairement accentuées

La situation des étudiants s’est détériorée avec la crise sanitaire. Des membres de l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE) se sont exprimés à ce sujet ce jeudi au Sénat. Selon eux, il est important de mettre en lumière les fortes disparités qui existent actuellement parmi les étudiants.
Public Sénat

Par Joseph Stein

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« On est épuisés », « on nous envoie au casse-pipe », « j’ai l’impression que ce que je fais n’a plus de sens ». Voici quelques exemples de près de 400 témoignages d’étudiants que le Sénat a recueillis sur son site internet ces deux derniers jours. Ils ont constitué le point de départ de la réflexion des sénateurs de la mission d’information sur les conditions de vie étudiante. Des sénateurs qui se sont réunis le 11 mars pour une première audition.

A l’instar de ces remontées du terrain, les membres de l’OVE interrogés ont décrit la dégradation des conditions de vie des étudiants depuis le déclenchement de la crise. Tout d’abord, ce sont leurs conditions de travail qui ont été bouleversées : lors du premier confinement, les cours ont désormais été donnés en ligne. Une source de difficulté pour certains étudiants, qui « n’avaient pas une bonne connexion internet (36 %) ou n’étaient pas au calme pour travailler (42 %) », explique Elise Tenret, chargée de mission à l’OVE.

Ensuite, « des facteurs majeurs ont entraîné des conséquences extrêmement négatives pour les budgets des étudiants en 2020 », indique la présidente de l’OVE, Monique Ronzeau. Elle fait surtout référence au fait qu’un tiers d’entre eux ont perdu leur activité rémunérée, ce qui a entraîné un manque à gagner moyen de 200 euros chaque mois.

Hausse des fragilités psychologiques

Alors qu’avant la crise, certains aspects avaient connu une stabilisation voire une amélioration (satisfaction quant au déroulé des études, baisse relative des difficultés financières des étudiants), d’autres étaient déjà préoccupants. C’est le cas de leur état de santé : en 2016, ils étaient 30 % à renoncer à des soins. La crise n’a d’ailleurs rien arrangé, cette proportion est passée à 33 % en 2020. De plus, l’accroissement de l’isolement et du stress induits par la pandémie est un facteur explicatif de la hausse de 10 % de la part des étudiants présentant des fragilités psychologiques (elle a atteint 30 % en 2020).

Néanmoins, les deux membres de l’OVE invitent à prendre en compte les disparités parmi les étudiants. « Il y a des étudiants qui ont plus souffert que d’autres », souligne Monique Ronzeau. Il s’agit de ceux qui sont entrés à l’université en 2020 et qui, du fait du confinement peu après la rentrée, « n’ont quasiment rien connu de l’université », d’après la présidente de l’Observatoire. Les étudiants les plus âgés, en doctorat, sont aussi durement touchés par la crise, tout comme ceux venus de l’étranger, que leurs familles ne peuvent pas directement aider.

A l’inverse, « les étudiants des grandes écoles s’en sortent beaucoup mieux », note Monique Ronzeau. Cela s’expliquerait par un accompagnement plus personnalisé de ce public par les établissements en question. Les membres de l’OVE appellent dès lors à différencier les mesures de soutien selon les étudiants : « Une mesure générale qui consiste à prévoir le même impact sur toutes les catégories d’étudiants atténuerait, voire anéantirait l’effet réel pour ceux qui en ont le plus besoin », justifie la cheffe de l’OVE.

« Rechercher un modèle hybride »

Par ailleurs, l’Observatoire remarque l’installation d’un effet d’usure chez les étudiants à mesure que la crise s’allonge. Avec comme conséquence la modification des projets d’orientation pour 25 % des étudiants, d’après Elise Tenret. On n’assiste pas toutefois à une vague de décrochage, dans la mesure où la participation aux examens du premier semestre est comparable à celle des années précédentes. Une donnée à manier avec précaution, puisqu’il n’existe pas de quantification exacte des décrochages.

Pour éviter que le découragement des étudiants ne perdure, Monique Ronzeau recommande aux établissements d’anticiper la sortie de crise. Pour elle, il n’y aura vraisemblablement pas de retour à l’organisation antérieure. Sans pour autant poursuivre uniquement avec les cours en ligne, une « catastrophe » selon la directrice de l’OVE, il convient de « rechercher un modèle hybride », mêlant cours sur le campus et enseignement en ligne. Par contre, il faudra former les enseignants-chercheurs en conséquence. Elise Tenret, elle-même maîtresse de conférences en sociologie à l’université Paris Dauphine, rappelle que les professeurs ont eux aussi souffert du manque de lien avec leurs élèves.

Pour la rentrée 2021, l’enjeu est de « recréer le lien social, entre pairs, avec les enseignants, en offrant la possibilité de revenir sur les sites universitaires », déclare Monique Ronzeau. Pour que les étudiants puissent reprendre leurs habitudes.

 

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