Crispation politique après le houleux Ajaccio-Le Havre: un « grand classique » selon des experts
La polémique autour du match Ajaccio-Le Havre a pris une tournure éminemment politique en Corse où plusieurs élus ont dénoncé un "racisme anti...

Crispation politique après le houleux Ajaccio-Le Havre: un « grand classique » selon des experts

La polémique autour du match Ajaccio-Le Havre a pris une tournure éminemment politique en Corse où plusieurs élus ont dénoncé un "racisme anti...
Public Sénat

Par Maureen COFFLARD

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La polémique autour du match Ajaccio-Le Havre a pris une tournure éminemment politique en Corse où plusieurs élus ont dénoncé un "racisme anti-corse" et un "lynchage médiatique", un "grand classique" sur l'île où le football est un vecteur identitaire fort, rappellent des experts.

"Vous avez la partie continentale et la partie insulaire, les deux se sentent agressées", résume à l'AFP Didier Rey, historien et professeur à l'Université de Corte: "L'une sur le terrain et par rapport au comportement réel ou supposé des supporters ou des équipes insulaires, et les Corses se sentant dénigrés systématiquement et pensant que les incidents sont grossis systématiquement et que les sanctions sont différentes en fonction du présumé coupable".

"Par conséquent, les politiques montent au créneau", poursuit Didier Rey: "C'est un grand classique depuis 50 ans parce que vous avez encore et toujours ce phénomène victimaire".

"La force du foot, c'est que ça permet de jouer sur la victimisation, et ça marche très bien pour les mouvements politiques qui jouent eux-mêmes sur une revendication victimaire", abonde Thierry Dominici, docteur en sciences politiques et spécialiste de la Corse à l'Université de Bordeaux.

Dans la foulée du match remporté dimanche par Ajaccio aux tirs au but, après une rencontre émaillée d'incidents et reportée après le caillassage du car des Havrais par quelques dizaines de supporters de l'AC Ajaccio scandant pour certains des insultes racistes vendredi soir à Ajaccio, tous les grands responsables et élus politiques de l'Île de Beauté sont montés au créneau face à la polémique.

Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, a dénoncé un "climat d'hystérie anti-corse", le président indépendantiste de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni a fustigé la "haine anti-corse", promettant une "riposte énergique" sur le terrain judiciaire --il doit d'ailleurs s'exprimer mardi après une réunion avec les bâtonniers, des avocats et des élus corses. Le député nationaliste Jean-Felix Acquaviva a lui aussi dénoncé un "acharnement anti-corse (...) indécent".

- "Dialogue victimaire" -

Le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, dépose une gerbe de fleurs en mémoire des victimes du drame de Furiani, le 5 mai 2018
Le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, dépose une gerbe de fleurs en mémoire des victimes du drame de Furiani, le 5 mai 2018
AFP/Archives

Les réactions courroucées ne se sont d'ailleurs pas limité au camp nationaliste. Le maire LREM de Bonifacio Jean-Charles Orsucci a ainsi multiplié les tweets pour dénoncer "les propos racistes" de journalistes ou d'internautes et fustiger l'idée que "seuls les Corses et tous les Corses sont racistes, violents". "Il ne faudrait (...) pas qu’on intente une nouvelle fois un procès généralisé et à charge contre la Corse tout entière à travers ce match de football", a aussi tweeté le maire sans étiquette (ex-LR) d'Ajaccio, Laurent Marcangeli.

Aux yeux de Thierry Dominici, ces réactions très largement partagées sont logiques: en Corse "le nationalisme est partout, au-delà du nationalisme institutionnel, c'est-à-dire des élus, et il est vrai qu'il n'y a pas meilleur sport identitaire que le football".

M. Dominici ajoute d'ailleurs que le ballon rond a joué pendant quelques jours un rôle de ciment insulaire spectaculaire, même si les joueurs de l'ACA ne sont pas tous originaires de l'île, "l'AC Ajaccio devenant le club de tous les Corses". Même le SC Bastia a apporté "tout son soutien" à l'AC Ajaccio face au "lynchage médiatique", réclamant "respect et traitement équitable dans les médias" pour les clubs corses de football.

Le député nationaliste Jean-Felix Acquaviva salue le président Emmanuel Macron, lors d'un hommage au préfet Claude Erignac, le 6 février 2018 à Ajaccio
Le député nationaliste Jean-Felix Acquaviva salue le président Emmanuel Macron, lors d'un hommage au préfet Claude Erignac, le 6 février 2018 à Ajaccio
POOL/AFP/Archives

Selon Didier Rey, plusieurs éléments sont venus se superposer dans cette rencontre sportive: un "amateurisme" des pouvoirs publics dans l'encadrement sécuritaire du car vendredi soir, des incidents sur le terrain qui sont de plus en plus "répétitifs" dans le football français et le "dialogue victimaire" entre Ajaccio et Le Havre qui illustre "les relations difficiles entre le continent et la Corse".

Pour M. Dominici, les politiques corses s'inspirent "du système catalan qui utilise la victimisation et les réseaux sociaux. Ils se sentent contraints de répondre à l'immédiateté des réseaux sociaux et font de la communication politique sur des événements qu'ils ne gèrent pas".

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