Inondations dans le Sud-Ouest : « On n’avait pas connu ça depuis 1981 ! »
Poussée par un phénomène météorologique important, la Garonne est en crue depuis le week-end dernier, impactant sur son passage de nombreux départements. Des sénateurs du Lot-et-Garonne et de la Gironde témoignent.

Inondations dans le Sud-Ouest : « On n’avait pas connu ça depuis 1981 ! »

Poussée par un phénomène météorologique important, la Garonne est en crue depuis le week-end dernier, impactant sur son passage de nombreux départements. Des sénateurs du Lot-et-Garonne et de la Gironde témoignent.
Public Sénat

Par Pierre Maurer

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Leur désarroi s’appelle Justine. Ce phénomène météorologique a poussé la Garonne à sortir de son lit dans la nuit de vendredi à samedi dernier, provoquant une crue très importante dans certains départements du Sud-Ouest. De la Gironde au Lot-et-Garonne, les deux départements les plus touchés, des dizaines de personnes ont dû être évacuées.

Ce n’est pas la crue du siècle, mais presque : « La plus importante depuis quarante ans ! ». « C’est exceptionnel, on n’avait pas connu ça depuis 1981 ! », s’exclame Christine Bonfanti-Dossat, sénatrice Les Républicains du Lot-et-Garonne. « Les images aériennes sont à couper le souffle. Même les ronds-points ont été inondés ! C’est assez impressionnant et inquiétant », souffle-t-elle. L’élue s’est entretenue dans la matinée avec le colonel des pompiers en charge des opérations. « Dans la ville de Tonneins, la cité du tabac, l’eau a atteint 9,50 mètres. À Agen, on a constaté 7,49 m », énumère-t-elle. À Marmande, le niveau de l’eau a atteint son pic avec 10,20 m relevés, mercredi soir vers minuit. En tout, les pompiers du Lot-et-Garonne ont recensé 254 interventions depuis le début du phénomène météorologique Justine, dans la nuit de vendredi à samedi. Jeudi matin, 45 routes départementales restaient coupées, 12 submergées et six écoles étaient toujours fermées. « Les pompiers sont remarquables, puisqu’il y a eu 20 points de surveillance - il n’y en a jamais eu autant - et 92 personnes ont été évacuées », précise Christine Bonfanti-Dossat. Aucune victime n’est à déplorer.

La sénatrice se réjouit de l’élan de solidarité qui s’est mis en place : « Des barques ont même été mises en service dans la cité de la tomate ! Les infirmières et les pompiers se déplaçaient avec ! » L’image lui rappelle ses souvenirs d’édile, quand il y a une dizaine d’années, après un fort épisode pluvieux, « nous nous promenions en barque sur la nationale ». Mais aux souvenirs cocasses succèdent les vives inquiétudes. « Il faut constater que chez nous, on n’a plus que deux saisons : celle de la pluie et celle de la sécheresse. Des problèmes vont se poser : il va falloir identifier les fossés qu’on ne nettoie plus. Il faut tenir compte du changement climatique pour faire ces prévisions. Plus le temps passe, plus ces épisodes se répètent avec une plus grande intensité », souligne-t-elle. Selon elle, des solutions existent, comme les « lacs collinaires », des ouvrages de stockage d’eau. D’ailleurs, une initiative locale à Caussade oppose les agriculteurs et la ministre de la Transition écologique. « Barbara Pompili dit que le lac est dangereux, qu’il n’est pas conforme… », déplore la sénatrice, pas très échaudée par les remontrances ministérielles. Le combat n’est pas terminé, et même si l’élue préfère éviter un enlisement du conflit, le contexte local la fait sourire. « Chez nous, même les mémés aiment la castagne ! », s’esclaffe-t-elle.

Pour l’heure, la décrue s’annonce « très lente », affirme Christine Bonfanti-Dossat. La vigilance rouge sur le département a néanmoins été levée ce soir.

« C’est un épisode très sérieux »

En Gironde, les niveaux d’eau continuaient de monter mercredi soir. Sénateur socialiste du département, Hervé Gillé peut en témoigner. « Ma maison est à 100 mètres de l’inondation », dévoile l’ancien président du syndicat mixte d’étude et d’aménagement de la Garonne (SMEAG). « C’est un épisode très sérieux. Mais il n’a pas dépassé en intensité celui de 1981. L’événement a un peu surpris, car il n’y a pas eu de prospectives suffisantes pour mesurer les hauteurs d’eau à venir », analyse ce spécialiste. Il ajoute que les nappes phréatiques « sont surchargées » et que les sols n’ont donc pas pu absorber suffisamment l’eau. « L’effet de l’onde de l’inondation a donc été plus important », explique-t-il.

Le pic a été le plus important dans la commune de La Réole dans le sud de la Gironde avec 9,69m constatés. Les pompiers ont procédé à 56 évacuations et 22 mises en sécurité dans le secteur du Langonais - La Réole. Hervé Gillé espère que cet événement va permettre « de refaire travailler la mémoire collective. Il faut acculturer les nouveaux habitants qui bien souvent ne sont pas habitués aux crues. Et j’espère que cela permettra aussi de faire un bilan du cadre du référentiel de protection contre les inondations. » Le sénateur observe que les services de l’Etat « ont bien fonctionné » sur le plan local. « Mais le système vigicrues montre parfois ses limites », relève-t-il. Là aussi, la décrue s’annonce très « lente », et les regards se tournent désormais vers une perturbation météorologique au-dessus du Massif central, susceptible d’alimenter l’inondation.

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