Cryptomonnaie : après la chute de l’empire FTX, quelle régulation pour la monnaie numérique ?
La société américaine FTX, deuxième plateforme d’échanges mondiale de cryptomonnaie, s’est effondrée en l’espace de 10 jours. Emportant une centaine d’entreprises et près de 100.000 investisseurs dans sa chute, la débâcle d’un des acteurs centraux de la monnaie numérique pourrait pousser les institutions économiques, américaines comme européennes, à soumettre le secteur à plus de régulation.

Cryptomonnaie : après la chute de l’empire FTX, quelle régulation pour la monnaie numérique ?

La société américaine FTX, deuxième plateforme d’échanges mondiale de cryptomonnaie, s’est effondrée en l’espace de 10 jours. Emportant une centaine d’entreprises et près de 100.000 investisseurs dans sa chute, la débâcle d’un des acteurs centraux de la monnaie numérique pourrait pousser les institutions économiques, américaines comme européennes, à soumettre le secteur à plus de régulation.
Public Sénat

Par Emo Touré

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Fini de jouer. 10 jours plus tôt, la valorisation de l’entreprise FTX, deuxième bourse d’échange de cryptomonnaie dans le monde, atteint les 32 milliards de dollars. Coup de théâtre vendredi 11 novembre. La plateforme américaine a fait faillite, et est à court de liquidité. Son patron, le désormais ex-milliardaire Sam Bankman-Fried, est remplacé par celui qui avait géré la liquidation d’Enron puis de Lehman Brothers pendant la crise de 2008, John Ray III.

 

Comment le géant de la crypto a-t-il pu s’écrouler aussi vite ? D’une part, en utilisant frauduleusement les fonds de ses clients. Selon les médias américains, ce sont plusieurs milliards de dollars qui auraient été transférés vers les portefeuilles d’une entreprise spécialisée dans le trading à haut risque, Alameda Research, dont le fondateur n’est autre que… Sam Bankman-Fried. Le « chevalier blanc » des monnaies numériques et grand défenseur d’une plus grande régulation du secteur aurait ironiquement utilisé l’inexistence d’un contrôleur régulateur de ses actions pour financer illégalement son autre société. L’équilibre dangereux finira par s’effondrer, devant des clients réclamant des fonds désormais indisponibles.

Déjà ébranlé en début d’année par l’effondrement de la valeur d’une cryptomonnaie réputé stable, Terra Luna, le secteur subit sa seconde secousse en moins d’un an. Le bitcoin, la valeur de référence dans le domaine, vaut désormais 17 000 dollars, soit quatre fois moins que son record début 2021. D’après les données de Coingecko, l’ensemble des cryptomonnaies a perdu 130 milliards de dollars en valeur absolue, passant de plus de 1000 à 870 milliards de dollars en 10 jours.

 

La cryptomonnaie, un colosse aux pieds d’argile ?

 

Pour certains observateurs, cette chute fulgurante donne une sensation de déjà-vu. La déroute de Lehman Brothers, version numérique. Cependant, la volatilité du secteur et le manque de protection des investisseurs commencent à poser question. Le sujet n’est plus anecdotique : 8 % des Français ont déjà investi dans une cryptomonnaie début 2022 selon Ipsos. D’après les projections, ils seront 12 % d’ici la fin de l’année.

Quant à l’instabilité du secteur, la déchéance de FTX en est le premier exemple. En effet, une annonce de son rival, Changpeng Zhao, PDG de Binance, aura suffi à mettre à mal tout un écosystème. Le dirigeant sino-canadien a annoncé mardi dernier vendre l’ensemble de ses jetons FTT, une cryptomonnaie directement associée à la plateforme d’échange FTX. L’effet est immédiat : les investisseurs, pris de panique, tentent de retirer des milliards de la plateforme d’échange, mais les fonds sont indisponibles. L’affaire finit par prendre une tournure dramatique quand Binance propose de racheter FTX, avant de se raviser le lendemain. « J’ai raté, et j’aurais dû mieux faire », s’est excusé le propriétaire de l’entreprise en faillite.

En France, CoinHouse, premier courtier agréé par l’Autorité des marchés financiers (AMF) en tant que PSAN (Prestataire de Services sur les Actifs Numériques) a déclaré ne subir « aucune conséquence » de la faillite du mastodonte de la crypto. Son CEO, Nicolas Louvet, a assuré sur Twitter que les « services proposés par Coinhouse, les fonds de nos clients et la gestion courante de nos opérations » ne seraient pas impactés. Les tensions dans le secteur poussent les acteurs à montrer patte blanche : audit externe, transparence renforcée, mais aussi demandes pour plus de régulation.

 

Vers une régulation internationale ?

Face à l’ampleur de la faillite de FTX, les dirigeants de la Réserve fédérale (Fed) ont plaidé pour la mise en place « de garde-fous réglementaires ». Un enjeu déjà bien compris en Europe, où la commission des affaires économiques du Parlement européen a approuvé début octobre le réglèment MiCA. Ce dernier vise à encadrer l’écosystème des cryptomonnaies dans toute l’Union européenne. Son vote se tiendra en février 2023, pour une entrée en vigueur d’ici février 2024.

La France dispose de son côté d’une réglementation établie par l’Autorité des marchés financiers (AMF). L’institution financière donne un agrément Prestataire de Services sur Actifs Numériques (PSAN), après enregistrement des entreprises de cryptomonnaies. Sans le sésame, impossible de lancer des produits financiers - comme la monnaie numérique -, sur le marché français. Une manière de protéger l’économie, mais aussi les investisseurs. D’après les Echos, L’AMF a d’ores et déjà commencé son enquête auprès des acteurs du secteur pour connaître l’impact de la chute de FTX sur ces derniers.

L’enjeu réside cependant dans la mise en place d’une régulation à l’échelle internationale : les plus grandes plateformes sont souvent enregistrées dans des paradis fiscaux, à l’instar des Bahamas pour FTX. Difficile alors de les faire respecter les multiples systèmes de réglementations et régulations.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

France Macron
5min

Société

Interdiction des téléphones portables, questionnaire sur les violences sexuelles ...Toutes les nouveautés à l’école en cette rentrée 2026 

Ce sont au total 11 607 600 élèves qui ont effectué leur rentrée scolaire aujourd’hui, dans les 57 700 écoles et établissements scolaires de France. Interdiction des téléphones portables, questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles : zoom sur toutes les nouveautés de ce mois de septembre 2026.

Le

BIDONVILLE A MAYOTTE
6min

Société

Immigration clandestine à Mayotte : « il faut arrêter avec la baisse de l’aide publique au développement » réagit le sénateur mahorais Thani Mohamed Soilihi

En visite cette semaine à Mayotte, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé plusieurs mesures pour mieux lutter contre l’immigration clandestine à Mayotte, notamment la conditionnalité de l’aide publique au développement à la coopération des pays voisins. Pour le sénateur de Mayotte Thani Mohamed Soilihi et ancien ministre chargé de la Francophonie, cette conditionnalité va dans le bon sens mais il faut stopper les coupes budgétaires dans l’aide au développement. 

Le

Cryptomonnaie : après la chute de l’empire FTX, quelle régulation pour la monnaie numérique ?
3min

Société

« On a la capacité de recruter des profils de grandes sociétés américaines qui ont reculé sur le télétravail », se réjouit ce chef d’entreprise de la Tech

Le bureau d’Olivier Lambert n’est pas tout à fait celui de tout un chacun les jours ensoleillés. Aujourd’hui, il travaille dans son jardin. Cet entrepreneur de ‘cloud’ souverain dirige une entreprise de plus de 100 salariés en 100 % télétravail. Et ce n’est pas la conséquence de la pandémie, c’est un choix ! Dans Dialogue citoyen présenté par Quentin Calmet, il témoigne et interroge les sénateurs sur la façon d’appréhender le télétravail quand on est chef d’entreprise.

Le

Paris, March against sexual and gender-based violence
10min

Société

Violences sexuelles et sexistes :  malgré des avancées, la formation des forces de l’ordre reste à améliorer

Préjugés sexistes, violences minimisées, ou refus de plainte : les victimes qui ont le courage de pousser la porte d’un commissariat ou d’une gendarmerie doivent parfois affronter une nouvelle épreuve, celle du dépôt de plainte. Depuis le Grenelle contre les violences conjugales en 2019, la formation des forces de l’ordre sur les violences intra-familiales et les violences sexistes et sexuelles (VSS) a été renforcée. Pourtant, l’affaire Lyhanna a démontré qu’il existe encore de nombreux trous dans la raquette. Si la formation initiale des policiers et des gendarmes aux VSS est obligatoire, la formation continue des forces de l’ordre reste tributaire des dynamiques locales.

Le