Derrière la présidentielle, le brouillard des législatives
Le résultat imprévisible de la présidentielle, avec l'absence possible du second tour des deux partis dominants depuis 40 ans,...

Derrière la présidentielle, le brouillard des législatives

Le résultat imprévisible de la présidentielle, avec l'absence possible du second tour des deux partis dominants depuis 40 ans,...
Public Sénat

Par Fabrice RANDOUX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Le résultat imprévisible de la présidentielle, avec l'absence possible du second tour des deux partis dominants depuis 40 ans, ouvre tous les scénarios pour les législatives de juin, y compris l'absence de majorité dans une Assemblée nationale profondément renouvelée.

Pour ce scrutin dans l'élan de la présidentielle, les données étaient habituellement simples: les Français accordaient au nouveau président une majorité pour gouverner. Et le mode de scrutin, majoritaire à deux tours, favorisait le principal parti de chaque camp.

En l'absence de proportionnelle, les petits partis n'entraient au Parlement que par une alliance avec les grands ou/et la résistance de bastions. Isolé, le Front national, présent dans 61 circonscriptions au second tour, n'a eu que deux élus en 2012.

A trois mois du scrutin des 11 et 18 juin, ce scénario "classique" reste possible en cas de victoire de François Fillon, suivie d'une majorité LR-UDI, qui a scellé une alliance dans plus de 90% des 577 circonscriptions.

Le candidat de la droite l'affirme: "Si je suis élu, j'aurai une majorité parlementaire, ce qui ne serait le cas ni pour M. Macron, ni pour Mme Le Pen".

L'hypothèse, actuellement dominante dans les sondages, d'une élection d'Emmanuel Macron face à Marine Le Pen provoquerait une configuration inédite à l'Assemblée.

"Dans un système à quatre partis - PS, LR, En Marche! et FN -, il y aura des élections où ça se jouera à rien: un peu d'implantation plus ou moins forte, un peu de tendance nationale... Donc, la majorité, c'est un truc de fou. Le risque, c'est d'avoir les institutions de la Ve avec le fonctionnement de la IVe", craint un ministre.

Persuadé qu'aucun président n'aura de majorité "uniquement avec son parti", M. Macron défend déjà "une majorité de coalition pour gouverner".

Soucieux de ne pas apparaître comme un Hollande bis, l'ancien ministre n'entend pas servir de "maison d'hôtes" socialiste. Mais les investitures d'En Marche! pourraient finalement n'être attribuées qu'après la présidentielle, pour laisser place à d'éventuels partenaires.

Il a promis une moitié "de nouveaux candidats" issus de "13.000 CV" reçus, l'autre moitié pour des élus "de gauche, du centre et de droite".

- La participation, facteur clé -

A gauche, le PS, fracturé entre partisans et détracteurs de Benoît Hamon, finalise un accord avec EELV, qui reconduit les écologistes sortants et leur laisse la main dans les circonscriptions de socialistes passés chez En Marche! Un accord avec les radicaux de gauche est validé, même si ces derniers sont divisés sur Macron.

Le PS espère peser même en cas de défaite de son candidat à la présidentielle. "Aux législatives, la notoriété locale, ça joue. Des gens me disent qu'ils voteront utile pour Macron, mais pour moi en juin", témoigne Michel Pouzol, député PS hamoniste de l'Essonne.

En cas de victoire d'Emmanuel Macron, les risques d'éclatement du PS sont grands. Manuel Valls se voit déjà conduire "la gauche de responsabilité" au sein d'une "coalition à la française".

Autre incertitude: l'arrivée de députés FN, massive si Marine Le Pen l'emportait mais probablement déjà conséquente si elle était au second tour et la droite absente.

La participation sera aussi un facteur clef du scrutin car il faut 12,5% des électeurs inscrits pour accéder au second tour.

Si la participation (57% nationalement en 2012) était faible et ne dépassait pas 50% dans certaines circonscriptions, il faudrait au moins 25% des voix pour ne pas être éliminé.

Le FN pourrait dépasser ce seuil, ce qui serait plus difficile pour une gauche fragmentée.

Alors que le Front de gauche n'est pas assuré de maintenir son groupe, des communistes sortants vont peut-être affronter des candidats de La France insoumise malgré le soutien du PCF à Jean-Luc Mélenchon...

Avec le premier tour de la présidentielle, "le 23 avril, tout va exploser. Partis et élus vont se poser des questions sur le maintien de certaines candidatures", prédit un élu communiste.

Quelle que soit sa couleur, l'Assemblée connaîtra un profond renouvellement.

Près de 150 députés jettent l'éponge, dont 84 PS et 45 LR. En cause, l'âge, un certain désarroi post-quinquennat ou la nouvelle loi sur le non-cumul des mandats.

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le