Pérenniser le mouvement au risque de le dénaturer ? À cinq mois des élections européennes, certains "gilets jaunes" envisagent une liste autonome. D'autres refusent l'idée. Mais la plupart rejettent toute "récupération" de partis politiques qui multiplient les appels du pied.
Dernière initiative en date: celle de l'ancien bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot, président des Patriotes, qui a annoncé jeudi vouloir conduire une "liste hybride, mi-Patriotes mi-gilets jaunes" aux élections européennes, et a déposé la marque "Les gilets jaunes".
Nicolas Dupont-Aignan, le président de Debout la France, a été l'un des premiers à porter un "gilet jaune" et défendre le mouvement dénonçant "l'injustice fiscale" et la baisse du pouvoir d'achat. Et le Rassemblement national (RN, ex FN) se dit prêt à "accueillir" des "gilets jaunes" sur sa liste.
À l'autre extrémité de l'échiquier politique, le parti communiste souhaite aussi une "liste ouverte" aux "gilets jaunes". L'insoumis Alexis Corbière estime "qu'il y a une course de vitesse avec l'extrême droite pour capter, pour être l'instrument politique de cette colère populaire'.
Benjamin Cauchy porte-parole des "gilets jaunes" en Haute-Garonne lors d'une manifestation à Toulouse le 21 novembre 2018
AFP/Archives
Certains "gilets jaunes" semblent s'être laissés convaincre. Benjamin Cauchy, le porte-parole des "gilets jaunes libres", affirme à l'AFP être "actuellement en discussion de fond" avec LR, le RN et DLF.
Pour lui, la présentation d'une liste "gilets jaunes" aux élections serait "une erreur de fond et de forme".
- "Cheval de Troie" -
L'écrivain et cinéaste Alexandre Jardin, le 3 janvier 2017 à Metz
AFP/Archives
Au contraire! "Participer aux européennes, c'est une manière d'éviter qu'un mouvement très spontané ne soit récupéré", rétorque l'écrivain Alexandre Jardin. Il a assisté le 20 décembre à une réunion entre plusieurs leaders des "gilets jaunes", parmi lesquels Christophe Chalençon, Ingrid Levavasseur, Jean-François Barnaba et Hayk Shahinyan, qui a dit avoir été approché par un homme politique connu.
Ils ont affirmé "leur volonté de travailler ensemble et de jeter les bases d'une structuration démocratique" mais la décision de participer aux européennes n'est cependant pas encore "certaine", tempère Alexandre Jardin.
Francis Lalanne lors d'une conférence de presse avec des "gilets jaunes" à Paris le 17 décembre 2018
AFP/Archives
Le 17 décembre déjà, d'autres "gilets jaunes" accompagnés du chanteur Francis Lalanne, ont annoncé le lancement d'un "rassemblement Gilet jaune citoyen" en vue du prochain scrutin.
"Ce n'est pas en restant autour d'un rond-point qu'on va faire avancer les choses", estime Julien Terrier, porte-parole des "gilets jaunes" en Isère, prêt à lancer une association "à but politique" mi-janvier. Pour lui, s'il est trop tôt pour les européennes, il faudra quand même "faire changer les choses de l'intérieur", être "un cheval de Troie".
- 8% d'intentions de vote -
L'enjeu est de taille : une liste "gilets jaunes" recueillerait 8% d'intentions de vote aux Européennes, selon un sondage Odoxa pour franceinfo publié le 21 décembre. Le RN en tête avec 21% d'intentions de vote, serait le plus affecté par la présence d'une liste "gilets jaunes" (-3 points).
Jacline Mouraud, une des représentantes du mouvement, à Bohal le 13 novembre 2018
AFP/Archives
Jacline Mouraud, auteure d'une vidéo devenue virale au début du mouvement en novembre, estime d'ailleurs qu'une liste "gilets jaunes" va "favoriser La République en Marche".
Se dissociant désormais du mouvement, elle entend présenter fin janvier "un parti du bon sens", "sans étiquette" avec "des idées nouvelles et constructives pour le pays, en harmonie avec les enjeux du changement climatique" et qui "arrête de nourrir le culte de la société de consommation". Objectif: les municipales de 2020, dit-elle à l'AFP.
Un parti ? Non merci, répondent d'autres. "Cette mobilisation est citoyenne et apolitique", rétorque Laetitia Dewalle, porte-parole des "gilets jaunes" du Val d'Oise. "Notre mobilisation n'a aucun intérêt à devenir un parti, aujourd'hui ou demain", insiste-t-elle.
En jeu: la survie de la mobilisation. "Rapidement, le mouvement +Nuit debout+ a intéressé de moins en moins de personnes, alors que les +gilets jaunes+ reçoivent, de l'opinion public, encore un soutien massif", compare Loïc Blondiaux, professeur de science politique à Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
En Espagne, "les Indignés étaient un peu des +gilets jaunes+ avant la lettre mais ils n'ont pas pu ni voulu se structurer, après quoi Podemos a repris la main", rappelle Gabriel Colomé, professeur de sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone.
Pour son confrère de l'université de Lille Rémi Lefebvre, l'équation reste donc difficile : "S'ils ne s'organisent pas, ça va s'essouffler. S'ils se normalisent en parti, ils vont se dénaturer".
À la suite des violences en marge des mobilisations du 17 octobre dernier, Emmanuel Macron a annoncé, ce jeudi, que seules les manifestations organisées par des syndicats seraient autorisées samedi, avec des tracés visant à protéger les commerces.
A l’issue du Conseil de sécurité, ce jeudi 22 octobre, Emmanuel Macron a exprimé sa volonté d’interdire « partout où on le peut », les manifestations qui ne seraient pas organisées par les syndicats. Un durcissement qui s’ajoute aux précédentes mesures déjà annoncées le 18 octobre.
Répondant à l’appel d’associations et de syndicats, plusieurs dizaines de milliers de contre-manifestants sont attendus, ce week-end, à Orléans, pour protester contre le congrès du RN. L’occasion pour Marine Le Pen et les cadres du parti de rappeler l’une de leurs mesures phares : la fin des subventions publiques aux associations « politisées ».
Invité de la matinale de Public Sénat, Michel Barnier a renouvelé son soutien à Bruno Retailleau, tout en défendant le principe d’une candidature unique à droite et au centre, désigné par une primaire.