Du rond-point au scrutin, les « gilets jaunes » face à la « récupération » politique
Pérenniser le mouvement au risque de le dénaturer ? À cinq mois des élections européennes, certains "gilets jaunes" envisagent une liste...

Du rond-point au scrutin, les « gilets jaunes » face à la « récupération » politique

Pérenniser le mouvement au risque de le dénaturer ? À cinq mois des élections européennes, certains "gilets jaunes" envisagent une liste...
Public Sénat

Par Clotilde DUMAY, Thomas PERROTEAU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Pérenniser le mouvement au risque de le dénaturer ? À cinq mois des élections européennes, certains "gilets jaunes" envisagent une liste autonome. D'autres refusent l'idée. Mais la plupart rejettent toute "récupération" de partis politiques qui multiplient les appels du pied.

Dernière initiative en date: celle de l'ancien bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot, président des Patriotes, qui a annoncé jeudi vouloir conduire une "liste hybride, mi-Patriotes mi-gilets jaunes" aux élections européennes, et a déposé la marque "Les gilets jaunes".

Nicolas Dupont-Aignan, le président de Debout la France, a été l'un des premiers à porter un "gilet jaune" et défendre le mouvement dénonçant "l'injustice fiscale" et la baisse du pouvoir d'achat. Et le Rassemblement national (RN, ex FN) se dit prêt à "accueillir" des "gilets jaunes" sur sa liste.

À l'autre extrémité de l'échiquier politique, le parti communiste souhaite aussi une "liste ouverte" aux "gilets jaunes". L'insoumis Alexis Corbière estime "qu'il y a une course de vitesse avec l'extrême droite pour capter, pour être l'instrument politique de cette colère populaire'.

Benjamin Cauchy porte-parole des
Benjamin Cauchy porte-parole des "gilets jaunes" en Haute-Garonne lors d'une manifestation à Toulouse le 21 novembre 2018
AFP/Archives

Certains "gilets jaunes" semblent s'être laissés convaincre. Benjamin Cauchy, le porte-parole des "gilets jaunes libres", affirme à l'AFP être "actuellement en discussion de fond" avec LR, le RN et DLF.

Pour lui, la présentation d'une liste "gilets jaunes" aux élections serait "une erreur de fond et de forme".

- "Cheval de Troie" -

L'écrivain et cinéaste Alexandre Jardin, le 3 janvier 2017 à Metz
L'écrivain et cinéaste Alexandre Jardin, le 3 janvier 2017 à Metz
AFP/Archives

Au contraire! "Participer aux européennes, c'est une manière d'éviter qu'un mouvement très spontané ne soit récupéré", rétorque l'écrivain Alexandre Jardin. Il a assisté le 20 décembre à une réunion entre plusieurs leaders des "gilets jaunes", parmi lesquels Christophe Chalençon, Ingrid Levavasseur, Jean-François Barnaba et Hayk Shahinyan, qui a dit avoir été approché par un homme politique connu.

Ils ont affirmé "leur volonté de travailler ensemble et de jeter les bases d'une structuration démocratique" mais la décision de participer aux européennes n'est cependant pas encore "certaine", tempère Alexandre Jardin.

Francis Lalanne lors d'une conférence de presse avec des
Francis Lalanne lors d'une conférence de presse avec des "gilets jaunes" à Paris le 17 décembre 2018
AFP/Archives

Le 17 décembre déjà, d'autres "gilets jaunes" accompagnés du chanteur Francis Lalanne, ont annoncé le lancement d'un "rassemblement Gilet jaune citoyen" en vue du prochain scrutin.

"Ce n'est pas en restant autour d'un rond-point qu'on va faire avancer les choses", estime Julien Terrier, porte-parole des "gilets jaunes" en Isère, prêt à lancer une association "à but politique" mi-janvier. Pour lui, s'il est trop tôt pour les européennes, il faudra quand même "faire changer les choses de l'intérieur", être "un cheval de Troie".

- 8% d'intentions de vote -

L'enjeu est de taille : une liste "gilets jaunes" recueillerait 8% d'intentions de vote aux Européennes, selon un sondage Odoxa pour franceinfo publié le 21 décembre. Le RN en tête avec 21% d'intentions de vote, serait le plus affecté par la présence d'une liste "gilets jaunes" (-3 points).

Jacline Mouraud, une des représentantes du mouvement, à Bohal le 13 novembre 2018
Jacline Mouraud, une des représentantes du mouvement, à Bohal le 13 novembre 2018
AFP/Archives

Jacline Mouraud, auteure d'une vidéo devenue virale au début du mouvement en novembre, estime d'ailleurs qu'une liste "gilets jaunes" va "favoriser La République en Marche".

Se dissociant désormais du mouvement, elle entend présenter fin janvier "un parti du bon sens", "sans étiquette" avec "des idées nouvelles et constructives pour le pays, en harmonie avec les enjeux du changement climatique" et qui "arrête de nourrir le culte de la société de consommation". Objectif: les municipales de 2020, dit-elle à l'AFP.

Un parti ? Non merci, répondent d'autres. "Cette mobilisation est citoyenne et apolitique", rétorque Laetitia Dewalle, porte-parole des "gilets jaunes" du Val d'Oise. "Notre mobilisation n'a aucun intérêt à devenir un parti, aujourd'hui ou demain", insiste-t-elle.

En jeu: la survie de la mobilisation. "Rapidement, le mouvement +Nuit debout+ a intéressé de moins en moins de personnes, alors que les +gilets jaunes+ reçoivent, de l'opinion public, encore un soutien massif", compare Loïc Blondiaux, professeur de science politique à Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

En Espagne, "les Indignés étaient un peu des +gilets jaunes+ avant la lettre mais ils n'ont pas pu ni voulu se structurer, après quoi Podemos a repris la main", rappelle Gabriel Colomé, professeur de sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone.

Pour son confrère de l'université de Lille Rémi Lefebvre, l'équation reste donc difficile : "S'ils ne s'organisent pas, ça va s'essouffler. S'ils se normalisent en parti, ils vont se dénaturer".

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le