En Corse, Edouard Philippe entame une visite pragmatique
Après un entretien annoncé sous tension avec les leaders nationalistes mercredi dès son arrivée, Edouard Philippe veut montrer, pour sa première...

En Corse, Edouard Philippe entame une visite pragmatique

Après un entretien annoncé sous tension avec les leaders nationalistes mercredi dès son arrivée, Edouard Philippe veut montrer, pour sa première...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après un entretien annoncé sous tension avec les leaders nationalistes mercredi dès son arrivée, Edouard Philippe veut montrer, pour sa première visite en Corse, la volonté du gouvernement de développer des projets "sur mesure" pour l'île.

Evidemment, dans un contexte houleux avec les dirigeants de la Collectivité de Corse, l'essentiel de l'attention se portera sur l'entrevue à Bastia entre le Premier ministre d'un côté, le président du Conseil exécutif de Corse Gilles Simeoni et le président de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni de l'autre.

Le dernier tête-à-tête remonte à juillet 2018 et une rencontre à Matignon que M. Talamoni avait boudée. Source de tensions, la "fin de non-recevoir définitive" dixit M. Simeoni opposée aux "revendications fondamentales" des nationalistes: co-officialité de la langue corse, création d'un statut de résident, rapprochement des prisonniers corses, inscription de la Corse dans la Constitution, et plus généralement une autonomie accrue.

"Pour nous c'est une erreur, voire une faute politique", a lancé M. Simeoni devant l'Assemblée de Corse la semaine passée, appelant l'Etat à "tenir compte du fait démocratique" de l'élection de la coalition nationaliste en décembre 2017.

"Je redirai au Premier ministre que l'Etat doit changer de cap dans l'île et ouvrir un véritable dialogue politique", a aussi affirmé M. Simeoni à l'AFP mardi.

"Je suis prêt à ce dialogue et il me semble indispensable de l'engager. Le Premier ministre est-il prêt à annoncer un acte 2 des relations entre l'Etat et la Corse ? Dans ce cas, sa visite ouvrira une nouvelle séquence politique. Dans le cas contraire, elle sera une nouvelle occasion manquée", a encore prévenu l'autonomiste qui, comme M. Talamoni, avait boycotté la venue d'Emmanuel Macron début avril pour la dernière étape du Grand débat.

- L'écheveau de l'urbanisme -

Face à ces déclarations, Matignon affiche sa "détermination sereine mais réelle à avancer" sur les dossiers de l'île, en soulignant que "le dialogue s'incarne dans des choses concrètes". Une façon de déplacer la lumière sur d'autres sujets - économiques, sociaux, énergétiques, gestion des déchets - qui "touchent à la vie quotidienne des habitants", dixit Matignon.

Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni le 3 avril 2019 à Ajaccio
Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni le 3 avril 2019 à Ajaccio
AFP

Ces questions-là sont aussi parfois motifs de tension entre la Collectivité et l'Etat. Dernièrement, un recours introduit par la préfète demandant la suspension d'un contrat conclu par la Collectivité pour l'installation de la fibre internet dans l'île a provoqué des étincelles. M. Simeoni a évoqué une "déclaration de guerre" quand M. Talamoni a fustigé le "zèle administratif qui masque mal une volonté aujourd’hui bien comprise par tous de mettre les bâtons dans les roues".

M. Philippe aura donc à coeur de démontrer mercredi l'avancée de l'action gouvernementale sur l'île, via plusieurs programmes emblématiques adaptés "sur-mesure": le plan d'investissement dans les compétences (80 millions d'euros sur la formation professionnelle en Corse dont 28 de l'Etat); le déploiement de la stratégie pauvreté; les programmes de revitalisation de centres-villes "Action coeur de ville" à Bastia et Ajaccio.

En fin d'après-midi à Ponte-Leccia, le Premier ministre se penchera auprès des maires sur l'épineuse question de l'urbanisme. Emmanuel Macron avait promis de démêler l'écheveau alors que se superposent de nombreuses contraintes: application de la loi littoral, de la loi montagne, respect du Plan d'aménagement et de développement durable pour la Corse (Padduc) et notamment des espaces stratégiques agricoles (ESA) dont la cartographie a été récemment retoquée par la justice.

A cela s'ajoute la tradition des paillotes qui bénéficient d'autorisation occupation temporaires (AOT) mais font l'objet d'un bras de fer entre exploitants, Etat et élus nationalistes.

Et pour corser l'affaire, Matignon rappelle que seulement 38% des communes sont couvertes par un document d'urbanisme et que la plupart des documents d'urbanisme existants n'ont pas été mis en conformité avec le Padduc... "On a une situation complexe", résument les conseillers du Premier ministre avec un certain art de la litote, tout en promettant de "présenter des pistes".

Partager cet article

Dans la même thématique

Saint-Denis : Meeting LFI-PCF avec Bally Bagayoko et Jean-Luc Melenchon
9min

Politique

Sénatoriales : après sa percée aux municipales, LFI espère faire son « entrée au Sénat »

Pour les sénatoriales de septembre 2026, LFI mise principalement sur le Rhône, après plusieurs victoires aux municipales. « On sera incontournables dans un grand nombre de départements », prévient le député Paul Vannier, responsable des élections de LFI, « pas fermé » à des discussions avec Les Ecologistes. Mais les principales chances de faire élire des sénateurs LFI seront lors du scrutin de 2029. Explications.

Le

The aerial surveillance programme of bathing littoral waters in the Alpes Maritimes France
5min

Politique

Le sénateur Henri Leroy quitte Les Républicains pour rallier Éric Ciotti : « Je n’ai plus rien à attendre d’un parti qui a pactisé avec Emmanuel Macron »

Soutien d’Éric Ciotti pendant les municipales, le sénateur LR des Alpes-Maritimes, Henri Leroy, annonce qu’il rejoint l’UDR. Il espère se représenter aux sénatoriales de septembre, cette fois sur « une liste d’union des droites », avec d’autres transfuges, ce qui pourrait bousculer les équilibres dans un département acquis de longue date aux Républicains.

Le