Européennes: la restructuration de la scène politique enclenchée en 2017 se confirme
Le Rassemblement national l'emporte mais La République en Marche résiste, les Verts surprennent, LR en échec, LFI sonnée: les résultats du...

Européennes: la restructuration de la scène politique enclenchée en 2017 se confirme

Le Rassemblement national l'emporte mais La République en Marche résiste, les Verts surprennent, LR en échec, LFI sonnée: les résultats du...
Public Sénat

Par Gaëlle GEOFFROY

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Le Rassemblement national l'emporte mais La République en Marche résiste, les Verts surprennent, LR en échec, LFI sonnée: les résultats du scrutin européen de dimanche confirment la recomposition de la scène politique enclenchée lors de la présidentielle de 2017.

La participation, estimée entre 51,3% et 54%, soit 6,5 à 10 points de plus que ce qu'elle avait été lors de la dernière élection de ce type en 2014, a contribué à faire bouger les lignes.

"2017 n'était pas un accident", estime Zaki Laïdi, politologue à Sciences Po (Cevipof): "Les résultats confirment la recomposition du champ politique" entamée en 2017.

"Les anciens clivages" politiques ont disparu et "de nouveaux sont apparus", a souligné le Premier ministre Edouard Philippe.

Au Rassemblement national, dont la liste est arrivée en tête (23,4% à 23,7%), "Marine Le Pen est remise en selle après sa présidentielle désastreuse", note Stéphane Rozès, président de CAP (Conseils, analyses et perspectives): elle "tente l'Europe des nations, avec des alliés dans d'autres pays", au moment où "le sujet pour les Français est de ramener l'Union européenne à ce qu'ils attendent d'elle, soit une puissance politique, économique et sociale dans la mondialisation".

Pour le chef de l'Etat, certes la polarisation de la campagne autour du match LREM/RN et son implication personnelle ont pu "affaiblir" son score (liste LREM à 22,4-22,6%), avec "la mobilisation d'électeurs qui sinon ne seraient peut-être pas allés voter", note M. Rozès.

Mais dans un contexte d'"impopularité" après des mois de manifestations des gilets jaunes, "il résiste", estime Christelle Craplet, directrice d'études chez BVA.

"La catastrophe annoncée pour le président de la République n'aura pas eu lieu", souligne M. Laïdi. "Les forces anti-Macron, hors Rassemblement national, ne sortent pas très renforcées; le RN fait un score important mais pas spectaculaire comparé à celui de 2014 (24,9%). Si ce n'est pas un succès pour Emmanuel Macron, ce n'est pas non plus un échec", dit-il.

- "Ligne de crête" -

Pour LR et le PS, les répliques du séisme de 2017 se font encore sentir: ils totalisent péniblement à eux deux quelque 15%, même si le PS peut se targuer d'avoir sauvé les meubles avec un score supérieur à la barre fatidique des 5% (6,3 à 6,4%) qui lui permet d'envoyer des députés au Parlement européen.

Européennes : les résultats
Résultats définitifs des élections européennes en % des voix et en nombre de députés élus par principales listes en France
AFP

LR, sous le seuil des 10%, accuse un score bien inférieur à ses attentes et se retrouve dans une situation très préoccupante, selon les politologues: le parti de Laurent Wauquiez ne parvient pas à faire revivre une droite républicaine, et perd des électeurs au profit du RN et de LREM.

"Le centre droit est désormais arrimé du côté de LREM", estime M. Laïdi.

"LR ne parvient pas à refaire le plein des électeurs de François Fillon et se retrouve sur une ligne de crête très étroite, entre RN et LREM", qui va compliquer encore un peu plus sa stratégie, anticipe Mme Craplet.

Si François-Xavier Bellamy, controversé en début de campagne, avait semblé être parvenu à créer une dynamique ces derniers jours, son positionnement au moment du retour sur le devant de la scène de l'affaire Vincent Lambert a pu le desservir, estime M. Rozès.

A gauche, la porosité entre les listes a créé des surprises.

D'abord chez EELV. Dans un scrutin où les écologistes affichent généralement des performances très honorables, ils font bien mieux qu'en 2014 (12,9 à 13,2%, contre 8,9% en 2014), portés par "une préoccupation grandissante à l'égard de l'environnement", explique Mme Craplet.

"Il y a toujours une prime à ceux qui ne se battent pas sur des enjeux politiciens mais sur des sujets de fond", note de son côté M. Rozès à propos de l'effet de vases communicants de LFI vers EELV. Et "en se battant exclusivement sur des questions écologiques, et en sortant EELV de son courant de gauche, Yannick Jadot a crédibilisé son parti".

Pour Zaki Laïdi, EELV apparaît désormais comme "une force politique avec laquelle M. Macron peut travailler".

Côté LFI, le parti retombe au niveau du score du Front de gauche des européennes de 2014, avec 6,1 à 6,4% de voix estimées, très loin des près de 20% de la présidentielle.

Jean-Luc Mélenchon, "qui pensait pouvoir faire une OPA sur la gauche", a vu certains de ses électeurs, qui "craignaient l'idée d'une disparition du PS", se tourner vers les listes emmenées par Raphaël Glucksmann (PS-Place publique) et Yannick Jadot (EELV), analyse M. Laïdi. Un échec qui "montre très clairement qu'il n'y a pas d'espace pour le populisme de gauche".

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