Évaluation de l’état des ponts : « Il y a enfin une prise de conscience », salue le Sénat
L’État a débuté la phase opérationnelle du programme national « ponts », en vue de recenser les ouvrages en mauvais état. Quarante millions d’euros ont été débloqués. Les sénateurs, qui avaient travaillé sur cette problématique après la catastrophe de Gênes, y voient un premier pas. Mais les besoins en financement pourraient s’avérer bien plus lourds.

Évaluation de l’état des ponts : « Il y a enfin une prise de conscience », salue le Sénat

L’État a débuté la phase opérationnelle du programme national « ponts », en vue de recenser les ouvrages en mauvais état. Quarante millions d’euros ont été débloqués. Les sénateurs, qui avaient travaillé sur cette problématique après la catastrophe de Gênes, y voient un premier pas. Mais les besoins en financement pourraient s’avérer bien plus lourds.
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Trois ans ont passé depuis l’effondrement du viaduc de Gênes, en Ligurie. La catastrophe avait causé la mort de 43 personnes. Devant la crainte d’un accident similaire en France, une mission d’information sur la sécurité des ponts avait été constituée au Sénat dans les mois qui ont suivi. Un rapport avait fait le constat de « l’état inquiétant des ponts français » et avait recommandé la mise en place d’un « plan Marshall » pour ces ouvrages. La première des urgences listées était de réaliser un diagnostic de l’ensemble des ponts communaux d’ici cinq ans. C’était en juin 2019.

Depuis, la France a mis en route un plan de relance. Et ce dernier réserve une petite fraction au dossier des ponts. Le secrétaire d’État chargé de la Ruralité, Joël Giraud, est en déplacement en Ardèche pour la présentation du programme national ponts. Les communes intéressées avaient jusqu’au mois de mai pour participer au plan. Sur les 28 000 éligibles, 11 500 se sont inscrites. La phase de recensement et de reconnaissance des ponts en péril, qui s’est ouverte en août, va s’étaler jusqu’en septembre 2022.

Comme le recommandaient les sénateurs, l’Etat va apporter des compétences en ingénierie aux petites communes, dépourvues de ce genre de service. Une ligne budgétaire de 40 millions d’euros, dans le cadre de France relance, a été ouverte pour cette grande phase d’inventaire. Elle est en cours de décaissement, selon le ministère. Les moyens du Cerema (centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), un établissement public de l’État, vont être mobilisés et désigner des bureaux d’études au niveau local. Un « carnet de santé » sera dressé pour chaque pont.

« On avait essuyé une fin de non-recevoir. Le gouvernement a évolué »

« Ce qui est positif, c’est qu’il y a enfin une prise de conscience. On avait demandé des crédits pour ce recensement. On avait essuyé une fin de non-recevoir. Le gouvernement a évolué », salue Hervé Maurey. Le sénateur (Union centriste) de l’Eure avait présidé la mission d’information du Sénat sur la sécurité des ponts. « C’était un sujet sur lequel il y avait un silence radio avant notre rapport. Personne ne connaissait de façon exhaustive les ouvrages. Un grand nombre de maires étaient incapables de répondre, car personne ne les avait invités à le faire », témoigne le Patrick Chaize (LR), l’un des deux auteurs du rapport sénatorial.

Si l’enveloppe est jugée bienvenue par les sénateurs qui étaient au chevet des ponts, ils craignent que celle-ci soit vite consommée. « Avec 40 millions d’euros, on ne fait pas grand-chose. On peut considérer que c’est un début. On continuera le combat au moment du projet de loi de finances pour qu’il y ait des crédits plus importants », promet Hervé Maurey. La mission sénatoriale avait insisté sur l’urgence de procéder à un inventaire des 80 000 ponts gérés au niveau communal d’ici 2025. Elle avait estimé le coût annuel à 30 millions d’euros, et ce, sur cinq ans. Le rapport reconnaissait toutefois qu’il s’agissait d’une « fourchette haute », les moyens ayant vocation à être fléchés en priorité vers les ponts dont l’état n’a pas été évalué depuis longtemps.

Une fois la phase d’expertise achevée, se posera la question du financement de la régénération des ponts fragilisés. Le Sénat avait évalué le total de la facture à un milliard d’euros minimum, étalés sur dix ans. « Ce qui serait intéressant, c’est que le gouvernement nous dise, en fonction des besoins de remise à niveau ou de reconstruction, qu’il y aura un deuxième programme qui va suivre et permettre d’accompagner les investissements », s’enquiert Patrick Chaize.

Dans l’entourage de Joël Giraud, on répond que l’Etat sera en soutien des collectivités locales. Une instruction ministérielle adressée aux préfets en février avait justement insisté sur les travaux de sécurisation dans l’attribution de la DSIL (dotation de soutien à l’investissement local) aux collectivités locales. « Vous porterez une attention particulière aux travaux d’entretien des ouvrages d’art, en particulier des ponts, appartenant aux communes ou aux intercommunalités », réclamait le secrétaire d’Etat chargé de la Ruralité.

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