Face au coronavirus, Macron change de ton et appelle à « l’union sacrée »
Face à "la plus grave crise sanitaire depuis un siècle", Emmanuel Macron a endossé les habits de "père de la Nation" pour faire accepter aux...

Face au coronavirus, Macron change de ton et appelle à « l’union sacrée »

Face à "la plus grave crise sanitaire depuis un siècle", Emmanuel Macron a endossé les habits de "père de la Nation" pour faire accepter aux...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET, Laurence BENHAMOU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Face à "la plus grave crise sanitaire depuis un siècle", Emmanuel Macron a endossé les habits de "père de la Nation" pour faire accepter aux Français des mesures drastiques contre le coronavirus.

"La France unie, c'est notre meilleur atout dans la période troublée que nous traversons", a affirmé jeudi le chef de l’État au cours d'une longue déclaration de 25 minutes depuis son bureau de l’Élysée.

"Je compte sur vous", a-t-il déclaré à plusieurs reprises en s'adressant aux Français. En les appelant à penser en "solidaire" plutôt qu'en "solitaire", à privilégier le "nous" au "je". Bref, a-t-il résumé, "le temps aujourd'hui est à la cohésion de la Nation".

Coronavirus : les annonces de Macron
Coronavirus : les annonces de Macron
AFP

Emmanuel Macron "a tenu un discours très solennel, qui souligne la gravité de la situation", estime Jérôme Fourquet, directeur opinion et stratégie de l'Ifop. "C'est quasiment un discours de mobilisation patriotique lors du déclenchement d'un conflit, sauf qu'on a remplacé les +soldats, marins et aviateurs+ par les +blouses blanches+, en affirmant qu'ils auront le soutien de la Nation".

Dans un tel contexte, "on ne peut pas faire autrement que de faire corps avec le président", souligne le politologue Philippe Moreau-Chevrolet. "Il n'a oublié personne, a parlé à toutes les catégories, et c'est peut-être le début d'une forme de réconciliation avec les Français" pour ce président majoritairement impopulaire dans les sondages, selon lui.

- "Dramatisation" -

Pour Dominique Wolton, spécialiste en communication politique au CNRS, la "dramatisation" du discours du président est "un pari qui pourrait lui être favorable s'il est gagné". Mais il lui faut pour cela que les résultats suivent, prévient-il.

Les premières réactions de l'opposition ont été plutôt positives. Le patron des députés LR Damien Abad a trouvé Emmanuel Macron "à la hauteur de sa fonction" tandis que Jean-Luc Mélenchon en appelait à la "solidarité et la cohésion".

Covid-19 en France
Covid-19 en France
AFP

Pour préparer cette intervention très attendue, sa première solennelle depuis le début de la crise, Emmanuel Macron est resté enfermé toute la journée à l’Élysée, où il a beaucoup consulté. Il a échangé avec le Premier ministre Édouard Philippe, le ministre de la Santé Olivier Véran et le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, ces deux derniers s'étant imposés comme les deux visages de la lutte contre l'épidémie aux yeux des Français.

Le chef de l’État a également discuté avec des responsables politiques d'un possible report des élections municipales, dont le premier tour se déroule dimanche. Mais cette éventualité a été repoussée par ses interlocuteurs, dont le président LR du Sénat Gérard Larcher, selon des sources parlementaires.

- "Inflexions étonnantes" -

Plusieurs analystes soulignent cependant les contradictions entre les mesures les plus drastiques, à savoir la fermeture des crèches, des écoles et des universités, ou l'appel aux plus de 70 ans à ne pas sortir, et, d'un autre côté, le maintien des élections municipales dimanche et le 22 mars.

Ce "paradoxe" est "très illustratif du +en même temps+" cher à Emmanuel Macron, souligne Sylvain Brouard, directeur de recherche au Cevipof. Car il est difficile de comprendre que "en même temps, on peut voter mais qu'on ne va pas à l'école et que, lorsqu'on a plus de 70 ans, on doit rester chez soi".

Cet expert pointe aussi des "inflexions étonnantes" et "un peu décalées par rapport à de nombreuses prises de position et de réformes engagées", lorsque le chef de l’État critique les "lois du marché".

"Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie, au fond, à d'autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France et une Europe souveraines", a-t-il déclaré.

Emmanuel Macron s'est d'ailleurs placé en leader d'une coordination européenne, réclamant que l'UE agisse "fort et vite". Il n'a pas hésité à critiquer la faiblesse des mesures annoncées par la Banque centrale européenne, l'appelant à en "prendre de nouvelles".

"Il est dans le registre de Nicolas Sarkozy pendant la crise de 2008, avec la volonté de prendre un leadership au niveau international, au minimum européen", "quoi qu'il en coûte", c'est-à-dire en oubliant les critères de Maastricht", estime Jérôme Fourquet. Et, de ce fait, "il sera aussi évalué sur sa capacité à gérer le niveau européen", prévient Philippe Moreau-Chevrolet.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Face au coronavirus, Macron change de ton et appelle à « l’union sacrée »
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le