Fonctionnaires, SNCF : la « convergence » des luttes en marche ?

Fonctionnaires, SNCF : la « convergence » des luttes en marche ?

Les syndicats de fonctionnaires appellent à manifester le 22 mars contre la réforme de la fonction publique. La mobilisation des cheminots à la SNCF va gonfler la mobilisation. Au risque de rendre moins audible les revendications des fonctionnaires.
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Ils veulent en découdre et comptent déjà sur une mobilisation « historique » contre la réforme de la fonction publique, annoncée début février par le gouvernement. Ils sont tous là, où presque. Sept syndicats de la fonction publique (CGT, FO, FSU, Solidaires, CFTC, CFE-CGC et FA), rassemblés en intersyndicale et « sans l’ombre d’une virgule entre nous », salue Jean-Marc Canon, secrétaire général de la CGT Fonction Publique. « Cet arc unitaire, ce n’est pas tous les jours que ça arrive» se réjouit Denis Turbet-Delof, délégué national de Solidaires Fonction publique. Il manque juste la CFDT et UNSA, deux syndicats importants, pour retrouver le front commun du mouvement du 10 octobre dernier. Mais « peut-être qu’à terme, on pourra se retrouver » espère Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU. « Vu les annonces à la SNCF, l’intersyndicale va peut-être s’élargir » confirme  Bruno Collignon, président de la Fédération autonome.

La CGT-cheminots a déjà rejoint la mobilisation du 22 mars

La réforme de la SNCF, à coups de suppression à terme du statut de cheminot et d’ouverture à la concurrence, que vient d’annoncer le premier ministre, pourrait en effet faciliter la mobilisation et cette unité syndicale. La CFDT-cheminots, quatrième syndicat à la SNCF, a proposé hier, avant même la CGT, une « grève reconductible à partir du 14 mars ». L’UNSA opte aussi pour la grève. La CGT-cheminots, premier syndicat à la SNCF, comme dans la fonction publique, parle carrément d’« un mois de grève ». Les syndicats du rail se sont retrouvés à 17 heures pour faire le point sur les moyens d’action.

Dans ces conditions, la journée de grève et de mobilisation prévue le 22 mars dans les trois fonctions publiques (Etat, collectivités locales et fonction publique hospitalière), qui s’annonçait déjà forte, pourrait bien prendre une nouvelle ampleur. Il y a dix jours, la CGT-cheminots a annoncé son intention de se rallier au mouvement des agents de la fonction publique.

« L’objectif est que nous puissions construire les convergences pour que le mouvement soit le plus large possible »

« On construit le 22 mars dans un esprit de dynamique la plus large possible, dans un esprit de convergences. Dans la fonction publique, il existe des mouvements sociaux. (…) Le 15 mars, il y a un mouvement dans les Ephad. (…) Et très clairement, l’objectif est que nous puissions construire les convergences pour que le mouvement soit le plus large possible » affirme Denis Turbet-Delof de Solidaires (voir la première vidéo, images de Sandra Cerqueira), qui pense déjà à la suite : « Le 22 mars sera sans doute un rendez-vous majeur dans l’histoire sociale de la fonction publique mais il n’est pas impossible que cela ne suffise pas ». Pour le responsable syndical, la question va plus loin :

« S’il y a des convergences, c’est que le problème va au-delà de la fonction publique. C’est une question d’enjeu de société. Le gouvernement est en train de fabriquer un nouveau modèle de société qu’il veut imposer à la société tout en entière. Et au cœur de celle-ci, il y a les services publics et leur casse ».

« Ce mouvement n’est pas un mouvement que pour les fonctionnaires » confirme Christian Grolier, secrétaire général de FO Fonction publique, pour qui « défendre le statut des fonctionnaires, c’est défendre aussi un modèle social et une vision de la République ». Regardez :

Christian Grolier, secrétaire général de FO Fonction publique, sur le mouvement du 22 mars
00:43

« Nos questions sont spécifiques. Le statut des cheminots n’est pas le statut de la fonction publique »

Reste que le mouvement dur qui s’annonce chez les cheminots pourrait faire de l’ombre aux revendications du reste de la fonction publique. Pour les organisations, l’enjeu est de se faire entendre. « A l’intersyndicale, nous restons sur une exigence de visibilité sur nos questions de fonction publique » explique Bernadette Groison de la FSU. « On voit bien que tout ça va dans le même sens, avec des externalisations, (…) mais nos questions sont spécifiques. Le statut des cheminots n’est pas le statut de la fonction publique. (…) Le 22 mars, nous allons travailler à ce qu’on ne nous oppose pas les uns aux autres. (..) Mais nous allons en même temps continuer à être clairs sur nos plateformes revendicatives et obligé le gouvernement à ouvrir les discussions ». Regardez :

Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, sur la mobilisation du 22 mars
01:53

Pour permettre cette clarification, deux cortèges distincts – un des fonctionnaires et un de la SNCF – seront définis pour la journée du 22 mars, avec à la clef un point de jonction où l’ensemble des manifestants se retrouveront.

« Le gouvernement choisit l’affrontement et la paralysie de la fonction publique »

Du côté de la CGT, Jean-Marc Canon soutient que « les choses ne s’opposent pas du tout. (…) Il y a une convergence des attaques du gouvernement qui tape contre d’autres services publics, comme la SNCF. Il est normal qu’ils se mobilisent. (…) C’est le gouvernement qui a choisi la convergence des attaques, pour lui-même favoriser la convergence des luttes » (voir la vidéo ci-dessous). Selon Jean-Marc Canon, « le gouvernement choisit l’affrontement et la paralysie de la fonction publique ». Pour mieux durcir le mouvement en espérant jouer l’opinion contre les syndicats ? « Le gouvernement fait un mauvais calcul, s’il veut jouer avec l’opinion » met en garde le responsable de la CGT.

Jean-Marc Canon, secrétaire général de la CGT Fonction Publique, sur la mobilisation du 22 mars
02:07

Pour les syndicats de fonctionnaires, la liste des revendications et récriminations commence à être longue comme un inventaire à la Prévert. Les sujets étaient déjà nombreux lors de la manifestation du 10 octobre. Alors que « la perte de pouvoir d’achat pour les fonctionnaires est de 9% depuis 2000, selon l’Insee » souligne Bernadette Groisson, les protestations concernent d’abord la rémunération : gel du point d’indice, compensation pérenne de la CSG, rétablissement du jour de carence, rémunération au mérite que veut imposer le gouvernement, plutôt que le déroulement de carrière, qui constitue aussi « une attaque contre le statut de fonctionnaire » souligne Christian Grolier. Les syndicats demandent aussi la titularisation des 980.000 contractuels (sur 5,5 millions d’agents fonctionnaires). En réponse, les syndicats ont eu droit à la « provocation » du mois de février. L’exécutif compte au contraire embaucher davantage de contractuels, supprimer 120.000 postes de fonctionnaires et proposer un plan de départs volontaires.

« Le gouvernement court un risque : arriver à un mouvement interprofessionnel, s’il n’écoute pas »

Les organisations ont déjà rencontré une première fois le secrétaire d’Etat à la Fonction publique, Olivier Dussopt. Les syndicats attendent surtout d’en savoir plus sur la feuille de route du gouvernement lors des prochaines rencontres. Mais pour eux, l’objectif de l’exécutif est déjà très clair. « La lettre de cadrage du premier ministre sur Action publique 2022 parle d’externalisation, de mutualisation, de transferts vers le privé » souligne Nathalie Makarski, présidente de la CFE-CGC Fonction publique. « Il y a aussi l’abandon de missions, c'est-à-dire la réduction des voilures de la fonction publique » ajoute Denis Turbet-Delof de Solidaires.

La discussion n’a pas vraiment commencé. Mais elle est déjà bordée de lignes rouges. Et le gouvernement semble déjà avoir arrêté en partie de ses décisions… De quoi tendre un maximum les fonctionnaires. Reste à voir la capacité à mobiliser des syndicats. S’ils ne sont pas écoutés, ils n’écartent pas l’idée d’aller plus loin. C'est-à-dire de mener une grève reconductible. « Tout est à l’ordre du jour » prévient Jean-Marc Canon de la CGT. « Tout est envisageable » confirme Christian Grolier de FO, même s’il reconnaît que « c’est toujours plus difficile. Il faut déjà faire la journée du 22 mars, y aller pas à pas. Mais le gouvernement court un risque : arriver à un mouvement interprofessionnel, s’il n’écoute pas ».

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