Foule et réconciliation pour Macron à Bouaké, recueillement à Niamey
Après avoir acté la fin du franc CFA, symbole de la Françafrique, le président français Emmanuel Macron a terminé sa visite en Côte d'Ivoire à...

Foule et réconciliation pour Macron à Bouaké, recueillement à Niamey

Après avoir acté la fin du franc CFA, symbole de la Françafrique, le président français Emmanuel Macron a terminé sa visite en Côte d'Ivoire à...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET, Patrick FORT

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Après avoir acté la fin du franc CFA, symbole de la Françafrique, le président français Emmanuel Macron a terminé sa visite en Côte d'Ivoire à Bouaké sous les acclamations avant de se rendre à Niamey où il a été accueilli dimanche après-midi par son allié dans la lutte antijihadiste, le président Mahamadou Issoufou.

"ADO ! ADO ! Macron ! Macron !", scandait la foule en accueillant le président français et son homologue ivoirien Alassane Dramane Ouattara, dit "ADO", à Bouaké, deuxième ville de Côte d'Ivoire.

"C'est la première fois depuis que la Côte d'Ivoire existe qu'un président français vient à Bouaké. Et il vient pour construire notre marché, seul lieu d'activité à Bouaké. Nous lui disons vraiment merci", a déclaré Sanata Traoré, commerçante, lors de la pose de la première pierre du marché de Bouaké.

D'un coût de 60 millions d'euros, financé par la France, le site, qui sera le plus grand marché couvert d’Afrique de l’Ouest, rassemblera 8.500 commerçants sur près de 9 hectares.

Les autorités ivoiriennes et françaises espèrent que cette infrastructure permettra de relancer l'activité économique jadis florissante et de faire oublier le passé de Bouaké, ex-capitale de la rébellion, ville de casernes régulièrement secouée par des mutineries ou des mouvements de grogne de militaires.

"Nous ne pourrons jamais remercier assez le président Macron. Ce marché a brûlé il y a plus de 20 ans et nous, commerçants, étions en détresse et dans la débrouillardise. Nous aurons un nouveau marché moderne", s'est réjoui Claude Kouassi, libraire à Bouaké.

Les deux présidents, qui ne se sont pas exprimés, ont effectué la pose de la première pierre lors d'une cérémonie expédiée au pas de course. Le temps, tout de même pour le président Macron, attendu à Niamey, de recevoir en cadeau un... cheval !

Auparavant, ils avaient rendu hommage dans l'ancien lycée Descartes aux neuf soldats français et à un Américain tués sur ces lieux en 2004, par un bombardement de l'armée ivoirienne. Un épisode charnière de la décennie de crise ivoirienne en novembre 2004 et un dossier qui garde de nombreuses zones d'ombre.

Au cours d'une cérémonie très sobre, les présidents Macron et Ouattara ont dévoilé une stèle "A la mémoire du citoyen américain et des neuf militaires français morts dans l'accomplissement de leur devoir" et déposé des gerbes aux couleurs ivoiriennes et françaises. Ils ont ensuite observé une minute de silence alors qu'on entendait la clameur de la foule qui attendait à l'extérieur.

Cet acte doit "oeuvrer à l'essentiel travail de réconciliation dont la République de Côte d'Ivoire a tant besoin et qui est le chemin sur lequel elle avance", avait dit M. Macron la veille.

- Arrivée à Niamey -

Le président français est ensuite arrivé à Niamey. Il participera à une autre cérémonie d'hommage, cette fois en l'honneur des 71 soldats nigériens ayant récemment péri dans l'attaque d'un camp militaire par les jihadistes.

Le président français Emmanuel Macron et son homologue ivoirien Alassane Ouattara lors d'une conférence de presse, le 21 décembre 2019 à Abidjan
Le président français Emmanuel Macron et son homologue ivoirien Alassane Ouattara lors d'une conférence de presse, le 21 décembre 2019 à Abidjan
AFP

Il pourra surtout s'entretenir avec son homologue nigérien Mahamadou Issoufou et préparer le sommet de Pau (sud-ouest de la France) qui doit réunir le 13 janvier les chefs d'Etat sahéliens de la force G5 Sahel.

Sur la même longueur d'ondes que M. Issoufou, qui a réitéré son soutien à l'opération française Barkhane, M. Macron a une nouvelle fois réclamé samedi de la clarté aux gouvernements sahéliens sur la présence militaire française dans la zone.

"Si cette clarté politique n’est pas établie, la France dans certains pays en tirera toutes les conséquences", a-t-il averti.

"Quand il parle de clarification, le président Macron vise IBK (Ibrahim Boubacar Keïta, le président malien) et Kaboré (Roch Marc Christian Kaboré, le président burkinabè)", avait récemment précisé une source sécuritaire à l'AFP.

Le 4 décembre, dans le sillage de la mort de 13 soldats français au Mali, Emmanuel Macron avait invité les chefs d'Etat sahéliens à ce sommet de Pau (où étaient stationnés la majorité des soldats). L'annonce avait été mal ressentie par beaucoup qui l'avaient perçue plutôt comme une "convocation" alors même qu'il existe dans la région un sentiment anti-français grandissant.

Le président Keïta a semblé faire allusion à cette tension samedi sur TV5, en indiquant que les pays unis dans la force militaire G5 Sahel souhaitaient "un partenariat respectable et respectueux".

Samedi, M. Macron s'était présenté comme le bâtisseur d'une nouvelle ère de relations avec l'Afrique francophone en sonnant le glas du franc CFA.

L'abandon du franc CFA et cette relation nouvelle pourraient, selon lui, changer l'image de la France: "Trop souvent aujourd'hui la France est perçue" comme ayant "un regard d'hégémonie et des oripeaux d'un colonialisme qui a été une erreur profonde, une faute de la République", a-t-il déclaré samedi.

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le