Frais des députés: vers une nouvelle réforme, chantier sensible
Les députés pourront-ils se faire rembourser un pied-à-terre en circonscription ou des costumes ? Comment contrôler les frais de...

Frais des députés: vers une nouvelle réforme, chantier sensible

Les députés pourront-ils se faire rembourser un pied-à-terre en circonscription ou des costumes ? Comment contrôler les frais de...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Les députés pourront-ils se faire rembourser un pied-à-terre en circonscription ou des costumes ? Comment contrôler les frais de mandat ? Ces questions sensibles doivent être tranchées mercredi, dans une Assemblée nationale renouvelée et évoluant après des dérives.

- Libre jusqu'alors -

Les parlementaires ont des permanences, se déplacent, communiquent... Instituée en 1997, l'indemnité représentative de frais de mandat (IRFM), actuellement de 5.373 euros net mensuels pour les députés, 6.110 euros pour les sénateurs, permettait de régler ces dépenses.

Mais cette enveloppe, qui s'ajoute à la rémunération des parlementaires et à un crédit pour payer leurs collaborateurs, n'était pas contrôlée.

L'IRFM a alimenté la chronique, pour avoir servi à payer des vacances à la famille du socialiste Pascal Terrasse en 2012 ou un téléviseur, entre autres, à Alain Tourret (LREM). C'était pour certains "un revenu complémentaire", "entièrement dans la poche", affirmait en 2016 Charles de Courson (UDI).

La Haute autorité pour la transparence de la vie publique a pointé "plusieurs situations" de députés sortants dont l'IRFM a "contribué à un accroissement sensible du patrimoine", via notamment l'achat de biens immobiliers privés, permanences en particulier.

- Réformes successives -

En 2015, sous pression, Assemblée puis Sénat ont édicté une liste -très générale- des dépenses autorisées et interdites (dont l'acquisition d'un bien immobilier), et imposé le versement de l'IRFM sur un compte bancaire dédié. Les députés doivent aussi certifier sur l'honneur du bon usage.

Traduisant la promesse du candidat Macron d'un "contrôle", les lois de moralisation votées à l'été ont prévu un nouveau régime de frais de mandat devant s'appliquer au 1er janvier, avec trois possibilités: prise en charge directe, remboursement sur justificatifs (comme au Canada et au Royaume-Uni) ou versement d'une avance, avec des plafonds pouvant varier selon la circonscription. Le tout sous contrôle de l'organe de déontologie de chaque chambre.

Cette réforme reste critiquée, notamment à droite, comme "un coup de com'" voire une "inquisition".

- Contrôlés 'une ou plusieurs fois' -

La liste des frais autorisés et interdits et les modalités de contrôle sortiront mercredi du bureau de l'Assemblée, sa plus haute instance collégiale. Chaque député sera susceptible d’être sur le grill "une ou plusieurs fois au cours de la législature" et devra pouvoir livrer ses justificatifs, numérisés, à la déontologue.

Se référant au "droit commun des frais professionnels", les questeurs, trois députés aux missions de gestion, ont fait des propositions.

Location d'une ou plusieurs permanences, frais de transports, "location d'un pied-à-terre à Paris ou en circonscription", hébergement à l'hôtel ou en "location de courte durée", recours à des conseillers en communication, frais de réception et représentation ("vestimentaires", "coiffure"...). Tout devra être en "lien direct" avec l'exercice du mandat et d'"un caractère raisonnable".

- Voiture, costumes, pied-à-terre... -

La déontologue de l'Assemblée conseille un remboursement de "ce qui est nécessaire et utile" et d'écarter les "dépenses somptuaires", dans un avis tout en nuances obtenu par l'AFP. Agnès Roblot-Troizier juge ainsi "tout aussi problématique d'acheter un seul costume à un prix exorbitant que dix à prix raisonnable par an".

Les débats en coulisses ont été nourris, notamment sur le "pied-à-terre" en circonscription, assimilé au parachutage et qui devrait sortir de la liste. Les locations via les plateformes type Airbnb, critiquées et nuisant aux hôteliers, restent en débat.

Après une enquête de franceinfo.fr épinglant l'éventuelle location, comme permanence ou pied-à-terre, du bien immobilier d'un proche, et prise en charge par l'Assemblée, son président François de Rugy (LREM) a indiqué vendredi que le projet était d'interdire la location "quand le bien immobilier appartient au député ou à un membre de sa famille, que ce soit directement ou par l'intermédiaire d’une société civile immobilière".

En outre, comme pour les sénateurs depuis 2016, les députés ne pourront continuer à rembourser avec leurs frais de mandat leurs permanences achetées avant l’interdiction d’acquisition de 2015.

Autre sujet: le véhicule du député. Doit-il le louer (avec éventuelle option d'achat), utiliser le sien avec remboursement kilométrique ? L'achat, qui pourtant enrichirait le patrimoine, pourrait ne pas être totalement prohibé, certains plaidant qu'il est plus économique.

Le contrôle des frais constitue un autre point de friction, alors que l'aide d'un cabinet privé d'expertise comptable a été envisagée, contre laquelle s'érigent les "Insoumis". "On ne veut pas d'un feuilleton sur +untel a mangé avec untel+", prévient un ténor du Palais-Bourbon. Dans "le respect du principe d'indépendance des parlementaires", LR réclame aussi "un contrôle interne", voire "des sanctions internes".

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le