Free parties : le Sénat à la recherche d’un « gentleman agreement »
Deux grandes free parties ont été organisées ces dernières semaines, malgré les interdictions liées à l’épidémie. Pour le sénateur Henri Leroy, rapporteur en 2018 d'une proposition de loi afin de mieux encadrer ces fêtes, les préfets « prônent le dialogue et la tolérance car ils sont incapables de faire respecter la réglementation ».

Free parties : le Sénat à la recherche d’un « gentleman agreement »

Deux grandes free parties ont été organisées ces dernières semaines, malgré les interdictions liées à l’épidémie. Pour le sénateur Henri Leroy, rapporteur en 2018 d'une proposition de loi afin de mieux encadrer ces fêtes, les préfets « prônent le dialogue et la tolérance car ils sont incapables de faire respecter la réglementation ».
Public Sénat

Par Hugo Lemonier

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4 min

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Pendant trois jours, la presse nationale a suivi heure par heure la vie d’une petite commune de Lozère, Hures-la-Parade, où s'est déroulée une immense free party, qui a réuni 10 000 personnes ce week-end. D’après les derniers décomptes, il restait, ce mardi 11 août, moins d’un millier de fêtards dans le champ, situé dans le Parc national des Cévennes.

« Ce qu'ils font est totalement interdit et danser à plus de 5 000 personnes, c'est tout ce qu'il ne faut pas faire en cette période [de Covid-19] », s’était indigné la préfète de Lozère, Valérie Hatsch, sur France Info. Cette fête, organisée de façon « inopinée » selon la préfecture, n’avait pas été autorisée par les autorités.


Les événements rassemblant plus de 5 000 personnes étant strictement interdits, en raison de l’épidémie de Covid-19, la préfète aurait pu faire intervenir les forces de l’ordre. Mais, face à l’afflux de « teufeurs », Valérie Hatsch a préféré jouer l’apaisement : « J'ai pris hier soir un arrêté pour imposer le port du masque, nous en avons fait livrer 15 000 sur place, nous avons distribué du gel hydroalcoolique. Des tests PCR ont même pu être réalisés sur place. »

Les « allers-retours » du gouvernement

Que faire une fois la fête démarrée ? Tout en soulignant que ces rassemblements de plus de 5 000 personnes sont « structurellement illégaux », l’association Freeform, qui accompagne de nombreux organisateurs de free party, déplore les « allers-retours » dans la communication gouvernementale.

« Une semaine, le ministère de la Culture annonce qu’il y aura des manifestations de plus 5 000 personnes dès le 15 août, trois jours après ils font marche arrière… Et maintenant, le Premier ministre annonce que c’est reporté au 31 octobre », rappelle le directeur de l’association, Samuel Raymond.

La Covid-19 exacerbe les tensions

« Il n’y a pas de solution, pas de propositions à l’intention du secteur et donc, effectivement, il y a certaines personnes qui ont un peu tendance à faire n’importe quoi, estime-t-il. Quand il n’y a ni espoir, ni de vision sur l’avenir, cela peut mener à des comportements excessifs. »

La Covid-19 exacerbe les tensions entre certains organisateurs de free party et l’État, mais ce conflit existe depuis l’émergence du phénomène. Début 2000, une loi était venue encadrer ces fêtes en soumettant ces événements à un régime de déclaration préalable. En cas de non-respect, le matériel utilisé peut être confisqué.

Les préfets « incapables de faire respecter la réglementation »

Mais le Sénat avait voulu aller plus loin. Une proposition de loi, déposée en 2018 à l’Assemblée nationale par un député Les Républicains, avait été reprise par la commission des lois de la chambre haute à la « demande de nombreux maires, qui se retrouvent tous seuls face à des situations qu’ils ne pouvaient pas gérer ».

« Nous avions pour objectif de mieux encadrer les événements festifs à caractère musical et de rendre plus dissuasives les sanctions », explique le rapporteur du texte, le sénateur (LR) Henri Leroy.

« Des comas éthyliques et des overdoses »

Les préfets « prônent le dialogue et la tolérance car ils sont incapables de faire respecter la réglementation », déplore-t-il, pointant « la consommation d’alcool énorme, doublée de stupéfiants, qui entraîne régulièrement des comas éthyliques et des overdoses ».

« Une musique assourdissante », des « terrains dévastés » Le sénateur des Alpes-Maritimes Henri Leroy avait déposé un amendement pour transformer la contravention en délit, punie d’une amende de 3 750 euros et jusqu’à 120 heures de travaux d’intérêt général.

Le Sénat à la recherche d’un « gentleman agreement »

« Le but n’est pas d’interdire les rave-parties mais de trouver un "gentleman agreement" pour que cela se passe dans de bonnes conditions, en faisant une charte avec les voisins et en nettoyant la pollution occasionnée sur le terrain », précise-t-il.

Retoquée en commission, une disposition de la proposition initiale prévoyait cependant une peine d’emprisonnement de trois mois pour les organisateurs d’événements non déclarés.

« Cette proposition de loi répond d’une manière traditionnelle à une manifestation qui refuse de l’être, avait résumé la sénatrice communiste Cécile Cukierman lors de l’examen du texte au Sénat. Il serait peut-être temps de trouver de nouvelles manières de faire face à la problématique des rave parties. »

Cette proposition de loi, perdue au cours de la navette parlementaire, n’est jamais entrée en application.

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