Fronde des policiers: appels à une grève du zèle, l’exécutif met la main à la poche
Les policiers, "épuisés" par leur mobilisation lors de la crise des "gilets jaunes", appelaient mercredi à une grève du zèle pour...

Fronde des policiers: appels à une grève du zèle, l’exécutif met la main à la poche

Les policiers, "épuisés" par leur mobilisation lors de la crise des "gilets jaunes", appelaient mercredi à une grève du zèle pour...
Public Sénat

Par Grégory DANEL et Sarah BRETHES

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les policiers, "épuisés" par leur mobilisation lors de la crise des "gilets jaunes", appelaient mercredi à une grève du zèle pour réclamer plus de moyens au gouvernement, qui tente de dénouer cette fronde notamment avec le paiement des heures supplémentaires en retard.

La grogne était visible mercredi matin aux aéroports de Roissy et d'Orly, près de Paris, où les fonctionnaires de la Police aux frontières appliquaient un contrôle scrupuleux des passeports en soutien à leurs collègues, selon des sources aéroportuaires. Résultat: de longues files d'attente se sont formées dans les terminaux et une attente d'une heure était à prévoir aux contrôles des passeports aux arrivées des terminaux 1 et 2 à Roissy.

Pour la journée de mercredi, le syndicat Alliance a plus généralement lancé le mot d'ordre "Fermons les commissariats" et demandé "à tous les policiers de France de ne sortir que sur appel" d'urgence - un appel auquel s'est rallié Unité-SGP-FO pour réclamer de meilleures conditions de travail et de rémunération.

Confronté à sa première crise en interne depuis son arrivée il y a deux mois à Beauvau, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner s'était voulu rassurant mardi, assurant que les policiers ne bloqueraient pas les commissariats "parce qu'ils ont le sens du service public".

"Je ne crois pas que les policiers soient +gilets jaunes+", avait aussi estimé mardi le ministre peu avant une rencontre avec les trois organisations syndicales représentatives chez les gardiens de la paix: Alliance, Unité-SGP-FO et Unsa-Police. Après trois heures de discussions, celles-ci ont été suspendues et reprendront mercredi, selon les syndicats.

En attendant, le gouvernement a réaffirmé mercredi sa volonté de payer les 274 millions d'euros dus aux policiers au titre des heures supplémentaires accumulées depuis plusieurs années. "Ce paiement sera effectif selon un calendrier que nous allons définir. C'est ce dont nous discutons avec les organisations syndicales", a déclaré le secrétaire d'Etat à l'Intérieur Laurent Nuñez sur RMC.

Mardi, Christophe Castaner avait rappelé que ce stock d'heures supplémentaires avait commencé à s'accumuler non pas "ces derniers mois" ou "cette dernière année, mais depuis des dizaines d'années".

Autre réponse de l'exécutif: une prime de 300 euros versée aux forces de l'ordre mobilisées face aux "gilets jaunes". Un amendement en ce sens a été adopté dans la nuit de mardi à mercredi à l'Assemblée dans le cadre de l'examen du projet de loi de finances 2019.

D'après Laurent Nuñez, le chiffre de 111.000 policiers et gendarmes auxquels elle doit être versée est "une base de départ". "On discute actuellement du périmètre, c'est-à-dire le nombre de policiers et de gendarmes qui pourraient être concernés", a-t-il ajouté.

- "Gyros bleus" -

Depuis une petite semaine, les syndicats ont fait monter la pression sur le gouvernement après un mois éreintant où les forces de l'ordre ont dû gérer la mobilisation des "gilets jaunes" mais aussi une menace terroriste revenue brutalement sur le devant de l'actualité avec l'attentat de Strasbourg, qui a fait cinq morts.

Lundi, les syndicats policiers, regonflés par des taux de participation record aux récentes élections professionnelles (85,54% au comité technique de la police nationale), ont décidé de durcir le ton pour contraindre l'exécutif à délier les cordons de la bourse.

En marge des syndicats, un mouvement baptisé "gyros bleus" et relayé sur les réseaux sociaux par des policiers en colère agite le souvenir du mouvement de fronde inédit qui a surgi à l'automne 2016 au sein de la base policière, après l'attaque au cocktail molotov dont ont été victimes des fonctionnaires à Viry-Chatillon (Essonne).

"Mal-être", "perte de sens" : un rapport parlementaire avait déjà dressé en juillet un tableau très sombre de l'état des forces de l'ordre françaises. Le mois de crise des "gilets jaunes" qui vient de s'écouler, avec un niveau de mobilisation des forces de l'ordre rarement atteint et des confrontations parfois très violentes avec les manifestants, n'a rien arrangé.

Il a nourri "l'épuisement" des forces de sécurité, décrit par les syndicats mais aussi par le gouvernement qui a usé de cet argument pour demander aux "gilets jaunes" de cesser de manifester.

Partager cet article

Dans la même thématique

Fronde des policiers: appels à une grève du zèle, l’exécutif met la main à la poche
4min

Politique

« On surmonte nos rancœurs » : Agnès Evren (LR) défend un mariage de raison entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel pour battre la gauche à Paris

À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.

Le

Fronde des policiers: appels à une grève du zèle, l’exécutif met la main à la poche
5min

Politique

Municipales à Montpellier : sécurité, gestion des déchets, transports… Que retenir du débat d’entre deux tours ?

A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.  

Le

FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026
8min

Politique

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
6min

Politique

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.

Le