Fusion du CSA avec Hadopi : « Il y aura des conséquences budgétaires », avertit Roch-Olivier Maistre
Le président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, Roch-Olivier Maistre, était auditionné ce mardi par la commission de la Culture du Sénat, pour évoquer le projet de loi relatif à la protection des œuvres culturelles.

Fusion du CSA avec Hadopi : « Il y aura des conséquences budgétaires », avertit Roch-Olivier Maistre

Le président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, Roch-Olivier Maistre, était auditionné ce mardi par la commission de la Culture du Sénat, pour évoquer le projet de loi relatif à la protection des œuvres culturelles.
Public Sénat

Par Jules Fresard

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

C’est une victime collatérale de la crise sanitaire et du chamboulement de l’agenda parlementaire qu’elle a engendré. Le projet de loi audiovisuel, prévu en décembre 2019, a finalement été présenté en Conseil des ministres le 8 avril dernier, sous l’appellation « projet de loi relatif à la protection de l’accès du public aux œuvres culturelles à l’ère du numérique ». Il entend lutter plus efficacement contre le piratage de biens culturels sur internet et protéger les droits d’auteur.

Fusionner Hadopi et le CSA

En vue de sa première lecture prévue au Sénat les 18 et 19 mai prochains, la commission de la Culture auditionnait cet après-midi Roch-Olivier Maistre, le président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), pour mieux comprendre les enjeux de ce texte législatif.

Une des mesures phares du projet consiste en la fusion du CSA et d’Hadopi, pour créer un super gendarme de la régulation des médias et du numérique, intitulé ARCOM pour Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, et doté de moyens renforcés. Une disposition témoignant de la volonté de faire entrer pleinement le CSA dans l’ère du numérique, déjà affichée par Roch-Olivier Maistre en janvier 2019, à l’époque encore en processus de nomination. « C’est la création d’un régulateur intégré, compétent sur l’ensemble de la chaîne de création », a estimé mardi 13 avril le président du CSA.

Mais toujours selon Roch-Olivier Maistre, cette fusion ne pourra se faire dans la sérénité que si le gouvernement alloue à la future ARCOM les moyens nécessaires à son fonctionnement et les missions qui lui sont demandées. « Il ne faut pas se cacher que cette fusion aura des conséquences budgétaires. Je rappelle que depuis plusieurs années les missions du CSA se sont accrues, alors que sa dotation a décru. Face à cet effet ciseaux, notre gestion nous a permis de continuer. Mais cette logique n’aura qu’un temps » a-t-il averti.

Une nécessaire réforme de la TNT absente du projet de loi

L’amplitude du texte a déçu les sénateurs. A l’image de Catherine Morin-Desailly, sénatrice de la Seine-Maritime. « Je regrette que ce texte soit la réduction d’un projet beaucoup plus grand, sans le chantier important de la modernisation de la TNT », a-t-elle souligné.

Lutte contre le piratage : "la réduction à peau de chagrin d'un projet beaucoup plus ambitieux"
00:38

Un avis partagé par le président du CSA, pour qui cette réforme de la TNT est d’autant plus nécessaire qu’à l’horizon 2024 se profile les jeux olympiques de Paris, où cette dernière est appelée à jouer un rôle clef pour la diffusion des compétitions. « Notre préoccupation est d’éviter un décrochage technologique de cette plateforme, utilisée par un Français sur cinq. Il faut développer l’ultra HD, l’interactivité, afin de ne pas manquer l’opportunité que représente cette loi ».

Des moyens encore limités de lutte contre le piratage

L’autre aspect clef de ce projet de loi se trouve dans l’accroissement de la lutte contre le piratage informatique, avec un changement de paradigme. Finie la focale faite sur les « pirates », le gouvernement souhaite aujourd’hui s’attaquer à ceux qui le facilitent, c’est-à-dire certains sites web.

En substance, ce projet de loi permettra à la nouvellement créée ARCOM de rendre publique une « liste noire » de sites violant les droits d’auteur, tout en demandant aux fournisseurs d’accès à internet d’en bloquer l’accès. Cette demande de blocage sera étendue aux « sites miroirs », qui reprennent sous une autre adresse le contenu d’un site déjà interdit. Le projet de loi entend également lutter contre les retransmissions illégales de manifestations sportives, avec les mêmes outils.

Mais là aussi, le projet de loi déçoit. Pour Laurent Lafon, président de la commission, « force est de reconnaître que le projet de loi modifie assez peu les conditions de lutte contre les piratages ».

Lutte contre le piratage : "des évolutions à la marge" regrette Laurent Lafon
00:45

Quant aux seules mesures présentes dans le projet, les spécialistes de la question émettent déjà certaines réserves dans leur application. Dans un avis consultatif publié le 30 mars, l’ARCEP, l’autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse, a soulevé plusieurs points qu’elle juge problématiques. Le principal concerne la proportionnalité des demandes faites aux fournisseurs d’accès à internet. Avec ce projet de loi, ces derniers se verraient dans l’obligation de bloquer l’accès à tous sites étant identifiés comme posant problème. Une demande que l’autorité de régulation juge peu réaliste d’un point de vue technique, et pouvant entrer en contradiction avec le règlement européen sur l’internet ouvert.

Partager cet article

Dans la même thématique

Fusion du CSA avec Hadopi : « Il y aura des conséquences budgétaires », avertit Roch-Olivier Maistre
3min

Politique

Crise pétrolière : « Avec le transport maritime à la voile on est à 1g de CO2 par tonne de matériel transporté au km » se réjouit cet entrepreneur

Alors que le détroit d’Ormuz est toujours bloqué, et que les prix des hydrocarbures sont toujours au plus haut, certaines solutions de transports maritimes, hier décriées, montrent tout leur intérêt. Avec un taux d’émission de gaz à effet de serre faible et une ressource inépuisable, le transport maritime à la voile développé par une jeune entreprise bretonne a tous les avantages, comme l’explique ce chef d’entreprise dans l’émission « dialogue citoyen » présentée par Quentin Calmet.

Le

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le