Généralisation du Pass Culture : « Emmanuel Macron pourra le mettre sur son tract de campagne en 2022 », raille Jean-Raymond Hugonet
Promesse du candidat Macron, le Pass Culture est généralisé à l’ensemble du territoire ce vendredi après une expérimentation de deux ans. 300 euros sont dès aujourd’hui disponibles pour tous les jeunes de 18 ans. Le Sénat a été très critique ces dernières années sur les conditions de mise en place de ce dispositif considéré comme « le fait du prince ».

Généralisation du Pass Culture : « Emmanuel Macron pourra le mettre sur son tract de campagne en 2022 », raille Jean-Raymond Hugonet

Promesse du candidat Macron, le Pass Culture est généralisé à l’ensemble du territoire ce vendredi après une expérimentation de deux ans. 300 euros sont dès aujourd’hui disponibles pour tous les jeunes de 18 ans. Le Sénat a été très critique ces dernières années sur les conditions de mise en place de ce dispositif considéré comme « le fait du prince ».
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« A un an de l’élection présidentielle, le chef de l’Etat est en train de faire son tableau de chasse. Il pourra cocher la case : Pass Culture. Il pourra le mettre sur son tract de campagne en 2022. La ficelle de communication est un peu grosse », analyse Jean-Raymond Hugonet, sénateur LR, président d’un groupe de travail sur le Pass culture, mis en place en 2018.

En déplacement à Nevers, ce vendredi, le chef de l’Etat a effectivement annoncé la généralisation sur tout le territoire d’une de ses promesses de campagne : un Pass Culture de 300 euros offerts aux jeunes de 18 ans sans condition de ressources. Ils devront s’inscrire durant leur 18ème année sur l’application du même nom et pourront l’utiliser sur 24 mois. Le budget de ce dispositif est évalué à 800 000 euros par an.

Un dispositif élargi en 2022

« Que vous soyez ciné, romans, mangas, jeux vidéo, théâtre, rap, métal ou tout ça à la fois, nous avons créé pour vous le Pass Culture », a détaillé Emmanuel Macron, jeudi soir sur TikTok mais également sur Instagram où sa story a été largement commentée.

À partir de janvier 2022, le Pass sera étendu aux élèves de quatrième et troisième qui recevront 25 euros et 50 euros par année et par élève en seconde, première et terminale, soit 200 euros, avant leur majorité et ainsi arriver à la somme de 500 euros, soit la promesse originelle.

Il pourra être dépensé en billets (cinéma, concert, spectacle, musée…), en biens culturels (livres, disques, instruments…), en cours de disciplines artistiques, en matériel des beaux-arts ou en services numériques (jeux vidéo, musique en ligne, certaines plateformes de SVOD, presse en ligne, ebooks…).

Le gouvernement a souhaité restreindre ce Pass aux GAFAM, Amazon, Netflix, Amazon Prime et Disney. Canal, OCS, FilmoTV et quelques autres plateformes sont en revanche accessibles, dont bientôt Salto.

Mais au Sénat, ce dispositif a, depuis le début de son expérimentation, été vu d’un mauvais œil quel que soit le bord politique des élus. Testé depuis deux ans dans 14 départements, les sénateurs n’ont cessé de demander une évaluation de ce dispositif avant de passer à sa généralisation. L’expérimentation a, de plus, été tronquée en raison de la pandémie. Le groupe du travail du Sénat demandait que les résultats de l’évaluation soient rendus publics et donnent lieu à un débat devant le Parlement.

Plus précisément, les sénateurs doutent que le Pass Culture favorise l’éducation artistique et culturelle des jeunes, ce forfait ne pouvant seul « permettre de diversifier les pratiques d’un jeune de 18 ans qui n’aurait pas été préalablement familiarisé à différentes pratiques artistiques et culturelles », relevait le groupe du travail du Sénat, en janvier dernier.

« Ce type de forfait est déjà mis en place depuis longtemps par les collectivités locales »

« Le Pass Culture, c’est le fait du prince et on se traîne ce sparadrap depuis des années. On nous a parlé de sa généralisation alors même que l’argent manquait dans la culture. Il ne s’agit pas de critiquer ce dispositif de façon basique. On sait simplement que ce type de forfait est déjà mis en place depuis longtemps par les collectivités locales », rappelle Jean-Raymond Hugonet.

Dès 2018, le groupe de travail s’inquiétait de « la mise en place d’un Pass national qui sonnerait « le glas de ces dispositifs locaux, soit en leur faisant concurrence, soit en les absorbant ».

Le Sénat n’avait pas voté l’augmentation du budget Pass Culture

Symbole de l’opposition du Sénat au Pass Culture, en décembre dernier lors de l’examen du Budget, la Haute assemblée avait voté contre l’augmentation de l’enveloppe allouée au Pass Culture que le gouvernement a fait passer de 40 millions d’euros à près de 60 millions d’euros. Un amendement de la sénatrice LR Catherine Dumas, prévoyait de transférer ces 20 millions d’euros supplémentaires vers la préservation du patrimoine. « La hausse du Pass Culture paraît peu justifiée, quand le patrimoine privé souffre de sous-financement », avait défendu la sénatrice de Paris.

« Je ne crois pas que donner de l’argent à des gamins constitue une politique culturelle de niveau national »

« Moi, j’ai déposé chaque année un amendement de suppression du Pass Culture », rappelle le sénateur communiste, Pierre Ouzoulias. « Je m’y oppose pour une raison philosophique. En matière culturelle, ce qui compte, c’est l’intermédiation. C’est-à-dire des structures qui accompagnent les gens les plus éloignés de la culture. C’est l’idée de Malraux avec les maisons de la Culture dans les départements. Je ne crois pas que donner de l’argent à des gamins constitue une politique culturelle de niveau national. C’est une idée très libérale de laisser l’individu livré à lui-même. Ça ne fonctionne pas dans le domaine de la culture. Il faut qu’on vous prenne par la main. Ce Pass ne fera que reproduire les différences sociales d’accès au monde culturel », conclut-il.

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