Génération Instagram : la beauté sous influence

Génération Instagram : la beauté sous influence

Filtres Instagram, Photoshop, promotion de la chirurgie et de la médecine esthétique, culte de l’image ou encore body positive : l’influence croissante des réseaux sociaux dans nos vies a imposé de nouvelles normes et bouleversé notre rapport au corps.
Public Sénat

Par Juliette Bezat

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Depuis 2019, les 18-34 ans sont davantage adeptes de la chirurgie esthétique que leurs aînés de 50-60 ans (Le Monde). La multiplication des comptes d’influenceuses sur les réseaux sociaux a renforcé un culte de l’image déjà très présent, encourageant ainsi les jeunes filles à recourir à la chirurgie et médecine esthétiques pour atteindre les standards de beauté « Instagram ». Les nouvelles stars des réseaux sociaux sont pour certaines, adeptes de ces pratiques. Considérées comme des modèles, ces influenceuses font souvent l’objet de critiques quant à leur recours à la chirurgie esthétique jugé excessif, mais aussi pour l’incitation que cela peut représenter pour les jeunes filles. Le risque des réseaux sociaux est qu’enfants, adolescents et adultes évoluent dans un univers biaisé où les mensurations de la silhouette, mais aussi du visage sont souvent moins réelles qu’artificielles.

L’effet du confinement aurait-il aussi renforcé cette tendance ? Pour la journaliste Valérie Tribes, la recherche de la beauté parfaite a toujours existé « mais maintenant, il y a une omniprésence de l’image. Et pendant le confinement il y a eu un boom de la chirurgie esthétique, car les gens se sont découverts face à la caméra ».

« Aujourd’hui, on commence à faire du botox à 25-27 ans : on me demande déjà en préventif de faire des injections d’acide hyaluronique, de botox. »

Depuis quelque temps, on observe un boom de la médecine esthétique chez les jeunes, différente de la chirurgie esthétique puisque ces soins médicaux n’impliquent pas d’opérations lourdes. L’acide hyaluronique, produit phare du secteur prisé par les jeunes, peut être utilisé comme anti-âge, mais aussi pour augmenter le volume des lèvres et des fesses. Autre tendance chez les moins de 30 ans : le baby botox. Comme l’acide hyaluronique, le produit est censé jouer un rôle préventif contre le vieillissement de la peau.

Le Dr. Elisa Pecorelli , chirurgienne plasticienne, a vu l’âge de sa patientèle diminuer considérablement au cours des dernières années, à tel point qu’aujourd’hui, plus de la moitié de son activité concerne les moins de 30 ans. Elle note par ailleurs un changement de la demande : « Il y a trente ans, on venait pour corriger un vrai défaut. Aujourd’hui, on commence à faire du botox à 25-27 ans : on me demande déjà en préventif de faire des injections d’acide hyaluronique, de botox. » Selon elle, il y a une corrélation entre l’accroissement des demandes de chirurgie et de médecine esthétiques chez les jeunes et la montée des réseaux sociaux.

Les demandes d’intervention les plus fréquentes

Selon le Dr Adel Louafi, président du syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SNCPRE), la grande majorité des interventions au niveau du visage chez les jeunes concernent les femmes. Ainsi, les demandes les plus fréquentes sont : l’augmentation du volume des lèvres (« Russian Lips ») par acide hyaluronique ; la rhinoplastie médicale dite liquide, avec le même produit ; le « Fox Eyes » - qui consiste à remonter le sourcil, et enfin la « Jawline » pour redessiner l’ovale du visage.

Par ailleurs, au cours des dernières années, une sorte de marché parallèle s’est développé, notamment à cause des réseaux sociaux où de pseudos médecins font la promotion des injections d’acide hyaluronique. Ces pratiques sont d’autant plus attrayantes pour les jeunes qu’elles apparaissent plus accessibles et ne semblent pas impliquer les contraintes parfois plus lourdes de la chirurgie esthétique.

« Des jeunes ont été hospitalisés en région parisienne ces derniers mois suite à des complications gravissimes d’injections qui ont été faites dans des cabinets qui ne sont pas des cabinets de médecins »

Le président du SNCPRE alerte du phénomène « explosif » et dangereux que représentent les injections illégales. Ces injections d’acide hyaluronique sont pratiquées par des esthéticiennes, des coiffeuses ou encore des masseuses, « sans aucune formation » et connaissances de l’anatomie dans les arrières boutiques. Elles peuvent entraîner une déformation du visage, une peau rétractée voire un nez amputé, explique le chirurgien : « On a au moins huit jeunes femmes et hommes qui ont été hospitalisés en région parisienne dans les derniers mois suite à des complications gravissimes d’injections qui ont été faites dans des cabinets qui ne sont pas des cabinets de médecins, avec des produits de contrefaçon, et une absence totale de connaissances de l’anatomie. »

Informé de la multiplication de ces injections clandestines, le Ministère de la santé a rappelé que « la pratique d’effraction cutanée à visée esthétique par des esthéticiens est illégale », sauf si ces derniers sont également des professionnels de santé. Il est précisé que « les injections et toutes les pratiques portant atteinte à l’intégrité du corps humain, sont légalement et réglementairement réservées à certaines catégories de professionnels […] il ne peut être porté atteinte à l’intégrité du corps humain « qu’en cas de nécessité médicale pour la personne ou à titre exceptionnel dans l’intérêt thérapeutique d’autrui ». En conclusion, « du fait de l’effraction cutanée qu’elle entraîne […], la pratique d’injection porte atteinte à l’intégrité du corps humain ».

« Les réseaux sociaux ont engendré ma demande de m’injecter les lèvres »

Médecin en cours de spécialisation, Sandrine, 26 ans, a décidé l’année de ses 19 ans d’augmenter le volume de ses lèvres par injection d’acide hyaluronique, de botox et de fillers. Elle était invitée à témoigner de son expérience pour l’émission de Public Sénat, « 20 ans en 2022'', consacrée au rapport au corps. Enfant de la « génération écrans », elle porte un regard lucide sur les raisons qui ont motivé son recours à la médecine esthétique : « Les réseaux sociaux ont engendré ma demande de m’injecter les lèvres. » Elle dit avoir « commencé à y réfléchir » à partir de ses 16 ans. « Je ne le regrette pas, c’est juste que s’il n’y avait pas eu les réseaux sociaux, il n’y aurait jamais eu des questions ». Sur les conséquences des standards de beauté valorisés et promus par les réseaux sociaux, Sandrine dit redouter que « cette recherche d’atteindre une perfection, qui n’est pas réaliste du tout et qui crée plus de stress dans une vie de jeune adulte et d’adolescent » n’aboutisse qu’à de « l’anxiété, du stress et possiblement une dépression par la suite. »

Justine, influenceuse sur Instagram, réseau sur lequel elle promeut le « body positive », se montre elle aussi critique : « Les réseaux sociaux véhiculent l’injonction de correspondre à un certain standard parfait, encore plus qu’à l’époque des magazines puisqu’aujourd’hui il y a des filtres, les retouches photos, qui permettent de créer encore plus d’illusion et un corps encore plus irréel. » Elle dénonce également des algorithmes « standardisés par les standards de beauté classiques […] une photo de femme nue mince ne risque pas ou quasiment pas d’être enlevée par la plateforme, là ou une photo de femme plus ronde peut sauter plus facilement ».

« On sait que ces très, très jeunes femmes, qui sont encore des enfants, font face à une objectivation de la femme de plus en plus tôt et surtout de plus en plus visuelle »

La plateforme TikTok, ouverte dès l’âge de 13 ans, est souvent critiquée pour ses contenus qui exposent les jeunes à une hypersexualisation du corps, au narcissisme et par conséquent au culte de la perfection. Victoire Doux, illustratrice du « Petit guide de la foufoune sexuelle » déplorait lors de son intervention sur Public Sénat : « On sait que ces très très jeunes femmes, qui sont encore des enfants, font face à une objectivation de la femme de plus en plus tôt et surtout de plus en plus visuelle. »

« Avec l’essor des filtres, le souhait n’est plus tellement de ressembler à une célébrité, mais à une version améliorée de soi-même »

Les filtres photo sont également devenus incontournables sur les réseaux sociaux. Dans un article publié dans le journal Le Monde, Michael Stora, psychologue et psychanalyste, décrit deux standards de visage valorisés par les filtres : d’un côté, un modèle qui « existe depuis un moment » caractérisé par un « visage émacié qui creuse les joues et renforce les pommettes » ; de l’autre, un « effet manga » marqué par « de grands yeux, une grande bouche et un petit nez ». Il observe : « On dirait un enfant, mais avec un corps hypersexualisé. »

Le Dr Adel Louafi évoque une « proportion non négligeable de patients de 18 à 30 ans qui arrivent « soit avec des images filtrées d’eux-mêmes, soit avec des images d’influenceurs en particulier ou d’instagrameuses. Il souligne : « Ça pose vraiment problème, car tout cela n’est pas réaliste, pas forcément faisable et pas souhaitable. » Le Dr. Elisa Pecorelli dresse le même constat : « Avec l’essor des filtres, le souhait n’est plus tellement de ressembler à une célébrité mais à une version améliorée de soi-même. »

« Quand on a une fragilité quelconque, préalable, elle va être amplifiée parce que c’est vraiment massif et viral ce qu’il se passe sur internet »

Bien qu’elle affirme ne pas regretter son choix d’augmenter le volume de ses lèvres, Sandrine revient sur les raisons qui l’ont motivée et conclut : « Je pense qu’essayer de régler des problèmes internes par l’externe ne fonctionnera jamais. Il faudrait se focaliser sur la question du pourquoi : pourquoi l’individu vient rechercher des lèvres plus dodues, une poitrine plus large ? »

Vanessa Lalo, psychologue, rappelle que les publicités, les magazines de mode et la télévision qui préexistaient aux réseaux sociaux ont toujours promu eux aussi le culte de la perfection et véhiculé des injonctions physiques. Elle souligne néanmoins un phénomène plus « massif et viral » avec les réseaux sociaux qui ont un effet amplificateur « On a d’autant plus de points de comparaison qu’on a plein d’influenceuses auxquelles on a envie de s’identifier, qui nous donnent de nouveaux standards de beauté et qui nous génèrent d’autres types de complexes. » Et d’ajouter : « Une chose est sûre, c’est que quand on est bien dans sa peau, on ne va pas être très sensible à ce qu’il se passe sur les réseaux sociaux mais quand on a une fragilité quelconque préalable, elle va être amplifiée, parce que ce que c’est vraiment massif et viral ce qu’il se passe sur Internet. »

Body positive : « Je veux susciter l’identification, l’accessibilité, pour que tout le monde arrête de se comparer »

Les réseaux sociaux ont également vu fleurir le mouvement body positive. Le mouvement, qui envisage la beauté comme une construction sociale, promeut l’acceptation de soi et la diversité de tous les types de corps. Avec son compte Instagram @JUSTINACCESSIBL et son compte TikTok, Justine souhaite « susciter l’identification, l’accessibilité, pour que tout le monde arrête de se comparer car la toxicité et les complexes liés aux réseaux sociaux viennent du fait qu’on passe son temps à se comparer aux autres. » Elle explique sa démarche : « J’ai commencé à faire des vidéos humoristiques qui tournent autour de l’autodérision : se moquer de soi-même pour mieux s’accepter. Ça peut paraître un peu paradoxal, mais ça a bien marché. »

Si Victoire Doux salue la démarche initiale du mouvement, elle regrette ses dérives : « On était sur un mouvement politique et on passe à un mouvement à la mode, tendance, qui va donc apporter de nouvelles normes alors que le but était justement d’aller contre ces normes. »

Face à l’absence d’encadrement des réseaux sociaux, la France fait figure de mauvaise élève

En l’absence d’un cadre législatif, la France est à la traîne sur le sujet. Dernière mesure phare, le décret Photoshop, pris sous le quinquennat Hollande en 2017. Il a constitué une première avancée puisqu’il oblige les entreprises à « ajouter la mention photographie retouchée sur les images à usage commercial, de mannequins dont l’apparence a été modifiée ». Si l’entreprise ne respecte pas cette obligation, elle encourt une amende de 37.500 euros. Plus encore, l’amende peut être majorée jusqu’à 30 % des dépenses publicitaires de l’entreprise. Alors que l’objectif était de lutter contre l’anorexie chez les jeunes, le décret présente des limites : les retouches du visage n’étant pas visées, seules les retouches de silhouettes sont concernées par le décret.

Récemment, le Parlement norvégien a adopté une loi pour contraindre les influenceurs des réseaux sociaux à signaler toutes utilisations de photos retouchées : ici, la taille, mais aussi la forme et la nature de la peau sont prises en compte. Instagram, Facebook, Snapchat, TikTok et Twitter sont concernés par cette nouvelle législation. Peut-être le nouveau quinquennat d’Emmanuel Macron sera-t-il l’occasion de prendre modèle sur son voisin scandinave.

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Le deal implique l’achat « à vie » par le fonds de 13 % du capital d’une nouvelle société à peine créée, la LFP Media, filiale de la Ligue en charge de commercialiser les droits TV, ainsi que de la gestion du marketing et de la publicité. En échange, CVC Capital partners a versé 1,5 milliard d’euros à une Ligue exsangue à la sortie du covid, à la recherche de liquidités. Parmi ce 1,5 milliard, 1,130 a été réparti entre les clubs, de manière inégale en fonction du prestige de chacun. Le PSG a ainsi touché 200 millions d’euros, quand les clubs de Ligue 2 ont touché 3 millions d’euros. Cette vente est très contestée par certains, comme l’ancien patron de l’Olympique de Marseille (OM) Christophe Bouchet. Il affirme qu’elle est déséquilibrée en faveur de CVC. Une enquête du Parquet national financier (PNF) a d’ailleurs été ouverte à ce sujet, notamment pour « détournement de fonds publics ». Une autre procédure judiciaire vise cet accord : celle du club du Havre, qui s’estime floué dans l’accord, car il n’a touché d’1,5 million d’euros. L’arrivée de CVC au capital de LFP Media est intervenue en pleine crise pour la LFP. En 2020, pendant la pandémie, les matches en France ont été arrêtés un temps, avant de reprendre à huis clos. Puis Mediapro, diffuseur de la Ligue, a fait défaut, engendrant une chute de près de 50 % pour les droits TV du football français. Vincent Labrune, président de la Ligue, avait chiffré la perte pour les clubs à 1,8 milliard d’euros depuis 2019. C’est dire si en 2022 ces derniers étaient aux abois et cherchaient une solution. « Le football français ne vit-il pas au-dessus de ses moyens ? » C’est une tâche ardue que d’enquêter sur cette chronologie, qui implique de multiples acteurs, jusqu’à l’Elysée ont dit certains, mais les sénateurs s’y sont attelés avec minutie. C’est qu’en 2022, la Chambre haute avait adopté un texte de loi autorisant la Ligue à créer sa filiale commerciale, ensuite cédée en partie à CVC, à condition qu’elle conserve 80 % de son capital. Les auditions sénatoriales interviennent également à un moment clé de l’accord : à la saison prochaine, le fonds d’investissement commencera à percevoir ses dividendes, en plus de ceux qui avaient été reportés dans le temps. Ce sont 105 millions d’euros qu’il devrait percevoir au titre de dividendes différés, précise Laurent Lafon en début d’audition. « Le football français ne vit-il pas au-dessus de ses moyens ? », interroge-t-il. Une belle entrée en matière. Il faut dire que les complexités du dossier sont bien maîtrisées par les sénateurs. Cette table ronde est la huitième audition publique de la commission d’enquête, qui a déjà entendu toute une série d’acteurs, de l’ancienne ministre des Sports Roxana Maracineanu à Jaume Rourès, patron de Mediapro. 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Quelques mois plus tard, c’est Amazon qui récupère 80 % de la Ligue 1, au détriment de Canal +, qui ne garde que deux matches de L1. Au total, la LFP, qui espérait toucher un milliard par an de la part de Mediapro, se retrouve avec 663 millions d’euros. Les présidents de clubs ont tous fait valoir la difficulté de la période. L’arrêt des championnats, le covid, a porté un coup conséquent aux clubs. « La Ligue 1 a particulièrement souffert par rapport à la Ligue 2 », explique Jean-Pierre Caillot, à cause des salaires des joueurs, qui sont faramineux en Ligue 1, et qui ne peuvent pas être couverts par les aides mises en place par l’Etat à l’époque. « Les clubs ne pouvaient même pas ouvrir de compte bancaire », se souvient Maarten Petermann. Ce dernier interroge la crédibilité de Mediapro dès le départ, alors qu’un deal similaire à celui de la France avait été refusé en Italie. Joseph Oughourlian le qualifie « d’erreur », bien qu’il ne fût pas présent au moment de sa conclusion. « Je ne les connais que trop bien », explique-t-il, « je connais très bien leur réputation en Espagne. Donner 80 % de vos droits à un groupe qui n’a pas bonne réputation, qui ne vous donne pas les garanties financières, et qui n’est pas solide financièrement, ce n’était pas une bonne idée ». Accord avec CVC : « Une nouvelle inespérée » Les présidents de club ont tous, à l’unanimité, défendu l’accord passé avec CVC, dans une période de grande détresse. Le patron du RC Lens a défendu un « cercle vertueux » : « Le prix dans notre métier détermine le produit : si on a plus d’argent pour les droits, on investit, on est meilleurs, les gens regardent. C’est ce qu’il s’est passé en Angleterre avec Sky. C’est ça le deal avec CVC ». Les présidents en sont convaincus, malgré les garanties de protection que CVC a incluses au contrat, qui inquiètent les sénateurs, cet accord n’est pas une sortie de crise négociée à la va-vite par des clubs aux abois. Balayées aussi les accusations de pression auprès des présidents de clubs réticents à l’accord à l’époque de son vote. « Personne n’avait un revolver sur la tempe pour signer, tout le monde a pensé à l’intérêt général », a assuré Jean-Pierre Caillot. « Quand CVC vient mettre 1,5 milliard sur la table pour les clients français, c’est une nouvelle inespérée », s’est enthousiasmé Joseph Oughourlian. Ce dernier dénonce le manque d’investissements des sociétés nationales dans le football français. « On ne regarde pas avec bienveillance le foot », a-t-il regretté. 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Alors que les sénateurs interrogeaient les présidents sur cet écart, la situation s’est tendue. « C’est le marché », a répondu Jean-Michel Aulas, « CVC n’était pas seul à évaluer le foot français de cette manière à l’époque. La complexité de la valorisation n’est pas liée uniquement aux nombres d’abonnés, il y a aussi la technologie. Le plan d’affaires de CVC était et est rationnel dans son approche. A l’époque, je n’imaginais pas un instant que nous ayons fait une erreur d’évaluation ». Le patron du Stade de Reims s’est agacé : « Vous êtes en train de parler des droits TV en fonction de ce que vous lisez dans les journaux, mais ils ne sont pas fixés ». Pour le président du RC Lens, cette apparente survalorisation n’a rien d’étonnant : « Quand on vend ses affaires à quelqu’un, on fait des plans ambitieux. Nous, on a fait une bonne affaire ». 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