Gérard Larcher veut en finir avec l’amalgame entre Vichy et l’État français
Le président du Sénat a interpellé dans une lettre le Premier ministre, Jean Castex, pour demander entre autre « d’en finir avec cet amalgame "Vichy" "État français" qui salit l’honneur de cette ville et de ses habitants ». Le maire de la ville, Frédéric Aguilera, salue un geste « symbolique important », venant du troisième personnage de l’État.

Gérard Larcher veut en finir avec l’amalgame entre Vichy et l’État français

Le président du Sénat a interpellé dans une lettre le Premier ministre, Jean Castex, pour demander entre autre « d’en finir avec cet amalgame "Vichy" "État français" qui salit l’honneur de cette ville et de ses habitants ». Le maire de la ville, Frédéric Aguilera, salue un geste « symbolique important », venant du troisième personnage de l’État.
Public Sénat

Par Hugo Lemonier

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Frédéric Aguilera en a fait son combat comme tous ses prédécesseurs depuis près de 80 ans : « La première délibération du conseil municipal demandant d’arrêter d’employer le terme de "régime de Vichy" date de novembre 1944 », note le maire à Public Sénat, avant de préciser : « Cette appellation est une erreur historique qui est lourde de conséquence pour le devoir de mémoire. »

A tel point, souligne l’élu, qu’il « n’y a jamais eu à Vichy de visite mémorielle de la part d’un président de la République ». Le 27 juillet, l'édile a été rejoint dans sa lutte par Gérard Larcher, le président du Sénat, qui a interpellé dans une lettre le Premier ministre, Jean Castex.

Les raccourcis sont injustes

Gérard Larcher, président du Sénat

« [Les Vichyssois] ne peuvent porter sur leurs épaules la trahison d’un "État" ayant renié les valeurs de la République ! », s’exclame Gérard Larcher, dans ce courrier. Le président de la chambre haute s’était rendu quelques jours plus tôt à Vichy pour rendre un hommage solennel aux 80 parlementaires ayant refusé de voter les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, après la défaite de 1940.

« Ces hommes ont eu le courage de dire NON et devinrent "les premiers résistants" et payèrent souvent le prix fort de ce défi face au renoncement », rappelle Gérard Larcher, avant de déplorer : « Les raccourcis sont injustes. […] Il est temps d’en finir avec cet amalgame "Vichy" "État français" qui salit l’honneur de cette ville et de ses habitants. »

Dans la droite ligne du discours du Vel d'Hiv

Cette lettre revêt ainsi un caractère historique, selon le maire de Vichy : « C’est la première fois que le troisième personnage de l’État prend officiellement position dans un écrit. »

Pour Frédéric Aguilera, cette démarche s’inscrit dans la droite ligne du discours du Vél d’Hiv. Retenue comme l’un des plus grands legs de Jacques Chirac, la reconnaissance du rôle de l’État français dans la déportation des juifs avait suscité une vague de réactions indignées dans la famille gaulliste. Philippe Séguin, Marie-France Garaud ou encore Jean-Pierre Jouyet, avaient repris en cœur la parole officielle qui avait prévalu depuis la fin de l’occupation : « Vichy n’était pas la France. »

L'occupant nazi et ses complices de Vichy

Emmanuel Macron, le 31 mars 2019

Or, selon le maire de Vichy, ce malaise conduit toujours les politiques à jeter l’opprobre sur sa ville. Il en veut pour preuve le discours d’Emmanuel Macron prononcé sur le plateau des Glières, haut lieu de la Résistance en Haute-Savoie. Le 31 mars 2019, le président de la République s’était exprimé devant la stèle, commémorant le souvenir des quelque 470 résistants rassemblés là, à l’hiver 1944, pour recevoir les armes parachutées par les alliés.

« Sur ce plateau des Glières, il y a 75 ans, des héros ont résisté à l’occupant nazi et à ses complices de Vichy », déclamait alors le chef de l’État en entame de son discours.

La seule ville de France synonyme de bourreaux

Frédéric Aguilera, maire de Vichy

« Les complices de Vichy »… Des mots qui passent mal auprès de Frédéric Aguilera : « On ne trouve en France qu’une seule ville dont le nom est synonyme, non pas de victimes de guerre, mais synonyme de bourreaux. C’est Vichy. »

Pour le maire, « tout cela alimente une petite musique selon laquelle nous serions tous des collabos ». A tel point que le député et premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a pu croire à un canular du site satirique et parodique Nordpress, qui prétendait que la ville de Vichy avait « déboulonné » la « dernière statue du Maréchal Pétain », en octobre 2014 : « La dernière représentation du maréchal Pétain a finalement été retirée sur la place du "10 Juillet" de Vichy. La statue de bronze a été retirée hier par les services de la ville. Elle trônait sur cette place depuis 1942 et continuait d’être entretenue par les services de la ville depuis plus de soixante-dix ans ».

Une fake news à laquelle s’était aussi laissé prendre Laurent Joffrin, le directeur de la publication du quotidien Libération, dans un article paru sur le site de la très sérieuse revue Historia. Contacté par CheckNews, l’éditorialiste avait admis « une erreur ».

Près de 80 ans après la chute du Troisième Reich, Frédéric Aguilera ne se fait donc guère d’illusions : « Je sais très bien que l’expression "régime de Vichy" va durer encore longtemps. Mais je me bats contre cette idée d’un Etat français pur, qui n’a jamais pu prendre des lois d’exception. C’est ça notre devoir de mémoire. »

Avant de conclure : « C’est à la France d’assumer cette époque-là et cela nous aidera nous, Vichyssois, à porter notre devoir de mémoire. Mais nous ne pouvons pas être les seuls à le faire. »

 

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