« Gilets jaunes »: le gouvernement précise le « grand débat » et jongle avec le meccano des aides
Emmanuel Macron et le gouvernement ont tracé mardi les lignes du "grand débat" qui doit fournir une issue politique à la crise des "gilets...

« Gilets jaunes »: le gouvernement précise le « grand débat » et jongle avec le meccano des aides

Emmanuel Macron et le gouvernement ont tracé mardi les lignes du "grand débat" qui doit fournir une issue politique à la crise des "gilets...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET, Laurence BENHAMOU

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron et le gouvernement ont tracé mardi les lignes du "grand débat" qui doit fournir une issue politique à la crise des "gilets jaunes", tout en tentant, dans une certaine confusion, de mettre en oeuvre les mesures sociales.

Au cours d'une réunion à l'Elysée, le chef de l'Etat et 12 ministres se sont entendus pour que "la grande concertation nationale" se déroule en deux phases.

"La première, qui a déjà débuté et qui durera jusqu’à la mi-janvier, doit permettre de nourrir la dynamique portée au niveau des maires, qui ont déjà commencé à faire remonter le résultat de leurs échanges avec leurs administrés", a expliqué l'Elysée à l'issue de la réunion.

Débutera alors une seconde phase qui, "pendant deux mois pleins", portera "sur les thématiques annoncées par le Premier ministre, autour de questions précises sur lesquelles les Français seront invités à débattre".

Annoncé par Emmanuel Macron dans son allocution télévisée du 10 décembre, ce "grand débat" doit servir d'exutoire à la colère des manifestants et fournir une issue politique à la crise des "gilets jaunes", la plus grave depuis le début du quinquennat.

Le président français Emmanuel Macron à Paris, le 17 décembre 2018
Le président français Emmanuel Macron à Paris, le 17 décembre 2018
POOL/AFP

Pour tenir la réunion avec ses ministres, le chef de l'Etat avait annulé son déplacement à Biarritz destiné à préparer le G7, ce qui n'a pas découragé 200 "gilets jaunes" de tenter de perturber la réunion de Biarritz. La police les a repoussés à coups de gaz lacrymogènes et balles de défense.

Les modalités du "grand débat" doivent être détaillées jeudi par Chantal Jouanno, la présidente de la Commission du débat public (CNDP), autorité indépendante qui a été chargée de l'organiser. Initialement conviée à la réunion de mardi soir, l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy n'est finalement pas venue.

La CNDP s'inquiète déjà que ce "grand débat" n'apparaisse comme piloté par le gouvernement et se transforme en "meetings politiques" pro-Macron. Elle en a averti Édouard Philippe dans une lettre révélée par franceinfo.

"J'en ai ras-le-bol de cette suspicion généralisée", a répliqué Benjamin Griveaux. Si on voulait cornaquer le débat, le corseter, ça se ferait en préfecture avec le préfet en maître de cérémonie".

Le débat doit aborder quatre thèmes (transition écologique, fiscalité, organisation de l'État, et démocratie et citoyenneté, dont l'immigration). Il pourrait aussi porter sur le référendum d'initiative citoyenne (RIC), réclamé par les "gilets jaunes" mais aussi par l'opposition, de la France Insoumise à LR. Édouard Philippe s'est dit ouvert à la discussion.

- Confusion -

Mercredi, le Conseil des ministres devra trancher sur les mesures sociales annoncées par Emmanuel Macron sur le Smic, les heures supplémentaires et la CSG qui n'ont pas convaincu des "gilets jaunes".

Les discussions se sont poursuivies dans une certaine confusion, Matignon annonçant d'abord l'abandon des premières aides annoncées mi-novembre pour accompagner la transition énergétique, puis faisant volte-face en déclarant qu'elle seraient finalement maintenues.

Il s'agit de l'extension du chèque énergie à deux millions de foyers supplémentaires, du relèvement du barème kilométrique et du doublement de la prime à la casse pour les gros rouleurs.

Leur abandon a été dénoncée par des élus de la majorité, dont le député Matthieu Orphelin, pour lequel "renoncer à ces mesures est "une vraie erreur. Et inaudible et incompréhensible dans la situation actuelle".

"On n'allait pas être compris, on a appris de nos erreurs et on a rapidement abandonné cette décision", a résumé un conseiller de Matignon pour justifier ce revirement.

Prime d'activité
Mécanisme de la prime d'activité
AFP

Sur un autre front, les policiers, épuisés par le conflit, ont à leur tour réclamé des primes, le syndicat Alliance appelant à "fermer les commissariats". Pour calmer cette colère, le gouvernement a proposé mardi une prime de 300 euros pour 111.000 fonctionnaires. Coût: 33 millions d'euros.

Le chef de l'État a continué à solliciter le secteur privé pour l'aider à améliorer le pouvoir d'achat, réunissant une vingtaine d'assurances et de mutuelles, après les grandes banques mardi dernier. Il a tapé du poing sur la table en exigeant un gel des tarifs des complémentaires santé ou au moins de limiter les hausses, leur donnant 48 heures pour se décider. Les patrons ont accepté d'au moins ne pas augmenter leurs tarifs 2019 en lien avec le reste à charge zéro, mais sans s'engager sur le reste. Les banques elles, avaient accepté de geler leurs tarifs 2019.

Le coût des mesures pour le pouvoir d'achat
Coût des mesures pour le pouvoir d'achat annoncées par le gouvernement pendant la crise des "gilets jaunes"
AFP

Péripétie dans ces marchandages, le groupe Vinci a renoncé à réclamer aux automobilistes qui ont passé gratuitement les péages bloqués par les "gilets jaunes" le règlement de leurs facture, après des critiques du porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

Sur le terrain, les forces de l'ordre ont délogé des manifestants des ronds-points dans plusieurs régions.

Une partie d'entre eux reste très décidés, ciblant notamment les péages. Celui de Bandol (Var) a été incendié dans la nuit de lundi à mardi et dix-sept personnes ont été interpellées.

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat Wave in the North
5min

Politique

La justice ordonne le démantèlement de « mégabassines » en Charente-Maritime : les agriculteurs condamnés invoquent la loi d’urgence agricole et font appel

Neuf agriculteurs ont été condamnés par la justice, jeudi 23 juillet, à démanteler quatre retenues d’eau qu’ils utilisent illégalement depuis dix-sept ans. Ils ont annoncé faire appel et se fondent sur le prétendu « décalage » entre cette décision et la loi d’urgence agricole tout juste adoptée, très favorable au développement de ces « bassines ».

Le

PARIS, Conseil constitutionnel, Constitutional Council, Palais Royal
7min

Politique

Le Conseil constitutionnel est-il devenu un arbitre sursollicité ?

Longtemps perçu comme le gardien discret de la Constitution, le Conseil constitutionnel s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs incontournables de la vie politique. Jamais autant saisi sur les lois votées par le Parlement depuis une quinzaine d’années, il est devenu le passage obligé des textes les plus sensibles. Loin d'un dysfonctionnement, cette hyper-activité traduit les nouvelles dynamiques du pouvoir sous l'ère de la « majorité relative ».

Le

France Wildfires
2min

Politique

La France a demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’UE : en quoi consiste ce dispositif ?

Face à la multiplication des feux en France, en particulier en Gironde et dans les Landes, le président de la République Emmanuel Macron a demandé l’activation du mécanisme de protection civile européen hier soir. Déjà utilisé par le passé à Mayotte ou en Ukraine, ce dispositif permet « de proposer une réponse d’urgence » face aux incendies sur le sol européen.

Le

France Extreme Weather Heat
3min

Politique

Incendie au Cap-Ferret : 10 000 hectares parcourus, 80 maisons brûlées et 40 000 personnes évacuées, « le feu continue de progresser », annonce Laurent Nuñez

Le ministre de l’Intérieur a fait un point de situation, ce vendredi matin, sur « le plus feu gros de la saison » qui menace dangereusement le Cap-Ferret, en Gironde. « Le feu n’est pas maitrisé et continue de progresser », alerte Laurent Nuñez. Au total, 50 000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année, « quasiment trois fois » plus que l’an dernier.

Le