A trois jours du débat national censé apaiser la colère, la mobilisation des "gilets jaunes" a connu un vif rebond: 84.000 personnes ont défilé...
« Gilets jaunes »: mobilisation en hausse, tension moindre avant le grand débat
A trois jours du débat national censé apaiser la colère, la mobilisation des "gilets jaunes" a connu un vif rebond: 84.000 personnes ont défilé...
Par Marie DHUMIERES et Romain FONSEGRIVES avec les bureaux de l'AFP en région
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A trois jours du débat national censé apaiser la colère, la mobilisation des "gilets jaunes" a connu un vif rebond: 84.000 personnes ont défilé samedi en France contre la politique sociale et fiscale du gouvernement, mais sans heurts majeurs.
La semaine dernière, le ministère de l'Intérieur avait recensé 50.000 personnes.
Le patron de la Police nationale, Eric Morvan, disait vendredi s'attendre à ce que la mobilisation des "gilets jaunes" retrouve son niveau d'avant-Noël. Elle a même dépassé celui de l'acte 5, le 15 décembre, où 66.000 personnes avaient été décomptées en France.
Manifestation de "gilets jaunes", le 12 janvier 2019 à La Rochelle
AFP
Si plusieurs manifestations ont été émaillées de heurts, notamment à Paris, Bordeaux, Toulouse, Bourges et Caen, les violences ont été globalement moins nombreuses. Au total, 244 personnes ont été interpellées, dont 201 ont été placées en garde à vue, selon le ministère de l'Intérieur.
"Les violences ont pu être contenues grâce à un dispositif important, mobilisant 80.000 membres des forces de sécurité intérieure, axé sur la mobilité, la réactivité et la capacité à interpeller, qui a fait la démonstration de son bien-fondé", s'est félicité le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.
Des protestataires lors de la mobilisation des "gilets jaunes", le 12 janvier 2019 au Mans
AFP
A Paris, où 8.000 personnes ont défilé "dans le calme" et "sans incident grave", "la responsabilité l'a emporté sur la tentation de l'affrontement", a-t-il salué dans une déclaration transmise à l'AFP.
Le ministre a toutefois condamné sur Twitter les agressions dont ont été victimes des journalistes, notamment à Paris, Rouen et Toulon. "Dans notre démocratie, la presse est libre. Dans notre République, la liberté d'informer est inaliénable. Violenter des journalistes, c'est attenter à l'une et à l'autre", a-t-il écrit.
- "Macron nous réunit" -
Dans la capitale, le cortège des "gilets jaunes" -auquel a participé Eric Drouet, un des initiateurs du mouvement- a défilé dans le calme, encadré par un service d'ordre.
Une manifestante des "gilets jaunes" lors d'un rassemblement, le 12 janvier 2019 à Nantes
AFP
Les rues ont résonné des habituels "Macron démission", mais aussi des "Libérez Christophe !" en soutien à l'ex-boxeur Christophe Dettinger filmé en train de frapper deux gendarmes lors de la manifestation samedi dernier et écroué depuis dans l'attente de son procès.
"Macron qui dit qu'il faut encore faire des efforts mais non ! Les gens n'en peuvent plus", explique Virginie Pieru, directrice de crèche dans le Val-de-Marne. Pour elle, "Macron aura fait une jolie chose: c'est nous réunir. C'est le seul truc bien qu'il a fait !".
Les forces de l'ordre ont dû faire usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour repousser des manifestants qui leur lançaient des projectiles dans le secteur des Champs-Elysées et autour de l'Arc de Triomphe, point d'arrivée de la manifestation, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Manifestation de "gilets jaunes", le 12 janvier 2019 au Mans
AFP
Un total de 149 personnes ont été interpellées à Paris, notamment pour port d'arme prohibée ou participation à un groupement en vue de commettre des violences, a indiqué la Préfecture de police. Parmi elles, 108 ont été placées en garde à vue, a précisé le parquet de Paris dans un bilan communiqué à 21H00.
A Bourges, autre épicentre de cet acte 9 où se sont rendues deux autres figures du mouvement, Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle, plus de 6.000 personnes ont manifesté.
L'ambiance bon enfant du défilé a été perturbée quand 500 personnes ont pénétré dans le centre-ville où tout rassemblement était interdit, causant quelques échauffourées avec les forces de l'ordre. Deux "gilets jaunes" de 17 et 28 ans ont été blessés par des tirs de lanceurs de balle de défense (LBD).
Evolution de la mobilisation, selon le ministère de l'Intérieur, et principales manifestations prévues samedi
AFP
"On veut la dissolution de l'Assemblée. Macron doit arrêter de faire la sourde oreille et s'apercevoir du mal-être", lâche William Lebrethon, 59 ans, artisan dans le bâtiment venu de Vierzon protester contre "les abus de pouvoir".
Dix-neuf personnes ont été interpellées en marge de cette deuxième manifestation nationale, selon la préfecture.
- "Du cash, du concret" -
A Bordeaux, 4.600 personnes ont manifesté selon la préfecture, un peu plus que la semaine passée, derrière une grande banderole proclamant "Unis, le changement est possible". Et 6.000 à Toulouse. Ces deux villes sont en pointe de la mobilisation depuis le début du mouvement.
Manifestation de "gilets jaunes", le 12 janvier 2019 à Bordeaux
AFP
Selon les autorités, ils étaient aussi 2.500 à Rouen, 2.500 à Caen, 2.300 à Saint-Brieuc, 1.500 à 2.000 à Perpignan, 1.500 à Strasbourg, 1.200 à Saint-Etienne, 1.800 à Lyon... Environ 200 "gilets jaunes" ont également manifesté, sous haute sécurité, au Touquet, aux abords de la villa d'Emmanuel et Brigitte Macron au Touquet (Pas-de-Calais).
Emmanuel Macron a appelé les Français à se saisir de la "très grande opportunité" que représente le grand débat, qui doit débuter mardi mais qui ne convainc pas les "gilets jaunes".
"C'est pour nous endormir ce truc. Ce qu'il faut, c'est du cash, du concret, le plus tôt possible", estime Jean-Luc Dugast et sa compagne Marie-Thérèse Augusto, originaires de Seine-et-Marne.
"Le débat, c'est dans la rue, pas dans une salle ou sur internet", affirme Jean-Jacques, 59 ans, présent dans la manifestation à Strasbourg: "Je ne pense pas que quelque chose de positif va sortir de ça."
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