Boutiques et restaurants pillés et incendiés sur les Champs-Elysées, affrontements avec les forces de l'ordre: pour son acte 18, la mobilisation...
« Gilets jaunes »: un acte 18 marqué par un fort regain de violences à Paris
Boutiques et restaurants pillés et incendiés sur les Champs-Elysées, affrontements avec les forces de l'ordre: pour son acte 18, la mobilisation...
Par Antoine GUY avec les bureaux de l'AFP en région
Temps de lecture :
5 min
Publié le
Mis à jour le
Boutiques et restaurants pillés et incendiés sur les Champs-Elysées, affrontements avec les forces de l'ordre: pour son acte 18, la mobilisation des "gilets jaunes" a été marquée par un très fort regain de violences à Paris, où 237 personnes ont été interpellées.
Au total 32.300 personnes se sont mobilisées dans toute la France selon l'Intérieur, mais 230.766 selon le décompte des "gilets jaunes" posté sur Facebook. Beauvau avait dénombré 28.600 personnes la semaine précédente.
Quatre mois après le début du mouvement et au moment où s'achève le grand débat national, cette journée était présentée comme un "ultimatum" au président Macron, qui a annoncé dans la soirée écourter son séjour dans les Pyrénées où il était parti se "ressourcer" après sa tournée en Afrique.
Il se rendra vers 22H30 à la cellule de crise au ministère de l'Intérieur à Beauvau.
Dans l'après-midi, c'est le Premier ministre Edouard Philippe, venu soutenir les forces de l'ordre, qui était monté au créneau, estimant les violences "inacceptables". "Ceux qui excusent ou qui encouragent" de tels actes s'en rendent "complices".
Auparavant le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait promis "la plus grande fermeté" contre les "professionnels de la casse et du désordre" ayant "infiltré les cortèges".
- Le Fouquet's pillé et incendié -
Paris était annoncé comme l'épicentre de la contestation et pendant plusieurs heures tout s'est déroulé sur les Champs-Elysées. Autour de la place de l'Etoile, vers laquelle 10.000 manifestants avaient convergé, la tension est rapidement montée à partir 11H00.
Des manifestants, pour beaucoup vêtus de noir, capuche ou casque sur la tête, ont lancé pavés et pierres sur les forces de l'ordre, qui répliquaient par des tirs de gaz lacrymogènes. Sur les Champs-Elysées, des casseurs ont systématiquement détruit des vitrines et pillé de nombreux magasins.
Heurts entre "gilets jaunes" et policiers, le 16 mars 2019 à Paris
AFP
Dans l'après-midi, ils ont mis le feu à plusieurs enseignes, notamment celle du restaurant Fouquet's, avant une intervention des forces de l'ordre qui a ramené un calme relatif. Mais d'autres commerces -- du modeste kiosque à journaux au maroquinier Longchamp -- ont subi le même sort.
Des scènes d'émeutes urbaines que l'on n'avait plus vues depuis les mobilisations de début décembre, dont les images avaient fait le tour du monde. "Alors Macron, elle s'essouffle la mobilisation?", lançait une manifestante au plus fort des pillages.
Quelque 237 personnes ont été interpellées, selon un bilan communiqué vers 19H30 par le préfecture de police de Paris. Parmi elles, 144 se trouvaient en garde à vue à 21H00, a indiqué le parquet de Paris.
En début d'après-midi, un incendie s'était déclaré dans un immeuble près des Champs-Elysées, faisant onze blessés légers. Une femme et son bébé "coincés au deuxième étage", ont été sauvés de cet incendie, parti d'une banque au rez-de-chaussée, ont indiqué les pompiers à l'AFP.
D'après la préfecture de police, 17 membres des forces de l'ordre ont été blessées ainsi qu'un pompier et 42 manifestants. Un journaliste de l'AFP a pu voir l'un d'entre eux, victime selon les street medics d'un tir de flashball dans l'œil.
La maire PS de Paris Anne Hidalgo a condamné "avec la plus grande fermeté" ces "insupportables exactions", tandis que François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains aux Européennes, appelait à "mettre fin à l'impuissance de l'Etat".
La chef du Rassemblement national, Marine Le Pen a condamné "les Black Blocs" qui "détruisent, brûlent, violentent toujours en toute impunité".
Espérant un "regain de mobilisation", cette journée d'action avait été annoncée comme cruciale après plusieurs semaines en demi-teinte.
Des "gilets jaunes" rassemblés au pied de l'Arc de Triomphe, le 16 amrs 2019 à Paris
AFP
Eric Drouet, l'une des figures du mouvement, avait invité dans une vidéo les sympathisants à converger vers la capitale.
Maxime Nicolle, une autre tête connue des "gilets jaunes", promettait une journée "mémorable", "un week-end parmi les plus importants depuis le début de cette mobilisation".
Sur les réseaux sociaux, un même objectif était affiché: "Faire le siège de l'Elysée".
Si les Champs-Elysées étaient l'épicentre de la manifestation, un groupe de manifestants a remonté les grands boulevards vers la place de la République en fin d'après-midi, incendiant poubelles et scooters.
- "Trop gentils jusqu'ici" -
Un autre groupe s'est rendu dans le quartier des Halles, où le Forum (vaste centre commercial) a été fermé, et une voiture de police incendiée devant le commissariat.
Quelque 5.000 membres des forces de l'ordre et six blindés de la gendarmerie avaient été déployés dans la capitale.
"On a été trop gentils, c'est pour ça que c'est violent aujourd'hui", dénonçait Jean-François Bernard, un manifestant employé dans l'entretien d'espaces verts.
Parallèlement plusieurs dizaines de milliers de manifestants pour le climat ont défilé dans le calme à travers la France à l'appel de la "Marche du siècle". A Paris le député insoumis de la Somme François Ruffin a plaidé pour une "jonction" entre "gilets jaunes" et défenseurs de l'environnement.
Dans les régions, 2.000 "gilets jaunes" ont manifesté à Montpellier, 800 à Marseille, et ils restaient mobilisés à Bordeaux. A Toulouse, autre place forte des "gilets jaunes", plusieurs milliers de personnes ont défilé avec des heurts sporadiques aux forces de l'ordre.
De Paris, que la gauche tente de conserver face à la droite de Rachida Dati, à Lyon, où les écologistes sont menacés par Jean-Michel Aulas, en passant par Le Havre, où Edouard Philippe joue son avenir, ou encore Nice, où Eric Ciotti et Christian Estrosi se mènent une guerre fratricide, tour d’horizons des principales villes à suivre pour le premier tour des municipales.
Après une forte abstention lors des dernières élections municipales de 2020, le scrutin de dimanche devrait être marqué par un rebond logique de la participation. L’ampleur du retour des électeurs dans les urnes fait partie des grandes inconnues. Certains instituts rappellent que le déclin de la mobilisation est devenu structurel depuis les années 90.
Droite comme gauche partent divisées pour l’élection municipale à Limoges. Ancien bastion de gauche passé à droite depuis 2014, la ville pourrait à nouveau changer de couleur politique. Le résultat du premier tour sera déterminant pour d’éventuelles alliances.
Une attaque de drones a ciblé une base militaire dans le nord de l’Irak, faisant un mort et six blessés parmi les forces françaises engagées en soutien des Kurdes. Derrière cette frappe menée vraisemblablement par un groupe pro-iranien, les exhortations du régime islamique à faire payer à la France le prix de son soutien militaire dans la région sont en cause. Une énième illustration de la stratégie iranienne de réplique tous azimuts.