Société
Il y aura bien un débat. Alors que les députés ont entamé la seconde lecture des propositions de loi sur la fin de vie, les sénateurs n’auront pas recours à une question préalable, lors du retour du texte, la semaine du 30 mars.
Le
Par Alexandre Delrieu
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Lors des Billboards Music Awards 2011, la star de la « pop music » Beyoncé mettait en scène une armée de clones à l’allure ultra-féminine et exhortait les femmes à prendre le pouvoir sur les hommes en entonnant « Who run the World ? Girls ! » (Qui dirige le monde ? Les Femmes !). La prestation, particulièrement remarquée, illustre une nouvelle tendance d’expression féministe dont les artistes et stars des réseaux sociaux sont les têtes de gondole. En assumant une féminité exacerbée, tout en se jouant des codes initialement créés par et pour les hommes, ces nouvelles icônes pousseraient les jeunes femmes à s’affranchir de la domination masculine. Elles seraient les cheffes de file d’un mouvement parfois considéré comme une nouvelle vague féministe.
La question de la portée et de la légitimité de la culture pop comme canal de diffusion de ces nouveaux comportements féministes se pose. Alors que les divas de la musique populaire et autres marques de vêtement tendances ont une forte visibilité auprès des jeunes générations, la consistance du message féministe qu’elles relaient est discutée. Ainsi, si le « Girl power » prôné par Beyoncé « représente un féminisme très superficiel et performatif » selon la philosophe Camille Froidevaux, le bruit qu’il crée contribue largement à démocratiser les questions d’émancipation des femmes pour Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes. « C’est une bonne nouvelle si ça fait vendre » assure-t-elle.
Ce faisant, le sujet de l’hyper féminisation comme biais d’émancipation interroge. S’agit-il réellement d’un choix éclairé ou la réponse, plus ou moins consentie, à de nouvelles injonctions ? La blogueuse Daria Marx estime qu’il est « dangereux de donner comme modèle unique de la libération du corps des femmes la sexualisation ». « D’autres femmes sont aussi libérées en ne choisissant pas le biais de la féminisation » souligne t-elle. Elle met aussi en avant le combat des femmes obèses ou noires qui ne se reconnaissent pas forcément dans les standards de féminité préétablis.
Ce nouveau discours autour du féminisme ne serait que le relais d’une société de consommation dont « l’économie fait prospérer les hommes ». Ainsi, à grands coups de marketing, « les petites filles sont déguisées en princesse, en pop star et en putain pour séduire les hommes », précise-t-elle. Camille Froidevaux-Metterie nuance cependant « la soumission des filles et des femmes aux diktats sociaux et commerciaux » en observant qu’il y a « des façons très personnelles de se les approprier ».
Elle soulève cependant la question de l’éducation des jeunes filles qui doivent être sensibilisés à la différence entre féminité et féminisme. Il s’agit de ne pas tomber dans l’écueil de l’injonction « faite aux femmes de s’hyper sexualiser (…) pour rester féministe ou le devenir », estime-t-elle.
Retrouvez notre débat « Princesses, pop stars & girl power » dans l'émission Un monde en Docs, présentée par Nora Hamadi, le samedi 10 mars à 23h25 et le dimanche 11 mars à 9h55 sur Public Sénat.
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