Gisèle Halimi : pourquoi Macron lui refuse le Panthéon
L’annonce de la panthéonisation de Joséphine Baker interroge sur le choix de ne pas faire accéder Gisèle Halimi à ce temple républicain.

Gisèle Halimi : pourquoi Macron lui refuse le Panthéon

L’annonce de la panthéonisation de Joséphine Baker interroge sur le choix de ne pas faire accéder Gisèle Halimi à ce temple républicain.
Public Sénat

Par Fabien Recker

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« Et Gisèle Halimi, des nouvelles ? » s’interrogeait Rachid Temal, sénateur socialiste du Val d’Oise, lundi 23 août via son compte Twitter. L’annonce le même jour de l’entrée au Panthéon de Joséphine Baker a en effet ravivé le débat autour de l’hommage à rendre à l’avocate et militante franco-tunisienne, disparue en juillet 2020.

De nombreuses personnalités s’étaient engagées en faveur d’une panthéonisation de Gisèle Halimi, faisant circuler une pétition qui a récolté plus de 35 000 signatures. Mais l’exécutif a tranché : elle aura finalement droit à un hommage national aux Invalides en 2022, « en accord avec la famille » selon les mots du président de la République. Mais pas au Panthéon.

« Un hommage aux Invalides c’est important » reconnaît Rachid Temal. « Mais le soir venu la cérémonie est terminée. Tandis que le Panthéon, c’est dans la durée. Des groupes scolaires viennent, ils auraient pu y voir Gisèle Halimi ».

« Gisèle Halimi allait de soi »

C’est l’historien Benjamin Stora qui avait le premier soumis à Emmanuel Macron l’idée de faire entrer Gisèle Halimi au Panthéon, parmi une vingtaine de préconisations « pour réconcilier les mémoires » entre la France et l’Algérie.

« J’ai proposé Gisèle Halimi parce que cela semblait aller de soir » explique Benjamin Stora, qui a longtemps côtoyé l’avocate. Celle qui avait défendu des membres du FLN pendant la guerre d’Algérie a marqué le « parcours intellectuel et politique » de ce spécialiste de l’histoire algérienne.

Opposition des Harkis et de la droite

« Pour moi, elle est une grande figure du féminisme et de l’anticolonialisme, deux sujets qui sont extrêmement discutés dans la jeune génération » poursuit l’historien. « La question de la place des femmes dans la société, des violences sexuelles, et la question coloniale sont d’une brûlante actualité. Joséphine Baker ne parle pas autant à cette génération, de mon point de vue ».

Benjamin Stora se souvient aussi des critiques qu’avait suscitées sa proposition de faire entrer Gisèle Halimi au Panthéon, de la part des associations de Harkis ou d’une partie de la droite. « J’avais été surpris de la vigueur de ces oppositions » avoue-t-il, « qui ne lui pardonnaient pas sa défense de Djamila Boupacha (militante du FLN condamnée à mort puis amnistiée, ndlr), lui reprochaient d’avoir trahi la France. C’était les mêmes arguments que dans les années 60 ».

Arrêtée le 10 février 1960, Djamila Boupacha a été accusée d’avoir déposé une bombe en septembre 1959 à Alger. Arrêtée clandestinement, elle a été victime de torture et de viols par l’armée françaiseD’après Gisèle Halimi, « elle n’avait pas commis d’attentat mais était sur le point d’en commettre un. »

« On sent une gêne »

En faisant accéder au Panthéon Joséphine Baker, femme, noire et résistante, l’Elysée a-t-il agi par calcul, pour ne pas y faire entrer Gisèle Halimi, figure moins consensuelle ? « Je n’ose le croire » tempère Rachid Temal, « mais on sent une gêne, et on ne peut pas s’empêcher de penser « oui à Baker, non à Halimi » ». Pour autant le sénateur ne veut pas « opposer les mémoires, opposer Baker à Halimi. Toutes les deux ont leur place au Panthéon ».

« L’heure n’est pas à la polémique » tranche Annick Billon, présidente de la délégation aux droits des femmes au Sénat. « L’heure est à se réjouir de la panthéonisation de Joséphine Baker. Sur la totalité des personnes inhumées il y a très peu de femmes, donc toute entrée d’une femme inspirante, engagée, c’est quelque chose dont je me réjouis ».

Six femmes au Panthéon

Le combat pour la mémoire de Gisèle Halimi rappelle quant à lui que de « grandes figures françaises étaient opposées au système colonial » souligne Benjamin Stora, qui ne veut pas voir là une occasion manquée d’envoyer un message à la jeune génération. « Car le combat pour la mémoire de Gisèle Halimi ne s’arrête pas avec Joséphine Baker. Il doit se poursuivre, sous la forme de débats et de discussions », notamment à l’approche du 60ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie (en 2022).

D’ailleurs Rachid Temal ne perd pas espoir de voir l’avocate un jour panthéonisée. « Ce combat reste d’actualité » juge-t-il. « Joséphine Baker est la 6ème : ce n’est pas comme s’il ne restait pas de la place pour les femmes au Panthéon ».

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