Glyphosate et cancer: polémique après les déclarations d’un sénateur
"Le glyphosate est moins cancérogène que la viande rouge" : les propos d'un sénateur, co-auteur d'un rapport attendu sur les...

Glyphosate et cancer: polémique après les déclarations d’un sénateur

"Le glyphosate est moins cancérogène que la viande rouge" : les propos d'un sénateur, co-auteur d'un rapport attendu sur les...
Public Sénat

Par Catherine HOURS

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"Le glyphosate est moins cancérogène que la viande rouge" : les propos d'un sénateur, co-auteur d'un rapport attendu sur les agences sanitaires, ont suscité lundi la réprobation de collègues parlementaires, pour qui ils relèvent de sa seule opinion personnelle.

Le rapport d'information parlementaire, consulté par l'AFP et qui doit être officiellement publié jeudi, ne livre pas de conclusions sur le caractère cancérogène ou non du fameux herbicide, mais dresse un état des lieux du travail des agences d'évaluation sanitaire et environnementale en France et en Europe.

"A la question +le glyphosate est-il cancérogène+, la réponse est non ! Il est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge qui ne sont pas interdites", a dit dimanche à la Dépêche du midi Pierre Médevielle, sénateur centriste de Haute-Garonne et vice-président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST).

"Ce rapport, nous le rendons à quatre parlementaires, sous l'égide de l'OPECST dont les membres sont tous des scientifiques. Je ne vois aucune raison pour laquelle nous prendrions notre part de l'hystérie collective suscitée par une molécule dont on affirme qu'elle est cancérogène alors qu'en réalité, elle ne l'est pas", ajoutait-il.

Des propos que Cédric Villani, premier vice-président de l'OPECST, a regrettés lundi sur Franceinfo.

"Je regrette que le sénateur Médevielle, en s'exprimant prématurément et sous une forme qui ne reflète pas le rapport, ait contribué à ajouter de l'huile sur le feu", a réagi le député LREM de l'Essonne. "Vous ne lirez pas cela dans le rapport, car cela n'y a jamais été. C'est la conclusion que tire Pierre Médevielle à titre personnel".

- "Un buzz inutile" -

C'est "un buzz inutile", a déploré la députée LREM Anne Genetet, une des quatre co-rapporteurs du texte.

La cancérogénicité ou non du glyphosate, "ce n'est pas le propos de ce rapport", qui part du cas de l'herbicide pour "illustrer comment deux autorités (l'OMS et l'Efsa, ndlr) peuvent arriver à des conclusions différentes", a-t-elle dit à l'AFP.

"Il n'appartient d'ailleurs pas à l'OPECST de formuler une vérité scientifique officielle ou de procéder par lui-même à des travaux de recherche", ont souligné dans un communiqué lundi les responsables de l'Office, Gérard Longuet et Cédric Villani.

Le rapport en revanche analyse sur 150 pages les procédures d'évaluation sanitaire et environnementale en France et à Bruxelles, et avance une douzaine de recommandations pour les renforcer.

Sur le glyphosate, principe actif du Roundup produit par le géant de l'agrochimie Monsanto, le Centre de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS avait conclu à une cancérogénicité probable (compte tenu de preuves limitées chez les humains et suffisantes chez les animaux). Mais les agences d'évaluation européennes ne l'ont pas suivie.

"Au final, l'Efsa semble avoir plus d'exigences que le CIRC pour mettre en évidence un lien significatif entre cancer et glyphosate", relève le rapport. Une appréciation liée au fait que l'Efsa inclut un plus grand nombre d'études, retenant les bilans de toxicité du fabricant quand l'OMS se restreint aux études académiques, explique Mme Genetet.

- Accès aux données -

"Elles n'ont pas travaillé de la même façon, elles ont chacune leur raisonnement (...), elles produisent donc deux avis pas comparables !", souligne le sénateur PCF Pierre Ouzoulias, autre co-auteur.

Après, "tout dépend de la conception du principe de précaution, et c'est là que le politique intervient", ajoute cet élu favorable à la réduction des phytosanitaires.

Pendant des mois, les évaluations divergentes ont empêché l'UE de s'accorder sur la ré-homologation du glyphosate. Fin 2017 une nouvelle autorisation a été accordée pour 5 ans, la France promettant de s'en passer avant - au grand dam de nombreux agriculteurs.

Pour améliorer les évaluations, les parlementaires, qui ont mené des auditions pendant un an, préconisent de renforcer les agences, en leur donnant plus de moyens, notamment la capacité de commander des études.

Ils recommandent d'accroître la communication aux citoyens en amont et de leur ouvrir l'accès aux données ayant permis les évaluations (données aujourd'hui non publiées).

Ils appellent à plus de "surveillance en situation réelle des effets" des substances, et sur la durée.

Les déclarations choc du sénateur de Haute-Garonne ont provoqué l'ire d'ONG, quelques jours après les révélations sur le fichage d'élus et journalistes pour Monsanto. "Semer le doute pour gagner du temps, ça suffit", a réagi Foodwatch.

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