Grand débat national à Niort : entre « mascarade » et « excellent débat démocratique »
Près de 400 personnes étaient réunies à Niort, à la maison du département, pour participer à un grand débat. Entre les problématiques locales concernant la construction d’une vingtaine de bassines d’eau destinées à l’agriculture, la question des gilets jaunes a été abordée à de nombreuses reprises avec parfois de la tension.

Grand débat national à Niort : entre « mascarade » et « excellent débat démocratique »

Près de 400 personnes étaient réunies à Niort, à la maison du département, pour participer à un grand débat. Entre les problématiques locales concernant la construction d’une vingtaine de bassines d’eau destinées à l’agriculture, la question des gilets jaunes a été abordée à de nombreuses reprises avec parfois de la tension.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Le département et son président Gilbert Favreau (LR) pensaient avoir bien fait les choses. Procédure d’inscription sur Internet, contrôle de sécurité à l’entrée d’un vaste hall, où les participants peuvent prendre place sur les trois tribunes qui encadrent les animateurs de la soirée. Deux journalistes, Chantal Petillat (Nouvelle République), Marc Lomazzi (Le Parisien) et le politologue, Remi Lefebvre sont en charge de « cadrer » le débat sur les trois thèmes de la soirée : « L’organisation administrative », « les services publics », et « la démocratie locale ». Les participants ont deux minutes pour s’exprimer. Trop court, pour certains.

« La priorité, ce n’est pas l’organisation de l’Etat, c’est la souffrance des gens »

Premier constat mis en avant par de nombreuses personnes. « Ou sont les jeunes ? C’est quand même pour eux qu’on est là ». Le premier thème sur « l’organisation administrative » peine à susciter l’intérêt. « Je pense que la priorité, ce n’est pas l’organisation de l’Etat, c’est de répondre à la souffrance des gens (…) c’est bien qu’on essaye de discuter sur les strates, sur les échelons… Moi, ce n’est pas ce qui m’intéresse » clame un retraité sous les applaudissements  d’une partie de la salle. Jean-Claude, un autre retraité complète : « De toute façon, on se fout de nous, il n’y a plus de compétences régaliennes, l’Europe nous tue ». D’autres proposent de revenir sur le non-cumul des mandats pour plus de proximité. La région Nouvelle Aquitaine est, en effet, la plus vaste de France. « Pour refaire ma carte grise je ne sais même plus où aller » se désole Coralie.  Pierre Olivier propose lui de supprimer le Sénat pour le remplacer par le Conseil économique et social et de ramener le nombre de députés à 400.

« Le RIC va remettre en cause la démocratie »

Le thème de la « dématérialisation des services publics ne récolte pas un franc succès non plus. Une dame en profite pour critiquer l’organisation de la soirée. « S’inscrire sur Internet, c’est trop lourd. Mon ami n’a pas pu venir car il n’a pas d’ordinateur ». « La dématérialisation, c’est le sens de l’Histoire » lui répond un homme d’une trentaine d’années. « Il faut aussi que tout le monde se prenne en main » embraye une participante.  Difficile pour les participants de suivre le fil des thèmes imposés. Les interventions dérivent sur l’Europe. « L’Europe nous permet d’être en paix et dans ce contexte, on a besoin de plus d’Europe » fait remarqué Sylvain, originaire de l’Est de la France. Christian poursuit sur les bienfaits du RIC « parce que les députés français ne vont pas voter les lois. Le président de l’Assemblée nationale organise les votes en fonction des députés présents ». Pour Raymond, le « RIC va remettre en cause la démocratie en revenant sur certains acquis comme le mariage pour tous ou l’interdiction de la peine de mort »

« Les bassines » suscitent la polémique

La salle est divisée sur la légitimité et l’intérêt du débat. « Une mascarade » pour les uns, un «  excellent exercice démocratique » pour les autres. Le point fort des échanges concerne le référendum d’initiative citoyenne au niveau local. En effet, la signature d’un protocole le 18 décembre dernier par le département autorise la création de 19 bassines d’eau destinées à l’agriculture le long de la Sèvre Niortaise et provoque la colère des écologistes. Un certain nombre de deux sévriens considèrent que l’eau, un bien commun, n’a pas vocation à servir l’agriculture intensive. Et ce, même si les signataires se sont engagés sur un certain nombre de pratiques agricoles responsables. « Moi j’ai rempli une enquête publique. J’ai vu qu’on était 70% à être contre. Alors à quoi ça sert ? » s’énerve une dame d’une cinquantaine d’années. Coralie qui avec son ami Phil arborent un gilet jaune, observe que « c’est déjà inscrit dans la Constitution. Toute mairie à la possibilité de faire un referendum ».

« Si vous ne respectez pas de débat démocratique. C’est un vrai problème »

La question des gilets jaunes aura également ponctué les discussions, jusqu’à l’énervement. « Il faut arrêter les violences ça suffit ! » demande un retraité. « Je vote et je suis contre la violence » lui répond (sans être autorisé à prendre la parole) Phil avant de se faire vertement rappeler à l’ordre par l’animateur de la soirée Marc Lomazzi. « Si vous ne respectez pas de débat démocratique. C’est un vrai problème.  Vous avez énormément parlé » lui rappelle-t-il (voir la vidéo). « Et bien, c’était le moment le plus animé de la soirée » conclut le politologue Rémi Lefebvre.

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris, March against sexual and gender-based violence
10min

Société

Violences sexuelles et sexistes :  malgré des avancées, la formation des forces de l’ordre reste à améliorer

Préjugés sexistes, violences minimisées, ou refus de plainte : les victimes qui ont le courage de pousser la porte d’un commissariat ou d’une gendarmerie doivent parfois affronter une nouvelle épreuve, celle du dépôt de plainte. Depuis le Grenelle contre les violences conjugales en 2019, la formation des forces de l’ordre sur les violences intra-familiales et les violences sexistes et sexuelles (VSS) a été renforcée. Pourtant, l’affaire Lyhanna a démontré qu’il existe encore de nombreux trous dans la raquette. Si la formation initiale des policiers et des gendarmes aux VSS est obligatoire, la formation continue des forces de l’ordre reste tributaire des dynamiques locales.

Le

Grand débat national à Niort : entre « mascarade » et « excellent débat démocratique »
7min

Société

« Ce n’est pas une crise passagère ! » : les démographes alertent sur la rupture historique de la natalité

Pour la première fois depuis 1945, la France enregistre plus de décès que de naissances. Auditionnés par la commission des affaires sociales du Sénat, les démographes de l’Ined et de l’Insee ont décrit une baisse durable, générale et profondément sociétale de la fécondité, loin des seuls effets économiques ou des politiques natalistes.

Le

Grand débat national à Niort : entre « mascarade » et « excellent débat démocratique »
6min

Société

Réinsertion : la prison remplit-elle encore sa mission ?

En France, environ 90 000 détenus sortent chaque année de prison. Leur réinsertion devient alors un enjeu majeur pour notre société. Mais à l'heure où près de deux détenus sur 3 récidivent 5 ans après leur libération, la sénatrice centriste Dominique Vérien, co-autrice d'un rapport sur l'exécution des peines, souhaite redonner du sens aux sanctions pénales. Développement des aménagements de peine et des alternatives à l’incarcération, les pistes sont nombreuses… Dans le cadre d’un documentaire, Public Sénat fait le portrait de détenus et d’ex-détenus qui tentent de se reconstruire une vie après la prison.

Le