Jérôme, Pascal et Franssie rêvent de ne plus avoir à choisir entre leur couple et leur allocation adulte handicapé. Dans leur combat pour déconjugaliser l’AAH, ils ont trouvé un allié : le sénateur Philippe Mouiller. Diffusé sur Public Sénat, le documentaire « Handicap, l’amour sous condition de ressources » revient sur leur combat commun.
Handicap : l’amour n’a pas de prix, mais il peut coûter cher
Jérôme, Pascal et Franssie rêvent de ne plus avoir à choisir entre leur couple et leur allocation adulte handicapé. Dans leur combat pour déconjugaliser l’AAH, ils ont trouvé un allié : le sénateur Philippe Mouiller. Diffusé sur Public Sénat, le documentaire « Handicap, l’amour sous condition de ressources » revient sur leur combat commun.
Par Samia Dechir
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Lorsqu’on est handicapé et qu’on tombe amoureux, mieux vaut bien faire ses calculs avant d’emménager avec l’être aimé. Au risque de perdre sa seule source de revenu : l’allocation adulte handicapé. L’AAH est destinée aux personnes empêchées de travailler à cause d’un handicap.
Parce qu’elles ne peuvent pas gagner leur vie, elles ont droit à une aide, qui peut aller jusqu’à 900 euros. Du moins théoriquement. Car le mode de calcul prend en compte le revenu du conjoint. S’il gagne plus de 2 200 euros, on perd le droit de toucher l’AAH. C’est là tout le cœur du problème, et l’objet du documentaire « Handicap, l’amour sous conditions de ressources ».
Décision radicale
Pour ne pas perdre leur allocation adulte handicapé, certains vont jusqu’à divorcer. Pascal, handicapé par une poliomyélite contractée à l’enfance, vit toujours avec sa femme, mais a trouvé le moyen de contourner une règle qu’il juge absurde : « On a pris une décision radicale pour que je puisse garder mon autonomie financière. On ne vit plus maritalement, donc je vais pouvoir continuer à toucher l’AAH, ce qui n’aurait pas été le cas si on était restés mariés ».
La nécessaire autonomie financière des femmes handicapées
D’autres personnes handicapées renoncent tout simplement à vivre en couple. Atteinte d’une myopathie, Franssie (1) n’ose pas emménager avec son compagnon. Par le passé, elle déjà renoncé à son allocation adulte handicapé pour s’installer avec un homme. Un choix qui l’a enfermée dans une relation toxique. « Si j’avais eu mon autonomie financière, est-ce que je serais partie plus tôt ? Je ne sais pas, mais en tout cas je n’aurais pas eu autant peur de me retrouver sans rien, ça c’est certain », raconte anonymement cette jeune femme. Comme elle, 80 % des femmes handicapées seraient victimes de violences physiques ou psychologiques.
Lobbying citoyen
Depuis des années, les associations de défense des personnes handicapées militent pour la déconjugalisation de l’AAH. Un changement du mode de calcul, qui ne prendrait plus en compte le salaire du conjoint. En mars, elles ont gagné un premier combat au Sénat, avec le vote d’une proposition de loi. Le documentaire revient sur le rôle du sénateur Philippe Mouiller. « On ne peut pas rester insensibles face à cette situation, on a vraiment le sentiment d’une injustice. En tant que parlementaire, il est de notre rôle de réagir, face à ce qui semble être une vraie incompréhension » explique l’élu des Deux-Sèvres. Le rapporteur (LR) a réussi à faire adopter le texte contre l’avis du gouvernement. Mais la partie n’est pas terminée.
Depuis le départ, l’exécutif est opposé à la déconjugalisation de l’AAH. « Si on touche à cette règle pour l’AAH, pourquoi pas pour le RSA, qui est aussi un minimum social ? Et là, l’enveloppe serait de plus de 9 milliards d’euros », prévient la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées. Un calcul contesté par les défenseurs de la loi, qui devront dérouler un argumentaire solide face à Sophie Cluzel. Car le 17 juin, le texte reviendra en deuxième lecture à l’Assemblée Nationale, dans un hémicycle largement dominé par la République en Marche. Pour convaincre un maximum de députés, la mobilisation s’organise, avec une méthode : le lobbying citoyen.
« Handicap, l’amour sous condition de ressources », un documentaire diffusé le 27 avril à 22 heures sur Public Sénat, et à voici ici en avant-première.
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