Harcèlement sexuel: en politique aussi, la parole se libère
Dans la foulée de l'appel viral #balancetonporc visant à dénoncer harcèlement et agressions sexuelles, la parole se libère aussi un peu plus...

Harcèlement sexuel: en politique aussi, la parole se libère

Dans la foulée de l'appel viral #balancetonporc visant à dénoncer harcèlement et agressions sexuelles, la parole se libère aussi un peu plus...
Public Sénat

Par Guillaume DAUDIN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Dans la foulée de l'appel viral #balancetonporc visant à dénoncer harcèlement et agressions sexuelles, la parole se libère aussi un peu plus encore dans un monde politique aussi rude que masculin, et encore marqué par une certaine omerta.

Ces dernières années, la liste est longue d'actes sexistes jusqu'à des révélations d'agressions sexuelles dans le monde politique, de Cécile Duflot, sifflée en robe fleurie au Palais Bourbon, au caquetage de poule d'un député UMP pendant l'intervention d'une collègue écologiste, jusqu'à la retentissante affaire DSK.

Des mesures ont été prises, notamment à l'Assemblée nationale ; des initiatives ont été aussi tentées, du site internet de témoignages aux tribunes d'ex-ministres ou de journalistes pour dire "stop".

Cécile Duflot au Palais Bourbon le 17 juillet 2012
Cécile Duflot au Palais Bourbon le 17 juillet 2012
AFP/Archives

Des enquêtes ont été ouvertes, surtout. Celle visant l'ex-vice président EELV de l'Assemblée Denis Baupin, accusé par plusieurs élues de harcèlement et d'agression sexuelle, a été classée sans suite à cause de la prescription de trois ans, malgré des accusations "corroborées", selon le parquet. L'ex-ministre LR Georges Tron comparaît lui en décembre aux Assises pour viols et agressions sexuelles en réunion.

Au-delà des tweets #balancetonporc ont fleuri des accusations plus spécifiques au monde politique, ayant souvent pour objet les relations entre collaborateur et élu d'un même parti, ou les relations malsaines au sein des cabinets ministériels.

A gauche de la gauche, déjà: une ex-militante a accusé sur Twitter "un mec à la tête d'un parti connu" d'"avances plus ou moins creepy (ndlr: glauques) à plein de nanas".

- "Grand silence" -

A l'extrême droite, aussi: un ex-assistant parlementaire FN a accusé sur Twitter un député du même parti d'avoir mis des "mains aux fesses". Quatre autres ex-frontistes ont assuré à l'AFP en avoir aussi été victimes, dans un parti où bruissent des rumeurs parfois matinées d'homophobie, sur fond de rivalités politiques.

Une militante PCF, ancienne attachée parlementaire, a elle désigné nommément sur Twitter l'ancien candidat à la présidentielle Jean Lassalle, l'accusant de lui avoir "mis une main aux fesses (...) lorsqu'elle avait 25 ans". Ce que l'intéressé a démenti catégoriquement dans le journal Sud Ouest, affirmant "ne pas connaître cette dame".

En toile de fond, souvent, le silence des entourages, politiques ou médiatiques, régulièrement pointé du doigt dans les affaires DSK ou Baupin. Mardi, des députés de tous bords ont soutenu l'idée de franchir une étape supplémentaire contre le harcèlement sexuel.

Le gouvernement prépare pour 2018 un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles. L'aspect le plus débattu est une verbalisation du harcèlement de rue,​ zone grise que le législateur devra définir.

Manuel Valls, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et de nombreuses autres personnalités appellent de leur côté dans une pétition initiée par l'ex-secrétaire d'Etat PS Juliette Méadel à mieux "protéger" la parole des victimes de harcèlement sexuel, qui trop souvent "s'autocensurent".

La militante féministe Caroline De Haas lors d'une conférence des
La militante féministe Caroline De Haas lors d'une conférence des "Frondeurs" à La Rochelle, le 11 septembre 2016
AFP/Archives

L'unanimité de façade de la classe politique n'est pourtant pas si évidente en coulisse: en 2016, lorsque Delphine Batho a demandé des excuses à Michel Sapin, ex-ministre des Finances alors accusé d'avoir eu un "geste inapproprié" envers une journaliste, il y avait eu "un grand silence" au groupe PS, regrette une participante. M. Sapin avait finalement reconnu des "paroles et un geste inappropriés".

Cette semaine, la militante féministe Caroline de Haas a fustigé le "silence" de La France insoumise ou du PS sur le sujet, là où EELV, le NPA ou le mouvement de Benoît Hamon ont réagi. Jeudi, le Parti de gauche, qui appartient à LFI, a finalement réagi, regrettant un "coup de com' facile du gouvernement" qui "réduit" les droits des femmes avec notamment la réforme du droit du travail.

Côté FN, pas de communiqués, ni à LR, sauf de la part de Florence Portelli, candidate à la présidence du parti, qui a proposé de "judiciariser la démarche initiée par les femmes via #balancetonporc" afin d'"encourager les victimes de harcèlement sexuel à témoigner en toute confidentialité".

Dans la majorité, ce sont les propos de Bruno Le Maire qui ont été remarqués: le ministre de l'Economie a promis d'être "le premier à signaler" d'éventuels faits de harcèlement. Une forme de contrition: quelques heures plus tôt, il avait dit qu'il ne dénoncerait pas de responsable politique s'il avait connaissance de tels faits.

Partager cet article

Dans la même thématique

MUNCIPALES 2026 Edouard Philippe holds final campaign rally ahead of 2026 municipal elections in Le Havre
4min

Politique

Sondage : Edouard Philippe bondit, l’ex-Premier ministre désormais favori pour 2027

Edouard Philippe apparaît dans le dernier baromètre Odoxa pour Public Sénat et la presse régionale comme le seul candidat susceptible de se qualifier au second tour de la présidentielle face à un Jordan Bardella ultradominant. L’ancien Premier ministre enregistre une progression spectaculaire de huit points, et prend ainsi le large sur d’autres compétiteurs, comme le social-démocrate Raphaël Glucksmann et Bruno Retailleau, le patron des LR. Surtout, il est désormais en position de battre le RN au second tour.

Le

President Donald Trump Delivers Joint Address To Congress in Washington
6min

Politique

Administration Trump : après les soupçons de délits d’initiés, les questions posées par des transactions sur Polymarket

À chaque revirement de Donald Trump - et ils sont nombreux - des transactions suspectes sont repérées par des analystes financiers. Si aucun délit d’initié n’a pour le moment été identifié, l’essor de sites comme Polymarket qui permettent de parier sur des événements géopolitiques notamment, soulèvent des questions de régulation.

Le

Paris: Questions au gouvernement Senat
9min

Politique

Sénatoriales : après les municipales, le groupe LR pourrait « perdre de 3 à 5 sièges », face à la poussée du RN

Les municipales permettent déjà de faire des projections sur les sénatoriales de septembre 2026. Sur le papier, les LR craignent de perdre 3 à 5 sièges, mais le scrutin de 2029 s’annonce meilleur. Au groupe centriste, son président Hervé Marseille mise sur une « forme de stabilité ». Globalement, le sénateur LR Roger Karoutchi assure qu’« il n’y a pas de risque sur la majorité sénatoriale », qui restera « très large ».

Le