Hausse des salaires : Pécresse veut élargir sa mesure « à tous les salariés » du privé, selon Geoffroy Didier

Hausse des salaires : Pécresse veut élargir sa mesure « à tous les salariés » du privé, selon Geoffroy Didier

La candidate LR revoit sa promesse d’une hausse de 10 % des salaires du privé jusqu’à 2,2 Smic. L’Etat imposera l’été prochain une première baisse des cotisations. Pour le reste, elle renvoie à une conférence sur les salaires, forcément incertaine. Mais en cas d’échec, « l’Etat pourra aussi reprendre la main », assure à publicsenat.fr Geoffroy Didier, qui précise que les salariés qui gagnent « plus de 2,2 Smic » profiteront aussi en partie de la hausse des salaires.
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Simple ajustement « technique », comme dit son équipe, ou vrai rétropédalage sur l’une des mesures phares du programme de Valérie Pécresse ? Selon Les Echos, la candidate LR revoit en bonne partie sa promesse d’une hausse de 10 % des salaires du privé jusqu’à 2,2 Smic, suite aux critiques, les pressions diront certains, du patronat.

Le dispositif est ainsi revisité : une réduction des cotisations salariales de 2,4 % sera prévue à l’été 2022, de quoi permettre une hausse de 3 % des salaires. Pour le reste, la candidate renvoie à une conférence salariale entre patronat et syndicats pour discuter hausse des salaires. Autrement dit, rien ne garantit que de telles discussions, en particulier sur les salaires, aboutissent. Telle qu’elle avait été imaginée à l’origine, l’augmentation se faisait grâce à un transfert de la part salariale des cotisations vieillesse sur la part patronale. Les deux tiers du coût seraient à la charge de l’Etat. L’autre tiers pour les entreprises.

« Nous privilégions la conférence sociale. Mais la promesse sera tenue »

L’information des Echos a été confirmée ce jeudi matin, lors d’un point presse, par l’équipe de campagne. Mais en présentant les choses autrement. « L’objectif de 10 % reste inchangé. Sur les modalités, il peut y avoir des échanges. L’ajustement s’opère sur les modalités », explique dans la matinée Geoffroy Didier, chargé de la communication de la candidate, qui « ne considère pas qu’on sera dans un match patrons contre salariés » pour les discussions. Il revendique une « écoute, un dialogue permanent », y compris avec le patronat. Mais rejette toute idée de pression. « Nous privilégions la conférence sociale. Mais la promesse sera tenue. Nous assumons de demander aux employeurs un effort accru », ajoute Othman Nasrou, l’un des porte-parole de la candidate. Cette hausse de 10 % se ferait ainsi « par un double mouvement », un effort de l’Etat, puis des entreprises. Othman Nasrou ajoute : « Il n’y a pas d’approche unilatérale décidée par l’Etat, par Valérie Pécresse, ce n’est pas ça. L’esprit, c’est gagnant-gagnant ».

Reste que rien ne garantit que les Medef accepte une hausse des salaires, ou si celle-ci serait suffisante. La promesse de hausse de 10 % se retrouve ainsi bien incertaine et sujette à un accord entre partenaires sociaux. Mais selon le camp Pécresse, qui compte sur la volonté politique de sa candidate, les entreprises seront prêtes à faire un effort grâce aux « réformes structurelles mises en place », comme « l’aménagement du temps de travail », cite Geoffroy Didier. Travailler plus pour gagner plus en somme…

« En réalité, tous les salariés verront leur salaire augmenter pour la part allant jusqu’à 2,2 Smic »

Joint dans l’après-midi par publicsenat.fr, le responsable de la communication de la candidate apporte une nouvelle précision. Et de taille : « L’objectif d’une hausse des salaires net en 5 ans est maintenu. Et il concernera tous les salaires. Tous les salariés vont bénéficier de cette mesure, et ce jusque 2,2 Smic net, c’est-à-dire 2.800 euros environ », explique Geoffroy Didier, qui précise l’idée : « Pour les salariés qui gagnent plus de 2,2 Smic, la part de leur salaire qui va jusqu’à 2,2 Smic augmentera aussi de 10 %. Par exemple, quelqu’un qui gagne 4.000 euros bénéficiera dès cet été d’une hausse de son salaire de 2 % », contre 3 % pour tous les salariés qui gagnent moins de 2,2 Smic. Une logique qui fait penser au calcul de l’impôt sur le revenu et de ses tranches, par niveau de salaire. Le député européen ajoute : « On s’adresse à tous les salariés ».

Une nouveauté qui n’avait pas été avancée par Valérie Pécresse jusqu’à présent ? « C’est une précision de la mesure », selon le responsable de la communication, « jusqu’ici l’impression pouvait être qu‘on n’augmentait que les salaires inférieurs à 2,2 Smic net. En réalité, tous les salariés verront leur salaire augmenter pour la part allant jusqu’à 2,2 Smic ». Une impression pourtant due aux propos de la candidate ou à son programme, qui parle bien d’une hausse de « 10 % (des) salaires nets jusqu’à 2,2 Smic ». Les salaires plus élevés n’y sont mentionnés nulle part. Il est même écrit que « cette mesure concernera environ 12 millions de Français ». Soit beaucoup moins que l’ensemble des salariés du secteur privé, qui s’élevait en 2020 à 19,6 millions. C’est donc bien une nouveauté dans le programme de Valérie Pécresse.

Cette mesure étendue à tous les salariés du privé devrait en augmenter le coût. De combien ? Pour le chiffrage, « les calculs seront rendus public dans un cadre plus global, avec les réformes structurelles », botte en touche Geoffroy Didier.

« Vous connaissez mal Valérie Pécresse. Quand la négociation ne marche pas, on prend d’autres voies que la négociation »

La présidente LR de la commission des affaires économiques du Sénat, Sophie Primas, souligne de son côté que « l’organisation de la conférence salariale, c’est toujours ce que Valérie Pécresse avait dit ». « Un ajustement, ce n’est pas une variation. C’est savoir comment la mécanique fonctionne. Et qui prend en charge. Mais l’objectif a toujours été le même et la mécanique aussi : une baisse des charges très rapidement la première année et la conférence sur les salaires », ajoute celle qui est aussi l’une des conseillères politiques de la candidate. Quant au patronat, qui a fait savoir qu’il voyait d’un mauvais œil toute augmentation du coût du travail, « ce n’est pas étonnant que les organisations patronales soit inquiètes d’une augmentation généralisée des bas salaires. C’est tout l’objectif d’une discussion de la conférence sur les salaires », selon Sophie Primas. Elle ajoute :

Ce n’est pas du tout le Medef qui fera le programme de Valérie Pécresse, mais elle ne fera pas son programme sans consulter le Medef et les organisations syndicales.

En cas d’échec de la conférence, l’Etat pourrait-il prendre ses responsabilités et légiférer ou prendre des mesures ? Faute d’un accord entre partenaires sociaux, le gouvernement actuel avait ainsi imposé sa réforme de l’assurance chômage. « Vous connaissez mal Valérie Pécresse. Quand la négociation ne marche pas, on prend d’autres voies que la négociation. Mais l’objectif, c’est d’arriver ensemble », répond Sophie Primas. Cette autre voie pourrait-elle être celle du Parlement ? « Oui, la voie législative bien sûr. Mais je préfère le dialogue », répond la présidente de la commission des affaires économiques, qui pense que « le monde patronal ne fera pas l’économie d’une réflexion sur les salaires. Dans la restauration, un accord a été trouvé. Ça doit être possible dans d’autres branches ».

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En cas de victoire, « il y aura la conférence salariale dès mai/juin », ajoute Geoffroy Didier, ainsi que « la mise en place d’un observatoire des salaires, qui permettra de vérifier que les accords conclus dans le cadre de cette conférence sont bien mis en œuvre. Cette conférence fera l’objet de discussions chaque année ». Mais comme Sophie Primas, le responsable de la communication prévient : « Si jamais nous n’aboutissons pas exactement à ce qui était promis, l’Etat pourra aussi reprendre la main pour aboutir à une hausse des salaires net ». Ce qui n’était pas précisé non plus ce matin même, lors du point presse, où Othman Nasrou assurait qu’« il n’y a pas d’approche unilatérale décidée par l’Etat, par Valérie Pécresse ».

Flottement

Bilan des courses : entre les ajustements de la mesure, qui repose en bonne partie sur un accord entre partenaires sociaux, puis son élargissement à tous les salaires pour la tranche jusqu’à 2,2 Smic, une certaine impression de flottement ressort. On serait tenté de dire, comme jadis une célèbre socialiste – Martine Aubry – « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ». A moins, plus prosaïquement, que la campagne électorale, qui se mène dans un certain brouillard cet hiver, n’amène à quelques coups de barre stratégiques et affinements de cap. Voire improvisations.

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