Hervé Morin dénonce «une espèce de condescendance à l’égard des élus» de la part de l’Etat
Le président de Régions de France, Hervé Morin, appelle le gouvernement à plus d’écoute des régions. « Il n’y a aucune posture politicienne dans la démarche des élus territoriaux » assure le président de Normandie.

Hervé Morin dénonce «une espèce de condescendance à l’égard des élus» de la part de l’Etat

Le président de Régions de France, Hervé Morin, appelle le gouvernement à plus d’écoute des régions. « Il n’y a aucune posture politicienne dans la démarche des élus territoriaux » assure le président de Normandie.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Au lendemain d’un coup de gueule des présidents des associations d’élus, qui ont lancé « l’appel de Marseille » en faveur d’une relance de la décentralisation, le président de Régions de France, Hervé Morin, s’est fait jeudi le relais de leurs préoccupations, lors du Congrès des Régions de France (ex-ARF), dans la cité phocéenne.

Climat détérioré depuis des mois

Sur fond d’économies demandées par l’Etat, après de gros efforts déjà exigés par François Hollande, le climat s’est détérioré depuis des mois entre le gouvernement et les trois principales associations d’élus locaux : l’Association des maires de France, présidée par François Baroin (LR), l’Assemblée des départements de France, avec à sa tête Dominique Bussereau et les Régions de France.

Les trois associations sont dirigées par des élus de droite. Mais le président de la région Normandie a démenti toute « posture politicienne » de la part des élus locaux :

« L’Etat ne peut pas faire grand-chose sans nous et nous ne pouvons pas faire grand-chose sans l’Etat. Nous avions cette volonté de bâtir un chemin nouveau. Il n’y a aucune posture politicienne dans la démarche des élus territoriaux qui sont là devant vous, Monsieur le premier ministre ».

Hervé Morin dénonce un problème de méthode et un manque de communication. Et ses propos tranchent avec le ton habituel de ce genre de discours. « Je vois le ministre de la Fonction publique qui dit on va aider les collectivités locales à passer aux 35 heures. Et ben mon pote, c’est déjà fait ! La région Normandie, elle l’a fait » lance le président de centre droit de Régions de France, qui reproche au gouvernement de ne « même pas passer un coup de fil aux trois présidents de collectivités qui gèrent ces fonctionnaires. C’est quand même ahurissant ! » « Au bout du compte, on a une espèce de condescendance à l’égard des élus » dénonce Hervé Morin.

« Sur la loi Pacte, nous n’avons pas été consultés »

Autre exemple : « Sur la loi Pacte, nous n’avons pas été consultés. Je croyais que nous avions la compétence du soutien aux entreprises ». L’élu de Normandie souligne aussi que les régions n’ont « jamais eu le moindre retour de l’Etat » sur les propositions faites sur le thème de la différenciation et de l’expérimentation.

« On gagnerait beaucoup en efficacité si on gagnait en proximité » croit Hervé Morin. Les régions attendent ainsi « la décentralisation totale des crédits FEADER » dans le cadre de la politique agricole commune. Il dénonce aussi l’absence de « pilotage de la formation professionnelle, car il y a des acteurs infinis, Pôle emploi, les régions, les organisations professionnelles », alors qu’un texte sur le sujet a été adopté il y a peu au Parlement.

Le lapsus de Morin : « Je citais hier le président de la République, qui citait la vinasse… Levinas »

Les contrats que l’exécutif a voulu imposer aux collectivités – limitation de la hausse des dépenses de fonctionnement à 1,2 % par an, via un système de la carotte et du bâton –  sont aussi restés au travers de la gorge. « On a mal vécu le pacte financier, (…) on a mal vécu une leçon qui nous semblait d’autant plus injuste que depuis trois ans, les dépenses de fonctionnement des collectivités baissent » assure l’ancien ministre de la Défense.

Le cahier de doléances est bien rempli. Soulignant que « la confiance, c’est le rapport à l’autre », Hervé Morin y est allé au passage d’un joli lapsus (voir la vidéo ci-dessous) : « Je citais hier le président de la République, qui citait la vinasse… Levinas ». Habituellement à Marseille, c’est pourtant plutôt le Pastis que la vinasse. De quoi philosopher sur la place de la décentralisation en France.

Le lapsus de Morin : « Je citais hier le président de la République, qui citait la vinasse… Levinas »
00:27

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le