Hôpitaux psychiatriques : entre intégration des malades et enfermement
Avoir une nourrice atteinte de troubles mentaux, passer ses après-midi dans le jardin d’un hôpital, côtoyer des personnes malades en toute liberté, c’était « le monde normal » de la réalisatrice Hélène Risser lorsqu’elle était enfant, aujourd’hui raconté dans un documentaire. Si, de l’extérieur, le milieu psychiatrique semble être un univers violent et dangereux, il était pour elle et son petit frère un lieu agréable, qui a beaucoup évolué…

Hôpitaux psychiatriques : entre intégration des malades et enfermement

Avoir une nourrice atteinte de troubles mentaux, passer ses après-midi dans le jardin d’un hôpital, côtoyer des personnes malades en toute liberté, c’était « le monde normal » de la réalisatrice Hélène Risser lorsqu’elle était enfant, aujourd’hui raconté dans un documentaire. Si, de l’extérieur, le milieu psychiatrique semble être un univers violent et dangereux, il était pour elle et son petit frère un lieu agréable, qui a beaucoup évolué…
Public Sénat

Par Mariétou Bâ

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Lorsqu’Hélène Risser était enfant, ses parents, tous deux psychiatres à l’hôpital de Hoerdt, lui ont choisi une nourrice. C’est parmi leurs patients qu’ils l’ont trouvée. Erica avait été hospitalisée à 17 ans, pour des problèmes de comportements. À l’époque, les malades qui n’étaient pas récupérés par leur famille, étaient obligés d’être internés. Cela a donc été son cas. Et c’est elle que les parents de la petite Hélène ont choisie comme nourrice. Erica a toujours été très « scrupuleuse » et bienveillante », se remémore la mère de la réalisatrice. Elle n’était pas un danger. Son internement est le signe d’un temps où le rôle des structures psychiatriques n’était pas défini.

De l’ouverture au repli

Pourtant, ce milieu médical est régulièrement remis en question. Après la deuxième Guerre mondiale déjà, l’idée de l’enfermement psychiatrique représentait un traumatisme. Les souvenirs des malades mentaux tués par les Nazis étaient très proches, la structure fermée rappelait donc les camps concentrationnaires. En réaction à cette histoire douloureuse, le milieu psychiatrique a vu naître des idées alternatives, comme l’hôpital de Saint-Alban, en Haute-Garonne. Des expériences menées par les médecins ont montré que les malades pouvaient guérir : une influence considérable dans ce milieu médical. L’hôpital d’Erstein, dans le Bas-Rhin, a suivi le mouvement. C’est à travers l’exemple de cet établissement que la réalisatrice expliquera tout au long du documentaire, l’évolution du monde psychiatrique.

C’est dans les années soixante que les parents d’Hélène Risser, jeunes psychiatres, participent à la transformation de l’hôpital d’Erstein, modifié jusqu’à son architecture. Des pavillons sont créés, espacés pour éviter la proximité des malades. Mais à force d’expérimentations vers plus de liberté accordée aux patients, et notamment « d’externements arbitraires » comme le nomme un psychiatre interviewé dans le film, le danger de certains malades sortis trop tôt a peut-être été sous-estimé. Une des raisons d’un futur repli ?

« Fait-on vraiment du soin ou de la surveillance ? »

Aujourd’hui, l’hôpital d'Erstein a bien changé. Il est équipé de nombreuses caméras de surveillance et de portes infranchissables si l’on n’est pas muni d’un badge. « Je me sens davantage dans une prison que dans un hôpital », confie Hélène Risser. Une rupture avec son « monde normal ». « Est-ce qu’on fait vraiment du soin ou de la surveillance ? », se demande Eric, infirmier. Il évoque l’amalgame entre la prison et l’hôpital, dû selon lui à l’association des troubles mentaux à la notion de danger.

"Fait-on vraiment du soin ou de la surveillance ?", se demande un soignant de l'hôpital d'Erstein (Bas-Rhin) #UMED
01:15

Dans ce documentaire très personnel et touchant, on observe des patients qui subissent directement les changements de philosophie et de politiques médicales, mais aussi des soignants tiraillés entre une volonté d’accorder une vie normale aux malades et celle de protéger le monde extérieur.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris, March against sexual and gender-based violence
10min

Société

Violences sexuelles et sexistes :  malgré des avancées, la formation des forces de l’ordre reste à améliorer

Préjugés sexistes, violences minimisées, ou refus de plainte : les victimes qui ont le courage de pousser la porte d’un commissariat ou d’une gendarmerie doivent parfois affronter une nouvelle épreuve, celle du dépôt de plainte. Depuis le Grenelle contre les violences conjugales en 2019, la formation des forces de l’ordre sur les violences intra-familiales et les violences sexistes et sexuelles (VSS) a été renforcée. Pourtant, l’affaire Lyhanna a démontré qu’il existe encore de nombreux trous dans la raquette. Si la formation initiale des policiers et des gendarmes aux VSS est obligatoire, la formation continue des forces de l’ordre reste tributaire des dynamiques locales.

Le

Hôpitaux psychiatriques : entre intégration des malades et enfermement
7min

Société

« Ce n’est pas une crise passagère ! » : les démographes alertent sur la rupture historique de la natalité

Pour la première fois depuis 1945, la France enregistre plus de décès que de naissances. Auditionnés par la commission des affaires sociales du Sénat, les démographes de l’Ined et de l’Insee ont décrit une baisse durable, générale et profondément sociétale de la fécondité, loin des seuls effets économiques ou des politiques natalistes.

Le

Hôpitaux psychiatriques : entre intégration des malades et enfermement
6min

Société

Réinsertion : la prison remplit-elle encore sa mission ?

En France, environ 90 000 détenus sortent chaque année de prison. Leur réinsertion devient alors un enjeu majeur pour notre société. Mais à l'heure où près de deux détenus sur 3 récidivent 5 ans après leur libération, la sénatrice centriste Dominique Vérien, co-autrice d'un rapport sur l'exécution des peines, souhaite redonner du sens aux sanctions pénales. Développement des aménagements de peine et des alternatives à l’incarcération, les pistes sont nombreuses… Dans le cadre d’un documentaire, Public Sénat fait le portrait de détenus et d’ex-détenus qui tentent de se reconstruire une vie après la prison.

Le