Huit ans après les « Bonnets rouges », l’écotaxe est de retour en Alsace
L’écotaxe sur les poids lourds en France avait été abandonnée par François Hollande après un énorme mouvement de mobilisation des « Bonnets rouges » en Bretagne. Un fiasco à 10 milliards d’euros. Huit ans plus tard, la collectivité européenne d’Alsace vient d’obtenir une dérogation pour pouvoir l’expérimenter…. un dossier qui s’avère d’ores et déjà compliqué.

Huit ans après les « Bonnets rouges », l’écotaxe est de retour en Alsace

L’écotaxe sur les poids lourds en France avait été abandonnée par François Hollande après un énorme mouvement de mobilisation des « Bonnets rouges » en Bretagne. Un fiasco à 10 milliards d’euros. Huit ans plus tard, la collectivité européenne d’Alsace vient d’obtenir une dérogation pour pouvoir l’expérimenter…. un dossier qui s’avère d’ores et déjà compliqué.
Public Sénat

Par Audrey Vuetaz

Temps de lecture :

5 min

Publié le

A chaque fois qu’il passe près du chantier du Grand Contournement ouest de Strasbourg, Stéphane Giraud le président d’Alsace environnement à un pincement au cœur. Ce nouvel axe autoroutier est bientôt achevé et il craint que le nombre de camions n’explose dans sa région.

« La société autoroutière qui a remporté la concession n’est pas là pour faire de la philanthropie, elle est là pour faire des bénéfices donc elle a tout intérêt à ce qu’un maximum de poids lourds viennent emprunter le Grand Contournement », explique-t-il.

 

Une affaire de santé publique en Alsace

 

Des camions, il y en a déjà beaucoup en Alsace. Au moins 2000 de plus par jour depuis 2005. Car à cette date, le voisin allemand a mis en place une écotaxe pour les poids lourds, sur l’autoroute 5 qui relie le nord au sud.

Conséquence, les camions venus de toute l’Europe empruntent la parallèle française, l’A35, qui passe par Strasbourg, Colmar, Mulhouse et qui elle, est gratuite.

« Ce n’est même plus une question d’environnement, c’est une question de santé publique, c’est la santé de nos enfants, de nos petits-enfants. Les accidents cérébraux explosent en Alsace. On vit dans un environnement qui est fortement pollué et on a d’autres exemples, la vallée de l’Arve à Chamonix qui nous montrent ce que cela peut donner et ça ne date pas d’hier donc on a du recul. »

Pour pallier cela, le gouvernement vient d’autoriser via une ordonnance, la Communauté européenne d’Alsace qui regroupe les départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin à mettre en place une écotaxe sur l’A35 Un premier test qui pourrait être généralisé aux régions volontaires avec la loi de décentralisation actuellement en discussion au Sénat.

 

Le spectre des « Bonnets rouges »

 

La Communauté Européenne d’Alsace gère déjà 6000 kilomètres de routes départementales, avec cette ordonnance elle va pouvoir s’occuper de certaines autoroutes qui étaient jusqu’à présent gérées par l’Etat et instaurer sur ces axes une écotaxe sur les poids lourds. Mais ce n’est pas si simple car la mesure a un passif. L’écotaxe sur les poids lourds de plus de 3,5 tonnes aurait dû entrer en vigueur en 2014 sur certains tronçons du réseau routier français, mais face à une mobilisation de très grande ampleur des « Bonnet rouges » en Bretagne, François Hollande, président à l’époque a décidé de l’abandonner.

En Alsace, la mesure est plus consensuelle mais la Collectivité européenne d’Alsace veut tout de même faire plusieurs études d’impacts en amont et associer les habitants à sa décision finale. Tout est encore à imaginer.

« Ça pourrait être une taxe, une vignette, une redevance. Les systèmes sont nombreux avec leurs avantages et leurs inconvénients. Et parce que pour moi c’est quand même important que sur les enjeux majeurs, je puisse consulter les Alsaciens, nous ferons ensuite un système de votation. Ce n’est qu’à cette issue que nous mettrons en place ou non la taxation », annonce Frédéric Bierry, Président de la Communauté Européenne d’Alsace.

 

« A la fin, c’est le consommateur qui paiera cette écotaxe »

 

Lui, ne risque pas de voter pour, Michel Chalot est le dirigeant des Transports Chalot et le président de la Fédération Nationale des Transports Routiers en Alsace.

Ses camions transportent des matières premières et des véhicules. 85 % de ses livraisons se font localement, en Alsace. D’après lui, les transporteurs français seront les premiers à être pénalisés par cette taxe.

« On a des pellets pour le chauffage par exemple qui sont fabriqués dans une scierie à 60 kilomètres de Strasbourg. Et bien, on va payer l’écotaxe avec le véhicule qui va monter à vide et qui va charger là-bas et redescendre et qui va payer une deuxième fois. On va donc payer 120 kilomètres d’écotaxe. »

Il a d’ailleurs fait quelques calculs pour savoir ce que cela pourrait coûter à son entreprise.

« On peut penser que si l’écotaxe est mise en place en Alsace, elle sera au moins au même niveau que l’écotaxe en Allemagne. Ça représente à peu près entre 4 et 5 % de nos coûts, qui vont augmenter. Pour une entreprise comme la nôtre vous serez à 300 000 euros. Les seuls qui vont payer ce sont les consommateurs finaux. Ce sont les donneurs d’ordre et derrière le consommateur. De toute manière c’est toujours le bout de la chaîne qui paie », analyse Michel Chalot.

L’écotaxe devrait être mise en place en Alsace à partir de 2024. Les tractations ont déjà commencé entre les transporteurs et la Collectivité européenne d’Alsace pour d’éventuelles dérogations ou compensations. Mais le champ d’action est particulièrement mince car les lois européennes n’autorisent pas de différence de traitement entre les transporteurs en fonction de leur nationalité.

Partager cet article

Dans la même thématique

Huit ans après les « Bonnets rouges », l’écotaxe est de retour en Alsace
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Huit ans après les « Bonnets rouges », l’écotaxe est de retour en Alsace
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le