Inflation suspecte : la réponse du Sénat à Michel-Edouard Leclerc : « S’il a des preuves, qu’il les apporte ! »
Le Sénat met au défi le patron de la grande distribution de prouver ses accusations. Lundi, Michel Edouard Leclerc a contesté les conclusions du Sénat sur l’origine de l’inflation. Le rapport remet en cause les « hausses suspectes » de prix qu’il dénonce.

Inflation suspecte : la réponse du Sénat à Michel-Edouard Leclerc : « S’il a des preuves, qu’il les apporte ! »

Le Sénat met au défi le patron de la grande distribution de prouver ses accusations. Lundi, Michel Edouard Leclerc a contesté les conclusions du Sénat sur l’origine de l’inflation. Le rapport remet en cause les « hausses suspectes » de prix qu’il dénonce.
Public Sénat

Par Samia Dechir, vidéos Jonathan Dupriez et Alexandre Poussart

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5 min

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Fin juin, Michel-Edouard Leclerc lance un appel au Parlement. Le patron de la grande distribution demande une commission d’enquête sur les origines de l’inflation qu’il juge « suspectes ». Il accuse clairement les industriels de profiter de la guerre en Ukraine pour augmenter exagérément leurs prix. Il en veut pour preuve l’exemple des barres chocolatées, dont le cacao produit sur un autre continent n’est pas impacté par le conflit. La commission des affaires économiques lance une mission flash. Mais trois semaines plus tard, les conclusions du Sénat ne plaisent pas à Michel-Edouard Leclerc.

« Les consommateurs ne sont pas des imbéciles »

Le rapport rendu public le 19 juillet contredit sa version. « Il ne semble pas y avoir de phénomène massif de « hausses suspectes », comme avancé dans le débat public, c’est-à-dire des tentatives généralisées de la part des industriels de profiter d’un effet d’aubaine » affirment les sénateurs. Faux, a rétorqué hier Michel-Edouard Leclerc sur France Info. « Le Sénat a beau écrire qu’il n’a pas vu, dans sa grande sagacité, de spéculation massive, mais les consommateurs ne sont pas des imbéciles. Je peux vous dire que depuis novembre de l’année dernière, les consommateurs dans nos magasins voient ce qui manque, ce qui augmente ».

Réponse cinglante d’une des auteurs du rapport. « Monsieur Leclerc a été auditionné. Dans notre sagacité, nous lui avons demandé de nous apporter des éléments probants de ce qu’il disait. A ce jour il ne les a pas apportés », rappelle la sénatrice Anne-Catherine Loisier. De fait, aucun distributeur entendu par le Sénat n’a été capable de prouver l’existence de hausses de prix injustifiées, renchérit Sophie Primas. « S’il a des preuves à apporter, qu’il les apporte, et je pense qu’on sera plus dans le domaine de l’anecdote que dans un véritable mouvement sur l’inflation ». La Présidente de la commission des Affaires économiques s’étonne des déclarations de Michel-Edouard Leclerc, qu’elle soupçonne de « vouloir faire parler de lui »

 

Les sénateurs n’écartent pas les abus de certains fournisseurs, mais ils sont à leurs yeux marginaux. Leur rapport retrace les origines de l’inflation qui frôle aujourd’hui les 6 % en France : une reprise économique post-covid en 2021, suivie d’aléas climatiques extrêmes, le tout aggravé par la guerre en Ukraine. Le prix des matières industrielles flambe : 45 % pour le verre, 85 % pour le fret maritime, 459 % pour le gaz… Les fournisseurs, dont les coûts de production augmentent, seraient donc de bonne foi lorsqu’ils augmentent leurs tarifs de vente à la grande distribution. « La grande majorité des hausses s’assoit aujourd’hui sur des hausses énergétiques de transports, de conditionnement, qui s’expliquent, et qui ne sont donc pas suspectes » explique Anne-Catherine Loisier. L’élue centriste reprend l’exemple des barres chocolatées cité par Michel-Edouard Leclerc. « Il n’y a pas que du cacao dans les ingrédients chocolatés, il y a du transport, de l’énergie, parfois des céréales ».

 

Mais les fournisseurs de barres chocolatées ne sont pas seuls dans le viseur de Michel-Edouard Leclerc. Il est revenu hier sur la pénurie d’huile, qu’il suspecte d’avoir été organisée. « Allez faire un tour dans les magasins. Regardez l’huile de tournesol, on dirait qu’elle revient, et pourtant il n’y a pas eu de récolte. Les distributeurs Français, on leur a fait le coup, ils ont payé 34 % plus cher […] une huile de tournesol qui n’a pas été ressemée, elle était là, elle était quelque part » s’étonne le distributeur.

L’arroseur arrosé

Coauteur du rapport sénatorial, Daniel Gremillet a lui aussi constaté le retour de l’huile sur les étals. « Je m’impose à titre personnel de faire les courses régulièrement, pour voir les prix, l’origine des produits, c’est quelque chose de très important pour un élu. Effectivement dans un enseigne où je suis allé la semaine dernière, j’ai retrouvé de l’huile de tournesol. Où est-ce qu’elle était, je n’en sais rien. Mais quand on déclare que 50 % des hausses sont suspectes, on doit être capable de citer un autre exemple que l’huile de tournesol » raconte l’élu LR, qui refuse de généraliser.

Le Sénat dédouane donc en partie les industriels. Et accuse même sans les nommer certaines grandes surfaces d’avoir unilatéralement augmenté leurs prix en rejetant injustement la faute sur leurs fournisseurs. « Il y a eu des hausses tarifaires de la grande distribution sur des produits qui n’avaient pas été augmentés » lance Daniel Gremillet. Un soupçon partagé par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, qui enquête actuellement sur certaines augmentations de prix en rayon, nous ont appris aujourd’hui les auteurs du rapport.

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