Interactif. Quelles positions à droite pour le second tour de la présidentielle ?
Attribuer une voix à Emmanuel Macron ? Voter blanc ? Le second tour ouvre des fractures à droite, notamment chez les Républicains.

Interactif. Quelles positions à droite pour le second tour de la présidentielle ?

Attribuer une voix à Emmanuel Macron ? Voter blanc ? Le second tour ouvre des fractures à droite, notamment chez les Républicains.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La méthode à adopter pour le second tour de la présidentielle fracture les Républicains. Beaucoup de ténors ont été prompts à réagir après l’annonce des résultats dimanche. La plupart ont indiqué qu’ils voteraient « sans état d’âme » ou encore « sans hésitation » pour Emmanuel Macron. C’est le cas de Christian Estrosi, Xavier Bertrand ou encore Alain Juppé. François Fillon, dans son discours de défaite, n’y est pas allé non plus par quatre chemins, en appelant clairement à se reporter sur le nom de son adversaire le 7 mai.

La question est si délicate pour le parti, absent pour la première fois d’un second tour d’une élection présidentielle, que le bureau politique s’en est saisi, afin de dégager une position commune. Le 24 avril en fin de journée, un communiqué annonce que « l’abstention ne peut être un choix ».  Les mots ont leur importance, il appelle à « voter contre Marine Le Pen », mais pas à « voter pour Emmanuel Macron ». Ce compromis, adopté après plusieurs heures de réunion, laisse la porte ouverte au vote blanc.

De son côté, l’UDI, alliée aux Républicains dans la présidentielle et les législatives, appelle « clairement et sans état d’âme à faire barrage à l’extrême droite et à voter pour M. Macron » pour « conjurer ce danger absolu » que constitue selon elle le Front national.

Le 26 avril, Nicolas Sarkozy sort de son silence en faisant part de son « choix de responsabilité » et annonce, sans ambages, qu’il votera en faveur d’Emmanuel Macron.

La position du bureau politique divise

Cette prise de position de l’ancien président de la République n’a pas empêché certains de ses fidèles de réveiller la stratégie du « ni-ni » (ni Marine Le Pen, ni Emmanuel Macron), utilisée lors des cantonales 2011 ou des municipales en 2013. Laurent Wauquiez, Georges Fenech, Henri Guaino ou encore Nadine Morano ne voteront ni pour Marine Le Pen, ni pour Emmanuel Macron. Lionnel Luca affiche la couleur : il votera blanc.

Sur les réseaux sociaux, ils font part de leurs critiques au grand jour, sur la ligne adoptée par le parti :

L’aile droite n’est pas la seule à être gênée par le vote Macron, la droite catholique également. Sens Commun (émanation politique de la Manif Pour tous), dont les membres sont membres de fait des Républicains, refuse de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen et laisse à ses militants leur « liberté de conscience ». Idem au Parti chrétien-démocrate (PCD), mais sa présidente d’honneur Christine Boutin va à l’encontre de la ligne en appelant à voter Marine Le Pen, ce qu’elle théorise comme un « vote révolutionnaire » destiné à « affaiblir Emmanuel Macron ».

D’autres personnalités à droite, comme François Hostalier, ancienne secrétaire d’État sous le gouvernement Juppé, annoncent qu’elles voteront en faveur de Marine Le Pen. « Entre la peste et le choléra, il faut choisir », indique-t-elle. C’est aussi le cas de Marie-France Garaud, candidate gaulliste divers-droite à la présidentielle de 1981, qui juge que « Marine Le Pen a le sens de l’État ».

Et ces divisions chez les Républicains reflètent l'éclatement de l'électorat de François Fillon. Selon un sondage Harris Interactive réalisé du 25 au 27 avril pour LCP, seuls 42% des électeurs de François Fillon voteraient pour Emmanuel Macron au second tour, quand 30% feraient le choix de l'abstention et d'un vote blanc ou nul. 28% choisiraient la candidate du Front national.

Appels à l’exclusion

L’ambiance chez les Républicains va vite se dégrader. Au lendemain du bureau politique, Christian Estrosi va jusqu’à réclamer l’exclusion pour les Républicains dont le comportement ne serait « pas très clair ». « Tous ceux qui ne feront pas le choix très clair de faire voter pour ne pas faire barrage à Marine Le Pen doivent être exclus », indiquait au Monde le président de région, élu en 2015 grâce au report des voix de gauche face au FN.

Valérie Pécresse et Jean-Christophe Lagarde, le président de l’UDI, appellent à l’exclusion de Christine Boutin. Nathalie Kosciusko-Morizet demande elle aussi de « mettre un terme » à l’alliance avec le PCD. « Quelqu’un qui laisse la possibilité du vote FN n’a rien à faire chez LR », ajoute-t-elle au sujet de sa famille.

Jean-Pierre Raffarin attaque Laurent Wauquiez

La position officielle du parti est jugée contraire aux « principes fondateurs » par Xavier Bertrand et Dominique Bussereau. « Cette position ne me va pas car Marine Le Pen est aux portes du pouvoir […] […] On n’a pas le droit d'être ambigu, On ne peut pas dire qu'on ne votera pas pour Marine Le Pen, car cela laisse le choix », déclarait le président de la région Hauts-de-France.

Édouard Philippe, un proche d'Alain Juppé, juge la décision du bureau politique « en dessous de la hauteur des enjeux » et s’inquiète de la faiblesse du « réflexe républicain ».

Dans un entretien à BFMTV, Jean-Pierre Raffarin laisse entrevoir des jours difficiles pour les Républicains. « Je pense qu’il est inacceptable que notre parti soit dirigé par des gens ambigus », lâche l’ancien Premier ministre, ajoutant, en ciblant Laurent Wauquiez, que « quelqu’un qui a prôné le vote blanc ne peut pas être notre leader ». Et de préciser : « on trouvera une autre solution, ou on ne sera pas dans le même parti ». Alors que beaucoup de responsables de droite rêvent de prendre leur revanche aux législatives, en visant une cohabitation, l’hypothèse d’un schisme à droite prend forme jour après jour.

Partager cet article

Dans la même thématique

Clashes During Paris Austerity Protests
6min

Politique

Après les pillages du 17 octobre, faut-il couper les réseaux sociaux ?

Gabriel Attal relance l’idée d’un blocage temporaire des plateformes dans les zones touchées par les violences, après le chao du week-end. Elles facilitent les rassemblements et démultiplient les images de casse, mais leur rôle dépasse la seule organisation des émeutes.

Le

Paris France Protests
9min

Politique

Violences du 17 octobre : pourquoi l’état d’urgence est écarté par le gouvernement ?

Après un week-end marqué par des scènes de chaos et de pillages dans plusieurs villes, l’exécutif exclut pour le moment le recours à l’état d’urgence, préférant la mise en place de « couvre-feux localisés ». De quels moyens dispose l’exécutif pour rétablir l’ordre ? Inventaire de la boîte à outils sécuritaire dont dispose le gouvernement pour rétablir l’ordre.

Le

NORD – RASSEMBLEMENT MAIRIE
3min

Politique

Après les violences du 17 octobre, les maires font front devant leurs mairies

Au lendemain d’une mobilisation contre la vie chère qui a dégénéré en pillages et en assauts contre des hôtels de ville, l’Association des maires de France (AMF) appelle à un rassemblement ce lundi 19 octobre, à partir de midi. Les maires de Paris, Lyon et Marseille seront reçus par Sébastien Lecornu, à leur demande.

Le

France: Emmanuel MACRON Addresses The French People After Violent Protests
6min

Politique

Violences du 17 octobre : Macron exprime sa « colère » et sa « honte » et promet « toute la transparence »

Au lendemain des pillages et des dégradations qui ont frappé plusieurs villes françaises, le chef de l’État a promis de tirer « toutes les leçons » de la journée du 17 octobre. Face aux appels de la droite à décréter l’état d’urgence, il a privilégié le renforcement des mesures de protection et tenté de dissocier les violences des revendications contre la vie chère.

Le