Jean-Marc Ayrault : « Je suis effrayé » par les tentatives de réhabilitation de « Pétain et Vichy »
C’est une parole rare. Depuis qu’il a quitté la vie politique active, Jean-Marc Ayrault intervient peu dans le débat mais continue de vouloir peser dans la vie publique. A la tête de la fondation pour la mémoire de l’esclavage il continue de défendre les idées qui ont toujours été les siennes. Des idéaux sociaux-démocrates mis à mal aujourd’hui et dont les candidats qui s’en revendiquent, sont dans les tréfonds des intentions de vote. Interrogé par Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il a accepté de revenir sur son expérience de maire et de premier ministre, l’occasion pour lui de réaffirmer ses valeurs de gauche.

Jean-Marc Ayrault : « Je suis effrayé » par les tentatives de réhabilitation de « Pétain et Vichy »

C’est une parole rare. Depuis qu’il a quitté la vie politique active, Jean-Marc Ayrault intervient peu dans le débat mais continue de vouloir peser dans la vie publique. A la tête de la fondation pour la mémoire de l’esclavage il continue de défendre les idées qui ont toujours été les siennes. Des idéaux sociaux-démocrates mis à mal aujourd’hui et dont les candidats qui s’en revendiquent, sont dans les tréfonds des intentions de vote. Interrogé par Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il a accepté de revenir sur son expérience de maire et de premier ministre, l’occasion pour lui de réaffirmer ses valeurs de gauche.
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C’est une interview dense. Dans laquelle l’ancien premier ministre de François Hollande n’élude aucun sujet, va à l’essentiel, et opère une lecture critique de l’époque actuelle, mais aussi de ses deux années passées aux commandes du gouvernement. Nommé à ce poste dans le sillon de l’élection présidentielle, Jean-Marc Ayrault revendique d’avoir mené une politique ancrée à gauche, mais déplore aussitôt la suite du quinquennat mené : « Moi je suis parti et il y a eu une forme de tournant, il faut bien le dire. Il y a eu une forme d’éloignement d’une partie de l’électorat populaire et de l’électorat de gauche. Je ne dis pas que c’est un quinquennat de droite, mais il y a eu un retrait de certaines ambitions transformatrices. Il y a eu la loi travail, Il y a eu la déchéance de nationalité -qui finalement ne s’est pas faite- Je n’aurais pas été dans cette direction ! »

L’échec de la réforme de rythmes scolaires

De ses deux années passées à Matignon il retient aussi l’échec de la réforme des rythmes scolaires : « Ça a été une déception pour moi, parce que ça n’a pas fonctionné comme ça aurait dû fonctionner. On peut même dire que ça a été un échec ! Ça a été un échec parce qu’au départ et je l’avais dit à mon ministre de l’Education nationale -Vincent Peillon- il faut mettre absolument les maires dans le coup ! ».

Pas de retour en arrière sur le non-cumul des mandats

S’il a lui-même cumulé beaucoup de fonctions et de mandats, Jean-Marc Ayrault, comme Premier ministre, fut aussi l’artisan de la loi sur la fin du cumul.

« Dans la plupart des démocraties en particulier en Europe il n’y a pas de cumul ça ne veut pas dire que les gens sont moins enracinés » Jean-Marc Ayrault.

Alors que d’aucuns souhaitent revenir sur l’impossibilité d’exercer en même temps un mandat de parlementaire et un mandat exécutif local, il avertit : « Moi je suis contre -tout retour en arrière- […] en fait la loi sur le non-cumul des mandats interdit le cumul entre un mandat exécutif et un mandat parlementaire, mais ça n’interdit pas d’être conseiller municipal, départemental ou régional. Et puis dans une vie politique il est possible d’être successivement maire ou président de département ou de région. Dans la plupart des démocraties en particulier en Europe il n’y a pas de cumul : ça ne veut pas dire que les gens sont moins enracinés, pas moins proches des gens, donc je pense qu’il faut faire attention à ne pas revenir en arrière »

Quand « On court derrière les idées de marine le Pen et d’Éric Zemmour, on fait une faute contre la République ! ». Jean-Marc Ayrault

Une histoire qui réconcilie

Mais c’est surtout sur la question de la repentance historique réclamée par une partie de l’opinion que l’ancien Premier ministre et actuel président de la fondation pour la mémoire de l’esclavage a été le plus offensif. S’il se dit hostile au « déboulonnage » des statues, pour lui il est important d’entendre ceux qui exigent ce devoir d’inventaire historique : « C’est normal qu’une société s’interroge sur ce qu’elle veut mettre dans l’espace public. Une mairie qui veut donner le nom à une rue ou à une place et qui va décider de mettre telle ou telle statue dans un musée ça, c’est son choix ; c’est la même chose pour la République et ça doit faire consensus ! Mais aussi œuvre pédagogique […] Quand Jacques Chirac président de la République au « Vel d’hiv » assume au nom de la République la responsabilité de l’État français, donc de la France, dans la déportation des juifs ça a choqué certains ! Mais c’est un acte politique dont il peut être fier et qui au fond n’a pas desservi la France, mais a, au contraire, renforcé l’unité nationale ».

Résister aux tentatives de réhabilitation

Pour l’ancien premier ministre s’il faut faire de la place à toutes les Histoires, il faut s’opposer aux tentatives de réécriture. « Chaque président à mon avis, à des moments forts, doit poser des actes et le faire courageusement en respectant l’Histoire et en le faisant partager à tous les Français. Ça veut dire aussi résister ! Quand je vois certaines dérives aujourd’hui qui contribuent à réhabiliter le maréchal Pétain et l’État de Vichy je suis effrayé ! Et donc il faut tenir bon, il ne faut pas céder ! Et quand on cède et qu’on court derrière les idées de Marine le Pen et d’Éric Zemmour, on fait une faute contre la République ! ».

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