Jérusalem : « Le processus de paix est devenu une fiction diplomatique » selon Henry Laurens
La décision unilatérale de Donald Trump, de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l'État hébreu, éloigne encore un peu plus l'espoir de paix entre Palestiniens et Israéliens.  Interviewé par Nora Hamadi, Henry Laurens, professeur d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, décrypte cette nouvelle crise.

Jérusalem : « Le processus de paix est devenu une fiction diplomatique » selon Henry Laurens

La décision unilatérale de Donald Trump, de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l'État hébreu, éloigne encore un peu plus l'espoir de paix entre Palestiniens et Israéliens.  Interviewé par Nora Hamadi, Henry Laurens, professeur d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, décrypte cette nouvelle crise.
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Par Héléna Berkaoui

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Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, s'est rendu à Paris puis à Bruxelles dans un climat de tension. La décision de Donald Trump de reconnaître unilatéralement Jérusalem comme la capitale de l’État israélien a déclenché la réprobation quasi unanime de la communauté internationale. Donald Trump a aussi annoncé qu'il déplacerait l'ambassade américaine à Jérusalem. Professeur d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, Henry Laurens, considère que cette annonce ne dénote pas particulièrement de la politique américaine.

« Le processus de paix est devenu une fiction diplomatique » selon Henry Laurens. « Les Américains régressent constamment sur leur politique depuis 30 ou 40 ans. Plus le processus de paix dure, moins les Américains accordent de choses aux Palestiniens » affirme-t-il. Selon lui, la seule avancée notable est que « dans les années 60, 70, ils disaient que la colonisation était légale », pour ensuite affirmer qu'il s'agissait d'un « obstacle à la paix. » La position de médiateur revendiquée par les Américains dans ce conflit jusqu'alors est largement compromise.

Donald Trump « a invalidé la décision et le consensus international qui date de 1949 et non pas de 1967. »

Le statut de la ville trois fois sainte est un point sensible des négociations. Surtout, cette décision contrevient au droit international. Donald Trump « a invalidé la décision et le consensus international qui date de 1949 et non pas de 1967. » En 1949 – un an après la proclamation de l'État d'Israël – Jérusalem est considérée « comme une enclave dirigée par les Nations unies » rappelle Henry Laurens. On parle d'internationalisation de la ville sainte. Faisant fi de cette position, l'accord d'armistice israélo-transjordanien de 1949 s'accorde sur une répartition de la ville entre une zone orientale et une zone occidentale. La guerre des six jours, en 1967, vient en quelque sorte entériner le tracé de la ligne verte entre Jérusalem Ouest et Jérusalem Est.

« Il faut avoir un partenaire palestinien suffisamment fort » rappelle Henry Laurens
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Mahmoud Abbas, un leader sur le déclin

La décision du président américain est historique. Pour autant, la menace de « supprimer les aides financières que les États-Unis accordent à l’Autorité palestinienne » aurait sans doute un impact plus important. De l'ordre de « 200 millions de dollars par an » la suppression de ces aides pourrait avoir un impact direct sur les Palestiniens de Cisjordanie. Mardi 5 décembre, la Chambre des représentants des Etats-Unis a voté à l'unanimité pour couper les fonds à L'AP. Comme l'explique Henry Laurens, l'aide internationale « fait vivre une importante administration palestinienne avec d’importantes forces de sécurité et les salaires de ces gens-là font vivre des centaines de milliers de personnes. » Vraisemblablement les Américains cherchent à faire pression sur Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne (AP). À la mi-novembre déjà, la représentation de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Washington avait failli ne pas être renouvelée.

« Il faut avoir un partenaire palestinien suffisamment fort pour pouvoir faire accepter la décision d’un compromis » analyse Henry Laurens.

Décrié par les Palestiniens eux-mêmes, Mahmoud Abbas est un leader en déclin. Sa fragilité  représente un obstacle à une solution de sortie de crise. « Il faut avoir un partenaire palestinien suffisamment fort pour pouvoir faire accepter la décision d’un compromis » analyse Henry Laurens. À supposer qu'il y ait un accord de paix entre dirigeants israéliens et palestiniens, il estime que Mahmoud Abbas « sera tellement faible qu'il ne pourra jamais le faire respecter sur le terrain. »  

Jérusalem : « Avec ce genre de décision on fait des recrutements de terroristes pour quelques décennies » estime Henry Laurens
01:03

Jérusalem : « Avec ce genre de décision on fait des recrutements de terroristes pour quelques décennies » estime Henry Laurens

« La décision américaine a été prise comme une insulte et une agression par l’ensemble du monde musulman dépassant le monde arabe proprement dit » observe Henry Laurens. De nombreuses manifestations ont en effet eu lieu dans différents pays musulmans. Cela étant, la position de ces États n'est pas nécessairement en adéquation avec le sentiment de l'opinion publique. Henry Laurens estime que l'Égypte, la Turquie ou la Jordanie sont dans une « dépendance vis-à-vis de Washington » trop forte pour qu'aucune mesure de rétorsion ne soit envisagée. Selon lui, « les grands gagnants de la décision de Monsieur Trump ce sont l’Iran et l’État islamique, c'est-à-dire tous les ennemis possibles de l’Occident. » Pire, il estime qu'avec « ce genre de décision on fait des recrutements de terroristes pour quelques décennies. »

Voir l'intégralité de l'interview : 

Dialogue tendus entre Benjamin Netanyahu et l'Europe
09:38

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