Johnny et les politiques : « Souvenirs, souvenirs »
« On va plus loin » a rendu hommage à Johnny Hallyday. À cette occasion, les invités de l’émission se penchent sur les relations du « monument national » avec les hommes et femmes politiques français.   

Johnny et les politiques : « Souvenirs, souvenirs »

« On va plus loin » a rendu hommage à Johnny Hallyday. À cette occasion, les invités de l’émission se penchent sur les relations du « monument national » avec les hommes et femmes politiques français.   
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

En près de 60 ans de carrière, il en aura vu défiler des Présidents de la République. Et connu personnellement, voire soutenu. Car Johnny Hallyday, mort dans la nuit de mardi à mercredi, a eu des amitiés politiques médiatiques et s’est souvent impliqué lors des campagnes présidentielles. Quitte à le regretter sur le tard.

Robert Hue, ancien secrétaire national du Parti communiste et ami de Johnny Hallyday depuis 1962, estime que le chanteur n’était pourtant pas un artiste engagé : « [Il] ne souhaitait pas que l’on dise ça ». Pour Bernard Debré, ancien ministre et député, qui a croisé Johnny à plusieurs occasions, au contraire, « l’homme pouvait être engagé » mais pas sa musique.

Johnny Hallyday se présentait comme un homme avec « une sensibilité de droite ». Ce que précise en détails, le journaliste Yves Derai, qui a co-réalisé un documentaire coproduit par Public Sénat, sur les relations entre les politiques et les artistes : « Hallyday a été plutôt fidèle à la droite, avec Chirac à plusieurs reprises, puis après avec Sarkozy (…) Il prend sa carte à l’UMP en 2006. Et puis il y a un moment de rupture, c’est 2012 (…) Là, pour la première fois, il va hésiter à soutenir Sarkozy et finalement, sous la pression d’amis un petit peu influents, il va finir par lâcher un communiqué de soutien à Sarkozy, mais du bout des doigts ».

Bernard Debré pense, de son côté, que le chanteur s’est surtout engagé politiquement, par amitié plus que par conviction : « C’était un homme d’une très grande simplicité et d’une très grande amitié. ». Quant à savoir si Johnny Hallyday  a servi « électoralement » aux politiques, l’ancien député émet un doute. De son côté, le communicant Jacky Isabello est persuadé que le soutien des artistes aux politiques n’est pas porteur : « En France, on a fait des études [sur le sujet], ça ne sert à rien. Les Français ont la politique chevillée au corps, ils adorent ça et ils savent très bien que les artistes français sont assez peu politisés ».

Yves Derai, lui n’est pas d’accord. Avoir le soutien de Johnny Hallyday, quand on est un politique, ça sert : « D’une certaine manière, Johnny c’est la France (…) Il a ce que personne n’a en France. Aucune célébrité ne peut se prévaloir de cette relation avec les Français, avec le public : des cadres sup’, des femmes, des jeunes, des gens simples (…) C’est qu’il y a quelque chose que les politiques rêveraient d’avoir ».

Robert Hue en est persuadé, tout en voulant sortir du débat droite/gauche : « [Johnny Hallyday] est l’expression populaire. Et donc à partir de là, quand on est dans une situation politique, on trouve beaucoup d’opportunités à dire que c’est bien d’avoir Johnny (...) Mais en fait (...) quand vous voyez aujourd’hui cette France qui pleure, elle pleure de gauche, elle pleure de droite. C’est ça, Johnny. Il ne faut pas vouloir récupérer Johnny sur une histoire contemporaine. C’est un peu plus complexe. »

Un parallèle entre Johnny et Chirac

Le sénateur (LR) de la Manche, Philippe Bas, ancien secrétaire général de l’Elysée de 2002 à 2005, va jusqu’à faire un parallèle entre Johnny et Chirac : « Ce qui caractérise Johnny Hallyday, c’est sa rencontre avec un public. Ce qui caractérise un homme politique, qui a un destin national comme Jacques Chirac, c’est sa rencontre avec le peuple. On peut faire tous les rapprochements possibles et ils existent. C’est vrai que Johnny Hallyday, c’est un homme de scène, il donne tout. Mais écoutez Jacques Chirac dans un grand meeting, voyez l’adhésion qu’il suscite auprès des militants et vous aurez quelque chose qui est de l’ordre de la rencontre de Johnny Hallyday  avec son public ».

Ces dernières années, Johnny Hallyday avait pris ses distances par rapport à la politique.

Et lors de la dernière campagne présidentielle, il s’est abstenu de tout soutien. Deux ans auparavant, il avait déclaré dans une interview à Paris Match : « J’ai dit trop de conneries qui se sont retournées contre moi. Je regrette la plupart des choses que j’ai pu dire souvent par maladresse. Cela m’a renvoyé à ce que je suis : un musicien qui n’est pas armé pour parler de politique ».

Johnny et les politiques : « Souvenirs, souvenirs »
34:38

 

Partager cet article

Dans la même thématique

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le

L’Assemblée nationale valide la suspension de la réforme des retraites
4min

Politique

Travail le 1er mai : après son rejet à l’Assemblée, le texte file en commission mixte paritaire où députés et sénateurs devront s’accorder

Les députes macronistes ont fait rejeter vendredi à l’Assemblée une proposition de loi sénatoriale qu’ils soutenaient visant à autoriser les salariés des boulangeries et fleuristes à travailler le 1er mai. Une manière de s’éviter des débats tendus face à une gauche vent debout contre la mesure. Les députés de la majorité espèrent s’accorder avec les sénateurs en commission mixte paritaire dans les prochains jours.

Le

Johnny et les politiques : « Souvenirs, souvenirs »
4min

Politique

Jeux vidéo : chez Ubisoft, les dirigeants prônent désormais la « tolérance zéro » vis-à-vis des comportements toxiques

Dans la poursuite de leurs travaux sur les jeux vidéo, la délégation aux droits des femmes du Sénat auditionnait, ce jeudi, les représentants du géant Français, Ubisoft. Une entreprise marquée par la vague Metoo en 2020 avec des révélations sur des comportements toxiques au plus haut niveau. Depuis, de nombreuses mesures ont été prises pour faire de la lutte contre le harcèlement « une priorité fondamentale » de l’entreprise, assure Cécile Russeil, vice-présidente exécutive.

Le

FRA: Exercice Orion 26 Armee de l Air
9min

Politique

« Signal très mitigé », « pas de vision globale » : l’actualisation de la loi de programmation militaire laisse les sénateurs sur leur faim

Avec 36 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2030, l’actualisation de la LPM portera la hausse du budget des armées à 449 milliards d’euros sur la période 2024/2030. « Ça va dans le bon sens, car c’est une nécessité absolue dans la période qu’on traverse », salue le président LR de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, Cédric Perrin. Mais il juge l’effort « frustrant », car « on n’augmente pas notre capacité ».

Le