L’affichage de la composition des protections hygiéniques bientôt obligatoire, des sénateurs la demandaient depuis 2015
Le ministère de la Santé prépare un décret pour obliger les fabricants de tampons, serviettes hygiéniques ou de coupes menstruelles à indiquer sur l’emballage les produits employés dans leur composition. Il y a sept ans, des parlementaires avaient déjà pressé le gouvernement de faire la transparence sur les composants chimiques.

L’affichage de la composition des protections hygiéniques bientôt obligatoire, des sénateurs la demandaient depuis 2015

Le ministère de la Santé prépare un décret pour obliger les fabricants de tampons, serviettes hygiéniques ou de coupes menstruelles à indiquer sur l’emballage les produits employés dans leur composition. Il y a sept ans, des parlementaires avaient déjà pressé le gouvernement de faire la transparence sur les composants chimiques.
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Les industriels vont devoir faire preuve de transparence. Le gouvernement prépare actuellement un décret pour contraindre les fabricants à indiquer « la consommation précise, exhaustive, en transparence » des « produits d’hygiène et de protections intimes ». La liste des composants et produits chimiques devra figurer sur les emballages, ont révélé ce 11 mars France Inter et le quotidien Libération. Le décret en question pourrait être publié au plus tard au 1er janvier 2023, selon ces deux médias.

Les fabricants devront également obligatoirement afficher des précautions d’utilisation relatives à la prévention du syndrome du choc toxique (une maladie pouvant être mortelle, causée par la présence d’un staphylocoque doré), comme le lavage des mains ou le temps de port maximal préconisé pour les tampons. L’affichage devra lister les symptômes devant amener à consulter (fortes fièvres ou éruptions cutanées par exemple), pour améliorer la sécurité des femmes.

Voilà des années que des associations de consommatrices réclamaient la transparence sur la fabrication de ces produits utilisés chaque mois par 15 millions de Françaises. En 2015, un mannequin, l’américaine Lauren Wasser, avait raconté comment elle avait perdu sa jambe après avoir contracté le syndrome du choc toxique à cause d’un tampon hygiénique. Cette infection est causée par des souches de staphylocoques dorés, pouvant proliférer et fabriquer des toxines qui vont passer dans le sang et provoquer des caillots au niveau des membres ou d’organes vitaux.

La même année, une jeune étudiante de 19 ans a lancé une pétition pour demander aux grandes marques de lever le secret sur la composition de leurs produits. 50 000 personnes ont soutenu cet appel. Il a également été relayé au Sénat. Jean-Noël Guérini (sénateur RDSE) et Chantal Deseyne (LR) ont adressé chacun une question écrite au ministère de la Santé pour demander la composition chimique des produits entrant dans la composition des protections périodiques, voire réclamer une évolution de la réglementation, pour une information transparente.

« On devrait aller bien plus loin, on pourrait avoir des produits bien plus neutres »

À l’époque, l’administration du ministère avait renvoyé à la législation européenne et avait temporisé. Saisie à la demande du gouvernement, l’Agence nationale de la sécurité sanitaire alimentaire (Anses) avait indiqué dans son rapport de décembre 2019 que « des substances chimiques » avaient « été identifiées […] en très faible concentration et sans dépassement des seuils sanitaires » fixés par la réglementation. En pointe dans ce combat, l’ex-sénatrice LR Catherine Troendlé avait adressé pas moins de trois questions écrites au gouvernement, dans lesquelles elle soulignait l’inertie des pouvoirs publics. Dans sa dernière question du 25 juillet 2019, à laquelle le ministère de la Santé n’a jamais répondu « pour cause de fin mandat » (elle a quitté le Sénat en septembre 2020), elle demandait encore au gouvernement de « bien vouloir lui préciser où en sont les mesures annoncées depuis un an et demi, afin d’améliorer l’information du public quant à l’utilisation des protections hygiéniques ».

Contactée par Public Sénat ce 11 mars, la sénatrice Chantal Deseyne, vice-présidente de la commission des affaires sociales, « se réjouit » de l’annonce d’un décret pour contraindre les fabricants à lister les produits de ces produits d’hygiène intime. « Je trouve assez extraordinaire que pour ce type d’objet on n’ait pas plus d’informations, en particulier sur les perturbateurs endocriniens ou les produits chimiques. On y arrive enfin. » Après des années d’attente, la sénatrice d’Eure-et-Loir estime, comme les associations, qu’il ne s’agit encore que d’une « première étape ».

« C’est une question de santé publique. On devrait aller bien plus loin, on pourrait avoir des produits bien plus neutres. Est-ce que c’est justifié d’avoir des adjuvants, des stabilisateurs, des parfums ? On sait ce que ça peut représenter pour la santé, je ne suis pas convaincue de leur utilité. »

Maud Leblon, directrice générale de l’association Règles élémentaires déplore notamment, auprès de Libération, que le gouvernement n’aille pas jusqu’à interdire l’utilisation de produits potentiellement toxiques ou irritants, comme les agents parfumants.

Autre déception des associations : le fait que des résidus de certains produits échappent au décret. Seuls les produits ajoutés par le fabricant devraient figurer sur la liste. Pas les autres composés, susceptibles en amont de la production comme au moment de la culture du coton. En 2016, le magazine 60 Millions de consommateurs avait mené l’enquête, en testant onze protections féminines, tampons et protège-slips. Dans cinq produits, des résidus de substances potentiellement toxiques avaient été détectés à faible dose. Certaines de ces substances sont soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens, et leurs risques pour la santé sont encore mal connus.

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